Et si la solution au ravitaillement vers Mars était belge?

©EPA

La prochaine mission de ravitaillement de l’ISS emporte un photobioréacteur belge, dans lequel on fait pousser de la spiruline, une micro-algue aux propriétés étonnantes. Cet équipement fait partie d’un grand puzzle, le programme européen MELiSSA, visant à permettre aux astronautes de vivre en autarcie dans l’espace.

Si d’ici deux ou trois décennies, des astronautes entreprennent un voyage vers Mars en n’emportant avec eux qu’une fraction de l’approvisionnement en nourriture et en oxygène nécessaire à ce très long périple, ce sera sans doute grâce à des travaux menés, en partie du moins, en Belgique.

La prochaine mission de ravitaillement de la Station spatiale internationale (ISS), qui doit en principe être menée ce mardi par une fusée Falcon 9 de la société SpaceX, aura en effet à son bord un photobioréacteur belge, petite pièce d’un grand puzzle visant à permettre aux astronautes de vivre en autarcie dans l’espace. Développé par la firme belge QinetiQ pour les microbiologistes du SCK-CEN de Mol, cet équipement sert à la culture d’une algue particulière, la spiruline.

Considérée comme le micro-organisme le plus ancien de la planète, cette micro-algue affiche non seulement des vertus sanitaires et nutritives exceptionnelles, mais est capable de surcroît de produire de l’oxygène. De quoi donc susciter l’attention des scientifiques membres du projet MELiSSA, mené sous l’égide de l’Agence spatiale européenne, dont l’objectif est de développer un système de production en boucle d’oxygène et de nourriture pour les astronautes lors des vols de longue durée.

Culture bactérienne

Depuis une dizaine d’années, les scientifiques du centre de Mol travaillent sur ce bioréacteur qui permet de faire pousser des micro-organismes. Ils ont même déjà envoyé à plusieurs reprises de la spiruline en orbite sur l’ISS. Restait toutefois à tester le comportement de cette algue miracle et la production d’oxygène par une culture bactérienne dans des conditions de microgravité et de radiations spatiales. Ce qui est l’objet de l’expérience, appelée ArtEMISS, qui débutera en orbite dans quelques jours. ArtEMISS, qui devrait durer un mois, sera supervisée par l’astronaute italien Paolo Nespoli, un vétéran des voyages spatiaux. Celui-ci communiquera régulièrement les résultats à l’équipe de chercheurs belges installés au centre spatial Kennedy.

©SCK-CEN

Initié en 1989 au départ d’une collaboration franco-belge, le programme MELiSSA est une formidable aventure d’une incroyable complexité, qui ne trouvera son aboutissement qu’en 2030… au sol. Il est formé de cinq compartiments indépendants dont les interactions forment un écosystème artificiel complet, avec une régénération continue de l’oxygène, grâce à la photosynthèse, ainsi qu’un recyclage des déchets humains et végétaux. En Belgique, outre QinetiQ et le centre de Mol, l’Université de Mons participe également au projet.

30 tonnes de fret

Mais pourquoi envisager un tel système de survie pour les périples interplanétaires? C’est ce que nous avait expliqué il y a quelques mois Christophe Lasseur, responsable du projet MELiSSA: "si vous considérez une mission vers Mars, on est à peu près à 1.000 jours, avec une mission de 6 personnes. Pour rester en vie, un homme a besoin d’oxygène, d’eau et de nourriture. Ce qui représente environ 5kg par jour et par personne. Ce qui reviendrait à embarquer 30 tonnes de fret. Maintenant, si vous rajoutez les emballages et un peu d’eau pour l’hygiène, vous arrivez à des masses énormes, incompatible avec les lanceurs dont on dispose aujourd’hui". D’où l’idée de recycler au maximum les déchets pour réduire la masse embarquée.

"Si vous considérez une mission vers Mars, on est à peu près à 1.000 jours."
Christophe lasseur
responsable du projet Melissa

Si le projet est loin d’être abouti, certaines applications terrestres issues de MELiSSA ont déjà vu le jour. Un procédé basé sur des microbilles en polystyrène et commercialisé sous le nom de Biostyr, est utilisé dans des centaines de stations d’épuration. La spiruline, encore elle, est cultivée au Congo, dans des bassins de production beaucoup plus simples que le bioréacteur du CEN. Le but est d’encourager son usage comme complément alimentaire dans les régions souffrant de malnutrition.

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