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La Défense va créer jusqu’à 1.500 emplois à Charleroi

©Photo News

La Défense doit créer deux casernes de nouvelle génération. L’un de ces "quartiers du futur" va atterrir à Charleroi. Près de 1.500 militaires sont attendus.

La Défense entend jouer un rôle dans la relance économique de la Belgique. Et comment mieux y arriver qu’en intégrant ses projets dans la dynamique locale! C’est tout l’enjeu des quartiers militaires de nouvelle génération. La Défense va en construire deux. L’accord gouvernemental de la Vivaldi en prévoit un en Flandre orientale et l’autre dans le Hainaut qui ne possède actuellement qu’une seule caserne, à Tournai. D’après nos informations, le quartier du futur "wallon" devrait s’établir à Charleroi. L'investissement se chiffre en centaines de millions d'euros.

Intégration dans l'écosystème local

Le concept est présenté comme révolutionnaire. Tout sera dessiné pour que ces "quartiers du futur" s’intègrent dans le tissu socio-économique local. Il s’agira de quartiers semi-ouverts d’une quinzaine d’hectares pouvant accueillir de 1.000 à 1.500 militaires, axés sur des coopérations fortes avec les acteurs de l’écosystème local.

"En Wallonie, ce quartier du futur se situera dans une zone du Hainaut où il y a un bassin d’emplois. La ville de Charleroi est à l’étude mais ce n’est pas encore décidé."
Cabinet de la ministre de la Défense

Voilà pour le panorama général. Au cabinet de la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS), on refuse néanmoins de nous confirmer le choix de Charleroi. "Une étude a démarré pour désigner l’endroit. En Wallonie, ce quartier du futur se situera dans une zone du Hainaut où il y a un bassin d’emplois. La ville de Charleroi est à l’étude, mais ce n’est pas encore décidé", explique-t-on. Les autorités de la ville tiennent un discours similaire. "Charleroi fait partie des pistes et on s’en réjouit. Il faut maintenant laisser le processus se poursuivre."

Prudence donc, même si à plusieurs niveaux dans ce dossier, on nous confirme que le dossier carolo s’est imposé.

Impact socio-économique considérable

Pour une ville comme Charleroi où les friches industrielles ne manquent pas pour développer ce nouveau quartier, l’impact sociétal du projet est gigantesque. Avec la création de 1.000 à 1.500 emplois à quelques encablures du centre de la métropole, et l’arrivée des familles de militaires dans Charleroi, ce projet aura un impact considérable sur le redéploiement de la ville, ses logements et ses commerces. "Nous sommes dans un projet de relance économique", soutient le cabinet Dedonder sans commenter le choix de la localisation. "Nous visons un bassin d’emplois et la caserne du futur s’intègrera dans la ville. Le but est de créer de l’emploi, mais aussi de s’ouvrir sur la ville et la société civile. Nous travaillerons avec les agences locales de l’emploi, nous partagerons les infrastructures sportives. Nous voulons tisser un lien entre la Défense et le tissu social et les habitants."

"Le but est de créer de l’emploi mais aussi de s’ouvrir sur la ville et la société civile. Nous travaillerons avec les agences locales de l’emploi, nous partagerons les infrastructures sportives."
Cabinet de la ministre de la Défense

Le choix de Charleroi n’est pas un hasard. Et même si certains diront que la présence de Paul Magnette, président du PS et bourgmestre de Charleroi, a pleinement joué dans le dossier, ce petit coup de pouce politique n’explique pas tout. Derrière Charleroi, il y a une ville en pleine reconstruction plombée par un taux de chômage important, notamment chez les jeunes. Ancien bassin sidérurgique, la région a aussi été marquée par d’importantes restructurations et fermetures comme celle de Caterpillar il y a 4 ans.

