L'Institut von Karman va participer à un projet de canon électromagnétique

Le principe du canon électromagnétique est de poser un projectile sur deux rails au travers desquels passe un puissant courant électrique. ©ISL

Après les Américains et les Chinois, l'Europe se lance dans le développement d'armes électromagnétiques capables d'envoyer des projectiles hypersoniques. L'Institut von Karman participe au consortium sélectionné.

L’Institut belge von Karman va participer à un projet européen de canon électromagnétique, un programme révolutionnaire de nature à bouleverser l'artillerie. Situé à Rhode-Saint-Genèse, ce centre de recherche dans le domaine de la dynamique des fluides et de l’aérodynamique fait en effet partie d'un consortium sélectionné par l'Agence européenne de la défense (AED) pour un projet de canon capable - sur le papier - d'envoyer à haute vitesse et à plusieurs centaines de kilomètres un projectile sans poudre ou autre propulseur chimique. 

Ce consortium, appelé Pilum (Projectiles for Increased Long-range effects Using ElectroMagnetic railgun), est coordonné par l'Institut franco-allemand de recherches Saint-Louis, qui travaille sur l'accélération électromagnétique depuis une trentaine d'années. Il est composé des groupes Nexter, Naval Group (France), Diehl Defence (Allemagne), Explomet (Pologne), Icar (Italie) ainsi que de l'institut von Karman et du cabinet Erdyn Consultants. Bien qu’il soit peu connu du grand public en Belgique, l'Institut von Karman bénéficie d'une réputation internationale. 

Le projet Pilum

Le projet Pilum (qui est aussi l'arme de jet du légionnaire romain) fait partie du programme intitulé Action préparatoire sur la recherche en matière de défense (PADR), financé par la Commission Européenne et géré par l'Agence européenne de la Défense.

1,5
millions €
Le financement, pour l'heure limité, s'élève à 1,5 million d'euros.

Il s'agit d'un projet de deux ans, qui "a pour objectif de démontrer que ce type de concept de canon à rails est en mesure de lancer des projectiles hypervéloces avec précision sur une distance de plusieurs centaines de kilomètres", a précisé le consortium. Le financement, "pour l'heure limité", s'élève à 1,5 million d'euros. L'objectif sera de développer un démonstrateur, une sorte de prototype destiné à démontrer la viabilité du concept, à l'horizon 2027.

Le principe du canon électromagnétique (ou "railgun") est de poser un projectile sur deux rails au travers desquels passe un puissant courant électrique. Un tel canon permettrait de tirer de plus loin un obus (jusqu'à 200 kilomètres) à une vitesse hypersonique. La vitesse est considérée comme hypersonique lorsqu'elle dépasse Mach 5 (plus de 6.000 km/h), soit cinq fois la vitesse du son.

Une énergie disponible

Les avantages d'une telle arme sont nombreux: frapper une cible à une distance de sécurité, un coût plus modeste par rapport à un missile de même portée, davantage de sécurité pour les servants et l'impossibilité de contrer l'obus. Mais la puissance électrique nécessaire pour utiliser ce canon électromagnétique reste énorme, "comparable à celle nécessaire pour une ville de 500.000 habitants", selon un document précédent de l’Institut Saint-Louis.

La puissance électrique nécessaire pour utiliser ce canon électromagnétique reste énorme.

De surcroît, l’énergie doit être disponible de manière presque instantanée, mais aussi de manière répétée, en fonction de la cadence de tir désirée. 

Les Européens ne sont pas les premiers à se lancer dans une telle initiative. L'armée américaine, avec notamment le britannique BAE Systems, mène des recherches sur le canon électromagnétique depuis 2005 et y a consacré des centaines de millions de dollars. Sans aboutir jusqu'à présent à des performances intéressantes.

Les Américains -ici un laboratoire de l'US Navy- travaillent depuis des années sur des canons électromagnétiques. Sans résultats probants jusqu'ici. ©AFP

L'US Navy, qui souhaitait équiper ses nouveaux super destroyers furtifs de la classe Zumwalt d'une telle arme, a dû se contenter d'un canon plus classique, quoique amélioré.  La Chine est également soupçonnée de chercher à le développer et aurait même procédé à des test en mer en 2019. 

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