"Il est choquant que l'armée américaine s'intéresse à CMI, pas la belge"

©RV DOC

Bernard Serin, patron du groupe CMI, reproche au gouvernement fédéral d’avoir snobé le matériel de qualité belge au profit du français. Il dénonce l’option prise dans l’achat de véhicules blindés pour équiper l’armée de terre belge. Or le matériel de CMI intéresse les Américains.

D’habitude diplomate et courtois, Bernard Serin, patron du groupe CMI, a poussé une gueulante mardi contre l’attitude des autorités belges dans le dossier Scorpion (Camo en Belgique). Il s’agit du contrat d’acquisition de nouveaux véhicules de combat pour les forces terrestres belges, en coopération avec la France. La Belgique va en effet intégrer le projet du gouvernement français en achetant 60 véhicules de combat médians du type Jaguar et 417 véhicules de combat légers de type Griffon à l’industrie de la défense française.

La facture s’élève à 1,1 milliard d’euros pour la Belgique et 3 milliards pour les Français. "Il est choquant de constater que l’armée américaine s’intéresse à nos systèmes, alors que l’armée belge ne les retient même pas et ne vient même pas les visiter. On utilise l’impôt des Belges pour commander du matériel militaire sans penser à un retour économique pour le secteur de la défense belge", fustige Bernard Serin. D’après lui, CMI peut fournir les tourelles de moyen calibre qui vont équiper les véhicules militaires et/ou assembler les véhicules. Il plaide la cause de FN Herstal qui pourrait fournir la tourelle qui sera montée sur ces véhicules. "Je n’ai pas peur. Les USA ont lancé un appel d’offres mondial et ont retenu notre tourelle pour leur programme Crada. Nous sommes sur la shortlist de 3 projets retenus, mais CMI est le seul à qui les Américains ont demandé un prototype que nous avons livré", dit-il.

18% du marché à CMI

Les USA choisiront en octobre deux projets sur la shortlist et CMI a des chances d’être retenu. La méfiance des autorités belges à son égard est d’autant plus incompréhensible que CMI soutient que sa tourelle est de meilleure qualité et coûte moins cher que l’équipement français. "La décision des autorités est une contre-publicité pour l’industrie belge de l’armement et nous ferme la porte des programmes de défense européens", martèle Bernard Serin. Il s’étonne du timing fustigeant la précipitation (un préaccord devrait intervenir en juin), alors que la livraison des véhicules n’est prévue qu’en 2025-2030.

"La Belgique fait une contre-publicité pour l’industrie nationale de la Défense."
bernard serin
président de cmi

L’argument d’interopérabilité mis en avant par les autorités ne convainc pas le patron de CMI. Selon nos informations, la Belgique veut utiliser les mêmes véhicules que les Français. Or, dit-on, équiper des véhicules d’un fabricant (Nexter) par des tourelles d’un autre fournisseur (CMI) ne serait pas un gage d’efficacité. Or c’est le choix que s’apprêtent à faire les USA. Il aurait été proposé à CMI de lui confier l’assemblage, les mises à jour des systèmes et la maintenance des véhicules (environ 18% du marché), car le projet confié à Nexter (véhicules Jaguar) serait trop avancé. Le groupe liégeois pourrait livrer l’équipement (tourelle) des futurs véhicules destinés à l’exportation. Il nous revient que la situation de la FN Herstal est beaucoup plus confortable, car elle devrait fournir les tourelleaux pour équiper les véhicules Griffon de Renault Trucks Defense.

En attendant, CMI affiche des résultats 2017 en baisse par rapport à 2016. "C’est une année honorable même si les résultats ne sont pas à la hauteur de ceux qu’on attendait", relativise Bernard Serin.

Serin passe le témoin

Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 950 millions d’euros en 2017 (1,227 milliard en 2016). Son résultat d’exploitation devrait être inférieur à celui de 2016 (114,1 millions), mais sera supérieur à celui de 2014 (52,6 millions). Il a capté 1,119 milliard de commandes en 2017. 2018 s’annonce meilleure, car les retards de production de 2017 seront rattrapés cette année et la croissance est annoncée pour ses entités (défense, environnement, industrie, énergie).

Bernard Serin vient de céder son poste d’administrateur délégué du groupe à Jean-Luc Maurange (56 ans), lequel quitte la présidence de division Défense. Le propriétaire de CMI estime qu’il est temps de prendre du recul. Mais il garde la présidence du conseil d’administration et des différents comités (audit, nomination et rémunération. CMI occupe 5.546 collaborateurs dont 1.450 en Belgique. Il a engagé 185 travailleurs en 2017 à Liège.

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