La Belgique retrouve ses ambitions spatiales

Le lancement d'Ariane 5 le 17 novembre 2016. ©AFP

Malgré l’absence d’un gouvernement de plein exercice, la Belgique va faire passer ses moyens financiers alloués à la politique spatiale d’environ 200 millions d’euros par an aujourd’hui à 250 millions à partir de 2020.

La Belgique va faire passer ses moyens financiers alloués à la politique spatiale d’environ 200 millions d’euros par an aujourd’hui à 250 millions lors des prochaines années, a indiqué la délégation belge lors de la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui se déroule mercredi et jeudi à Séville, en Espagne.

Bien qu’il soit en affaires courantes et minoritaire, le gouvernement Wilmès a décidé de planifier un budget global de 1,456 milliard d’euros au titre de sa contribution à l’ESA pour la période 2020-2024, ce qui représente une augmentation annuelle d’environ 50 millions durant les 5 prochaines années.

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"Dans l’attente d’un gouvernement de plein exercice, nous ne pouvions pas nous permettre de rater ce train de Séville", a estimé le ministre de la Politique scientifique David Clarinval (MR), avant de partir pour Séville. "Le domaine spatial constitue en effet un enjeu économique et scientifique important pour la Belgique. Il offre une haute valeur ajoutée ainsi que de fortes retombées économiques et scientifiques. C’est vrai tant pour l’emploi que pour la recherche et le développement qui permettent aux entreprises présentes dans les trois régions de notre pays de travailler aux investissements porteurs de demain".

La Belgique est actuellement le sixième contributeur à l’ESA et même le premier au sein des pays de taille moyenne. Mais sous le gouvernement Michel, les moyens alloués à la politique spatiale ont été maintenus à environ 200 millions par an. Comme ils étaient gelés depuis les années 2010, cela représentait une diminution graduelle en valeur absolue. Pendant ce temps, de nombreux pays européens ont opté pour une stratégie inverse et augmenté leurs dépenses dans le domaine spatial. Ce qui menaçait la position belge.

Ariane 5 et Ariane 6

Or, pour tout euro investi par un pays, l’ESA garantit un juste retour en contrats pour ses entreprises, dont le taux oscille entre 80% et 120% du montant budgétaire alloué. Dans les faits, ces retours sont supérieurs à 100%.

"Le domaine spatial constitue un enjeu économique et scientifique important pour la Belgique."
David Clarinval
Ministre de la politique scientifique

Si on ajoute à cela que lors de la précédente conférence ministérielle de l’ESA, la Belgique a mis quelques billes supplémentaires dans des programmes satellitaires au détriment des lanceurs, l’industrie wallonne s’est retrouvée privée de quelques contrats sur la nouvelle Ariane 6. C’est le cas principalement de la Sabca, qui a perdu sur le nouveau lanceur européen les éléments de structure (les coiffes des fusées d’appoint notamment) qu’elle fabrique sur Ariane 5.  

Ce qui a été perdu sur Ariane 6 ne sera pas récupéré, mais l’enjeu pour le groupe bruxellois est de se positionner pour les prochains développements du nouveau lanceur. Idem pour la Sonaca. "Il y a toute une série de développements prévus dans le cadre du new space, à savoir les constellations de satellites, la récupération des lanceurs..." commente Bernard Delvaux, le CEO de la société carolo. "On s’est introduit dans ces nouveaux projets et on s’intéresse aux projets comme kick stage, un module supplémentaire pour le déploiement de constellations de satellites".

Sur le budget global de 1,456 milliard d’euros, quelque 743,92 millions d’euros seront attribués dans le cadre de la programmation obligatoire. L’autre moitié (712,73 millions) sera consacrée aux programmes optionnels, comme une participation européenne au programme américain de retour vers la Lune. De son côté, la Belgique souhaiterait développer le site de Redu, qui se cherche un nouveau souffle, comme centre spécialisé dans la lutte contre la cybersécurité dans le domaine spatial.

Plus de 3000 emplois

Même si les nouveaux moyens alloués à la politique spatiale restent pour l’instant théoriques et pourraient toujours être supprimés par le prochain gouvernement, cette hypothèse semble peu probable, indique une autre source. D’abord, parce qu’il semble quasiment acquis que les partis de l’actuelle coalition se retrouveront dans celle qui s’ébauche au fédéral.

Les entreprises belges vont essayer de se positionner pour une participation accrue aux futures évolutions du lanceur Ariane 6, qui doit voler l'année prochaine. ©REUTERS

Ensuite, cette volonté de réinvestir davantage dans le spatial est le reflet d’une position conjointe des industries du secteur: les associations professionnelles représentatives des trois régions – Wallonie Espace, Vlaamse Ruimtevaartindustrie et Brussels Aerospace & Defense Group - ont accordé leurs violons pour définir une stratégie commune pour l’espace.

La question du partage géographique sera quant à elle posée plus tard et en fonction des futurs programmes. Même si la Flandre souhaite toujours accroitre la clé de répartition à son bénéfice, le gros de l’industrie spatiale reste néanmoins situé au sud du pays et à Bruxelles.  "On a augmenté l’enveloppe, mais la clé de répartition sera de 55% pour la Flandre et de 45% pour les deux autres régions" conclut un spécialiste. Ce qui permettra d’accroitre la part flamande et de stabiliser la part pour la wallonie et Bruxelles. Je ne pense pas que l’industrie wallonne bénéficiera beaucoup plus que ce qu’elle a maintenant".

D’un point de vue économique, les entreprises spatiales belges représentaient un chiffre d’affaires annuel d’environ 330 millions d’euros. Aujourd’hui, ce montant est passé à 650 millions, ce qui génère plus de 3.000 emplois à haute valeur ajoutée.

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