Mariage entre le civil et le militaire

Allier l’armée à la relance de la ville répond donc à un double enjeu: repenser le rôle de l’armée comme outil d’insertion sociétal et insérer la formation militaire dans les outils de formation qui existent à Charleroi. "L’objectif est d’intégrer l’armée dans la dynamique industrielle de la ville", insiste un acteur du dossier.

"L’objectif est d’intégrer l’armée dans la dynamique industrielle de la ville."
Acteur du dossier

Sur le terrain carolo, on évoque des synergies entre la formation militaire et les formations industrielles et les métiers techniques à travers le centre de formation A6K/E6K dédié au domaine des sciences de l’ingénieur. Le pôle universitaire du haut de la ville sera aussi fortement mobilisé.

L'armée embraye en soulignant que ces quartiers du futur seront basés sur le principe de la mutualisation maximale des infrastructures. "On ouvrirait une partie de ces infrastructures aux civils, par exemple la restauration, les salles de cours, de conférence ou de sport", insiste le Général-major Goetinck, chef de la Division CIS & Infrastructure à l’armée.

"On veut faciliter les échanges en matière de recherche et de développement, intégrer ces quartiers avec des pôles locaux. On veut également récupérer ceux qui sont sans emplois dans des villes défavorisées où il y a beaucoup de chômage."
Général-major Goetinck
Chef de la Division CIS & Infrastructure à l’armée

Ces passerelles entre le monde de la formation civile et militaire sont d’ailleurs encouragées par l’état-major, comme l’explique le Général-major Goetinck. "On veut faciliter les échanges en matière de recherche et de développement, intégrer ces quartiers avec des pôles locaux. On veut également récupérer ceux qui sont sans emplois dans des villes défavorisées où il y a beaucoup de chômage. Donner à des gens qui ne sont plus aux études, mais qui n’ont pas de travail, un premier emploi, une discipline, une structure. Leur permettre de s’intégrer dans un groupe et d’évoluer vers des connaissances plus approfondies."

Win-win pour l'armée

Derrière ce dossier, la Défense joue aussi une partie de son image. L'armée veut profiter de ses quartiers du futur pour attirer de nouvelles recrues, encourager la mobilité de son personnel et assurer une meilleure répartition géographique de ses implantations. L’enjeu du recrutement est évidemment crucial pour l’armée de demain. Si les gouvernements Michel et Wilmès ont lancé un vaste plan d’investissement de 9 milliards environ pour renouveler le matériel militaire, l’équipe De Croo est quant à elle confrontée au défi majeur du recrutement de 10.000 nouveaux collaborateurs militaires et civils durant la législature, afin de compenser les départs à la retraite.

L'armée veut profiter de ses quartiers du futur pour attirer de nouvelles recrues, encourager la mobilité de son personnel.

Pour relever ce dernier défi, l’état-major intègre de nouveaux concepts dans sa méthode de recrutement. "La vision, c’est d’intégrer beaucoup mieux la défense dans la société civile", explique le Général-major Goetinck. "Cela tourne autour du bien-être du soldat. Il s’agit notamment d’offrir des carrières mixtes, à savoir pouvoir évoluer entre un travail militaire et un travail en entreprise. Cela pourrait aller jusqu’à des temps partiels, en permettant d’accueillir à la Défense des travailleurs d’entreprises éventuellement en difficulté."

"Il s’agit notamment d’offrir des carrières mixtes, à savoir pouvoir évoluer entre un travail militaire et un travail en entreprise. Cela pourrait aller jusqu’à des temps partiels."
Général-major Goetinck
Chef de la Division CIS & Infrastructure à l’armée

Reste à définir quelles unités pourraient aller dans ces futurs quartiers. Selon le  Général-major Goetinck, une  troupe "de mêlée", c’est-à-dire une unité combattante (par opposition aux troupes d’appui et de soutien), pourrait notamment être retenue, aux côtés d’unités plus spécialisées. Le choix définitif  interviendra après une consultation avec des acteurs économiques locaux, afin de déterminer les besoins.

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