L'Europe spatiale pourrait perdre l'expérience acquise avec Rosetta

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Les agences spatiales américaines et européennes veulent démontrer que l’on peut dévier un astéroïde, dont certains représentent une réelle menace pour la Terre. La Nasa est prête. Mais l’argent manque côté européen. L’ESA a dû abandonner ses ambitions initiales et tente de se rabattre sur un projet moins ambitieux. Impliquée dans les études initiales, la Belgique a réorienté ses fonds vers d’autres programmes spatiaux.

Ces dernières décennies, l’amélioration des techniques de détection a permis de mettre en évidence le danger que pouvaient représenter les astéroïdes géocroiseurs, c’est-à-dire évoluant à proximité de la Terre. Rien que durant le mois de janvier, deux petits astéroïdes ont ainsi frôlé notre planète à une distance inférieure à celle nous séparant de lune. Or, si avec un astéroïde de moins de 50 m le danger est minime – une grosse partie se désintégrera dans l’atmosphère –, dès que la taille augmente, cela devient vite problématique.

Ces menaces ont poussé les très sérieuses agences spatiales américaines et européennes à se lancer dans un programme conjoint visant à démontrer qu’il est possible de modifier la course d’un astéroïde. La Nasa a prévu d’organiser une collision entre un projectile de 600 kg baptisé DART (Double Asteroid Redirection Test/"fléchette") et la petite Lune d’un astéroïde, Didymos, qui se trouvera à 13 millions de kilomètres seulement de la Terre en 2022.

Les Européens, eux, étaient censés expédier fin 2020 une sonde bardée de capteurs à la rencontre de ces deux gros cailloux de l’espace, afin d’en étudier leurs caractéristiques, notamment avant et pendant l’impact de l’engin américain. Baptisée AIM (Asteroid Impact Mission), la mission de l’ESA, qui prévoyait également des mini-satellites ("CubeSats"), a été présentée début décembre au Conseil ministériel de l’ESA à Lucerne. Mais elle a été recalée, faute de moyens financiers. Pourtant, il ne s’agissait pas d’un projet des plus onéreux: le budget complet était de 250 millions, lancements y compris. Mais les grands pays ont d’autres priorités: Ariane 6, Exomars 2020, la prolongation de la station spatiale internationale jusqu’en 2024…

AIM n’est cependant pas encore complètement enterrée. "Certains pays ont demandé de trouver une solution", explique Ian Carnelli, chef du projet AIM à l’Agence spatiale européenne. Une version plus restreinte du projet, moins chère, est donc à l’étude au sein de l’ESA. Celle-ci ne dispose plus que de deux mois environ pour trouver les fonds. "Il pourrait s’agir d’une sonde plus légère, avec moins d’équipements. On pourrait aussi imaginer de faire partir la sonde européenne sur le même lancement que la mission américaine DART. Ou laisser tomber certaines démonstrations technologiques comme les mini-satellites", précise encore Ian Carnelli. Mais si l’Europe devait en définitive annuler complètement le projet AIM, "elle perdrait toutes les compétences acquises avec la sonde Rosetta sur le plan de la navigation à proximité d’un petit corps céleste. Une expérience exceptionnelle unique au monde", avertit Ian Carnelli. Un abandon d’autant plus regrettable que la déviation d’astéroïdes, cela devrait fasciner l’opinion publique: "C’est quand même moins compliqué que les trous noirs ou l’énergie sombre", souligne une autre source.

La Belgique out!

La Belgique pour sa part s’était impliquée initialement dans le projet. Une équipe de chercheurs de l’Observatoire royal avait été sélectionnée par l’ESA pour participer aux premières études sur cette mission inédite de déviation d’astéroïde. Plusieurs entreprises, dont Antwerp Space et QinetiQ Space étaient sur les rangs pour la réalisation du système de communication, l’ordinateur de bord et le système de gestion autonome de la plateforme, compétence unique en Europe que la mission prévoyait de démontrer pour la première fois en espace profond. Une somme de 6,2 millions d’euros avait été prévue par Belspo (la Politique scientifique fédérale). Mais comme il n’y a pas eu d’accord à Lucerne, ces montants ont été réorientés vers d’autres programmes spatiaux. Ce qui signifie que si la version allégée d’AIM voit finalement le jour, les institutions scientifiques et les industriels belges ne devraient plus y participer. À moins d’une (improbable) nouvelle réaffectation…

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