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La Belgique n'a plus le choix

Journaliste

Après des décennies de vaches maigres, la Défense doit être refinancée.

La Belgique traverse l’une des pires épreuves de l’après-guerre. Ses finances publiques plongent vers les abysses. La perspective d’une augmentation des dépenses de défense, même modeste, peut dès lors paraître complètement incongrue. C’est pourtant ce que s’apprête à faire le gouvernement De Croo. Pourquoi donc une telle démarche, qui plus est dans le chef d'une coalition dont certains partis, comme les écologistes, restent officiellement opposés à l’achat de nouveaux avions de combat ?

La réponse est multiple. D’abord, il y a les chiffres, plutôt cruels. Avec ses dépenses militaires calées depuis des lustres aux environs de 1% du PIB - et même souvent moins -, la Belgique fait office de passager clandestin de l’Otan. Depuis trente ans, la défense a servi de variable d’ajustement à chaque exercice budgétaire. Résultat: un effondrement capacitaire pour l’armée de terre, du matériel à bout de souffle dans certaines unités, des casernes souvent antiques, de nombreux militaires mal rémunérés et une absence de participation à des projets industriels communs. Circonstance aggravante, ces économies n’ont pas rapporté grand-chose au citoyen belge, si on se penche sur l’état de la justice, des infrastructures ou des soins de santé. Tous les gouvernements depuis 1990 ont largement dilapidé les dividendes de la fin de la Guerre froide.

Depuis trente ans, la défense a servi de variable d’ajustement à chaque exercice budgétaire.

En 2016, la Vision stratégique a mis fin à cette situation, en programmant de nombreux investissements, dont la facture - qui représente 2 à 3 milliards supplémentaires pendant cette législature - doit être honorée par le nouveau gouvernement fédéral. Objectif: ramener la Belgique à un niveau de dépenses similaires à celui des autres pays européens non nucléaires membres de l'Otan. Des États qui, entre-temps, ont eux-mêmes rehaussé leurs budgets militaires...

À en croire les dernières déclarations, la majorité des membres de la coalition semblent avoir compris que la Belgique n'avait pas vraiment le choix, d'autant que l'environnement géostratégique du pays s'est plutôt dégradé. Certains ont également saisi que les dépenses militaires pouvaient non seulement servir d'instrument de promotion sociale - 10.000 emplois à pourvoir d'ici 2025 - mais également jouer un rôle dans la relance de l'économie. Dans les casernes, on croise les doigts pour que les vieilles habitudes ne reprennent pas le dessus.

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