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L'ingénieur belge qui mettra Spire Global sur orbite boursière

Le Belge Jeroen Cappaert avait fondé Spire Global pour collecter des données météo via un réseau de microsatellites. Il la met aujourd’hui en bourse via une Spac.

Au début de la dernière décennie, Jeroen Cappaert s’installait pour quelques mois dans une base de la Nasa en Californie. Les "cubesats", ou minisatellites, on en parlait déjà à l'époque. 2012, ce n’est pas si loin, mais une décennie, c'est un siècle dans ce type de technologie. "Des recherches sont en cours depuis le début des années 2000", expliquait Cappaert dans une interview au Tijd l'an dernier. "Une grande partie de la technologie que nous utilisons existait déjà. Il s'agit en partie de la même électronique que celle des smartphones. Il a juste fallu un mec pour dire: 'Allez, faisons ça. Nous allons commercialiser cela et créer un modèle commercial.' Nous l'avons fait."

Le profil

2011: Master en ingénieur de l'université catholique de Louvain, cum laude

2012: Master en études spatiales de l'International Space University à Strasbourg

2012: Chercheur sur les cubesats et en mécanique des fluides à la Nasa

2012: Il co-fonde Spire Global pour laquelle il conçoit le design des mini-satellites.

2017: Il devient CTO de Spire Global.

2021: Introduction en bourse via une SPAC

Il suffisait d’y penser, en quelque sorte. Fondée en 2012 par Cappaert et deux associés, Spire Global compte aujourd’hui plus de 100 minisatellites qui collectent des données en orbite terrestre basse. Et la société de gestion des satellites et des données fait aujourd’hui un pas vers la Bourse de New York.

Il n'est pourtant pas question d'une IPO traditionnelle mais d'une Spac (Special Purpose Acquisition Company). Spire Global fusionne avec Navsight Holdings, une de ces coquilles vides qui lèvent des fonds pour de futures acquisitions. Dans le cas de Navsight, cotée à la Bourse de New York, l’objectif était de trouver une cible dans la technologie pour le monde militaire ou pour le gouvernement.

Données météorologiques

La demande de satellites pour des applications terrestres a particulièrement le vent en poupe. Notamment pour la diffusion d’internet via des satellites en orbite basse comme le fait Starlink d'Elon Musk. Pour Jeroen Cappart, pas question de construire des fusées ou de voyager dans l'espace. Chez Spire Global, la valeur réside plutôt dans les données.

Spire Global collecte et traite des données pour une grande variété d'industries. Par ses satellites, elle suit par exemple les mouvements des navires et rassemble ces informations dans une base de données mondiale à destination des ports et des compagnies maritimes.

30 under 30

En 2016, le Belge alors âgé d'une vingtaine d'années seulement a décroché une place au Forbes 30 under 30, la liste des trente jeunes entrepreneurs et scientifiques prometteurs pour le prestigieux magazine économique américain.

Mais les minisatellites collectent aussi des données météorologiques. "Les prévisions météorologiques que nous collectons sont 30% plus précises. Et nous contribuons à la lutte contre la pêche illégale." Durant les confinements, Spire a pu pallier l’absence des avions en vol, qui collectent également des données météo précieuses. La société a profité de cette situation pour signer d’importants contrats en Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Avec sa centaine de minisatellites, Spire collecte le big data de manière unique et dans un lieu unique. L'entreprise a construit un datacenter dans son siège européen à Luxembourg, tandis que les "cubesats" sont fabriqués à Glagow. "Nous ne nous contentons pas de collecter des données, nous devons aussi les traiter et les fournir", précise Cappaert.

Le technicien de la bande

Jeroen Cappaert, c’est le technicien du trio de fondateurs, avec Peter Platzer (CEO) et Joel Spark. Il faut dire que l’espace est son terrain de jeu. Il a décroché un diplôme d’ingénieur de l’université de Louvain (KUL) - cum laude, excusez du peu-, complété par une thèse à l’Institut von Karman et un cycle complémentaire à l’université de l’Espace de Strasbourg.  Il a un bureau à Glasgow, où la société assemble également la plupart de ses satellites (90%).

Valorisée à 1,6 milliard

En juin 2012, l'entreprise avait levé un peu plus de 100.000 de dollars, via un premier financement participatif, pour développer ses premiers prototypes. Huit ans plus tard, la société a déjà rassemblé plus de 175 millions de dollars de capital pour parvenir à un réseau de plus de 100 minisatellites.

La fusion avec Navsight permettra un apport de 475 millions de dollars. 245 millions de ce montant proviennent d'une opération privée dirigée par des fonds américains tels que Tiger Global et BlackRock Advisors. L'entreprise vaut désormais 1,6 milliard de dollars. Selon les médias américains, l'opération boursière doit être achevée d'ici l'été, après quoi Spire Global sera cotée sous le symbole "SPIR" sur les écrans de Wall Street.

Capitale de la nouvelle vague

Spire Global fabrique la plupart de ses satellites à Glasgow en Écosse. Mais c'est à Luxembourg que la société a établi son siège central. Pour des raisons fiscales? "En quelques années, le Luxembourg est devenu la capitale européenne du NewSpace, la nouvelle vague spatiale commerciale", affirme Jeroen Cappaert.

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