L'Europe se divise sur l'avion de combat du futur

Le Tempest, futur avion de combat britannico-italien. ©AFP

L'Italie a rejoint le programme britannique d'avion de nouvelle génération Tempest. Un renfort de poids pour Londres face au SCAF franco-germano-espagnol. L'Europe se retrouve à nouveau avec plusieurs projets d'appareils de combat concurrents.

Trois décennies après avoir échoué à développer un chasseur unique, l’Europe se fracture à nouveau sur les avions de combat. L'Italie a annoncé cette semaine, à l'occasion du salon Defence and Security Equipment Industry (DSEI) à Londres, qu’elle allait rejoindre le programme d'appareil de combat du futur Tempest, mené par le Royaume-Uni et concurrent du SCAF franco-allemand.

Les entreprises britanniques BAE Systems, Leonardo UK, Rolls Royce et MBDA UK vont ainsi collaborer avec Leonardo Italy, Elettronica, Avio Aero et MBDA Italy afin de travailler sur différents programmes aéronautiques – parmi lesquels de futurs développements de l’Eurofighter et du F-35 –, dont le plus emblématique est toutefois le projet Tempest.

L'Italie devient ainsi le troisième acteur impliqué dans le programme de développement de ce chasseur de nouvelle génération lancé et dirigé par Londres.

Une annonce qui n’est pas une grande surprise puisque les entreprises italiennes concernées avaient déjà fait état de leur implication – mais sans l'aval du gouvernement – dans ce projet, dévoilé pour la première fois par le ministère britannique de la Défense en juillet 2018, lors du salon aéronautique de Farnborough. De surcroit, les industriels britanniques et italiens sont déjà partenaires dans les programmes européens Eurofighter et américains F-35, qui équipent tout deux leur force aérienne respective, l’Aeronautica Militare et la Royal Air Force.

Une décision de la Suède attendue

L'Italie devient ainsi le troisième acteur impliqué dans le programme de développement de ce chasseur de nouvelle génération lancé et dirigé par Londres. De son côté, la Suède a signé un accord de coopération pour l'aviation de combat future, mais sans rejoindre formellement le programme Tempest. Une décision formelle est attendue l’année prochaine.

Alors que les Etats-Unis sont en train de placer leur chasseur-bombardier F-35 dans de nombreux pays étrangers – Washington vient d’approuver la vente de 32 exemplaires à la Pologne pour 6,5 milliards de dollars –, l’Europe se retrouve donc avec deux programmes d’avion de combat concurrents.

Concurrent du Scaf franco-allemand

L’initiative britannico-italienne entre en effet en concurrence directe avec le projet franco-allemand Scaf (Système de combat aérien futur), désormais rejoint par l’Espagne. Lors du salon aéronautique du Bourget, en juin, Dassault Aviation et Airbus Defense and Space ont signé un accord pour une offre industrielle conjointe pour ce projet d'avion de combat du futur, qui doit remplacer les actuels Rafale et Eurofighter à l'horizon 2040.

Certains espèrent que les deux programmes rivaux, qui restent officiellement ouverts à d’autres partenaires, finiront par être fusionnés pour éviter une répétition des erreurs commises il y a plus de trente ans. Mais il y a peu de signes d’une évolution en ce sens, surtout que le Royaume-Uni va quitter l’Union européenne.

Une maquette grandeur nature du SCAF franco-germano-espagnol présentée lors du salon du Bourget 2019. ©AFP


Les Européens avaient essayé, dans les années quatre-vingt, de lancer un programme commun d'avions de combat. Ils n'avaient pu s'entendre et ces négociations avaient finalement débouché sur le Rafale français et l'Eurofighter européen, auxquels on peut rajouter le Gripen suédois. Trois appareils qui s’affrontent depuis des années sur de nombreux marchés, souvent au bénéfice des Américains. Un scénario qui pourrait bien se répéter, à deux détails près: la suède ne fera plus cavalier seul et Airbus Defense, impliqué dans le programme Eurofighter, a rejoint le camp français, emmené par Dassault.

Et les Belges dans tout cela?

Lors du salon du Bourget, l’industrie aéronautique belge a appelé le futur gouvernement fédéral à se joindre à l'un des projets de système aérien de combat de nouvelle génération en cours de développement, quel qu'il soit, en se gardant bien de trancher en faveur du SCAF ou du Tempest.

La Belgique, qui avait décliné par le passé une participation au Rafale français, au F-35 de Lockheed Martin ou au démonstrateur de drone de combat NeuRon, risque donc à nouveau de rester à l'écart des grands programmes multinationaux de défense.

"L'industrie aéronautique belge souhaite insister sur l'urgence pour la Belgique de rejoindre ce projet (de système de combat de nouvelle génération) alors que les (deux) consortiums sont en train d'être formés et elle a hâte de travailler avec le prochain gouvernement fédéral afin d'assurer la participation réussie de notre industrie" à un tel projet, avait-t-elle fait valoir.

Une requête restée sans suite jusqu’ici, le gouvernement en affaires courante n’ayant sans doute pas de marge pour un tel engagement, même s'il a prévu – sur papier – un montant de 369 millions d'euros pour financer une éventuelle participation à un projet d'avion de combat du futur. Quant aux différents partis pressentis pour la formation d’une coalition, ils n’ont pour la plupart jamais abordé le sujet.

Par ailleurs, l'actuel gouvernement Michel fait face, pour rejoindre le programme SCAF, aux réticences de Paris et de Berlin, irrités par le choix par la Belgique du F-35 de préférence à un appareil européen.

La Belgique, qui avait décliné par le passé une participation au Rafale français, au F-35 de Lockheed Martin ou au démonstrateur de drone de combat NeuRon, risque donc à nouveau de rester à l'écart des grands programmes multinationaux de défense. Au grand dam de son industrie, qui doit se contenter de maigres retours pour le contrat F-35 ou l'achat de nouveaux véhicules blindés. 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect