La grève plombe les résultats de FN Herstal en 2017

©BELGA

Le Groupe Herstal a réalisé un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros en 2017 contre 853 millions en 2016. La grève d’octobre a entraîné un manque à gagner de près 70 millions.

L’année 2017 marque un coup d’arrêt dans la croissance du groupe d’armement Herstal (FN-Herstal, Browning, etc.). Selon les données provisoires dont nous avons eu connaissance, les résultats sont en demi-teinte, principalement à cause des mouvements sociaux. Le Groupe Herstal a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de près de 800 millions d’euros. Le résultat net devrait se situer aux alentours de 40 millions d’euros. Ces résultats traduisent une sérieuse contre-performance dans le chef du leader wallon de l’armement léger. En effet, un an plus tôt, le Groupe Herstal a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 853 millions (en progression de 10,6% par rapport à 2015) et une résultat net consolidé de 60,5 millions d’euros.

Perte de 70 millions

Selon des sources proches du dossier, les mauvais résultats de 2017 s’expliquent principalement par la grève qui a paralysé les ateliers de FN Herstal et de Browning pendant plusieurs jours en octobre dernier. D’après les premières estimations, le blocage des sites aurait entraîné un manque à gagner de près de 70 millions d’euros. Le conflit portait sur une augmentation de salaire plus importante que ce que prévoyait l’Accord interprofessionnel (AIP).

Celui-ci recommandait un maximum de 1,1%. La FGTB demandait le double et voulait aussi appliquer le plus vite possible le rapprochement des statuts ouvriers-employés. Or la direction, soutenue par son conseil d’administration et le nouveau gouvernement wallon, ne voulait pas aller au-delà de l’augmentation de 1,1%. Elle est d’accord d’appliquer le rapprochement des statuts, mais pas avant 2019. L’an dernier, en raison de ses bons résultats de 2016, le Groupe Herstal a versé à la Région wallonne, son unique actionnaire, un dividende de 10 millions. Les résultats de 2016 marquaient la cinquième année consécutive de croissance pour le groupe d’armement et la troisième année consécutive de dividende pour la Région wallonne. On saura bientôt combien la Région touchera en termes de dividende. Les travailleurs belges (environ 1.500 collaborateurs sur un total de quelque 2.800) ont touché une prime d’intéressement aux résultats dans le cadre de la convention collective (CCT90) d’environ 3.500 euros chacun pour l’exercice 2016. Pour l’exercice 2017, il nous revient que les travailleurs devraient encore toucher une prime bonus, mais elle devrait être sérieusement rabotée. Elle pourrait être réduite de près de 800 euros par rapport au bonus touché pour l’exercice 2016.

Au moins 40 emplois en jeu

Le climat social est loin d’être apaisé au sein de l’entreprise à Herstal. C’est le blocage complet à cause de l’intransigeance de la FGTB. Le syndicat socialiste a publié un communiqué début février fustigeant l’attitude du ministre-président Willy Borsus (MR) et du ministre wallon de l’Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR).

"Le carnet de commandes est plein et un accord sur le travail de week-end permettrait de créer au moins 40 emplois."
un travailleur de fn herstal

Le 30 octobre dernier, des dirigeants de la FGTB avaient rencontré les deux membres du gouvernement. À l’issue de cette entrevue, un communiqué annonçait la reprise du travail à la FN Herstal et la relance de la concertation. Mais la situation n’a pas beaucoup évolué. "Après plus de deux mois, la FGTB Métal est en droit de s’interroger sur la question de savoir si ce communiqué n’était qu’un écran de fumée destiné à arrêter un long conflit social. Car, sur le plan de la concertation, rien n’a avancé sensiblement. Pire, un récent courriel des deux ministres, suite à un courrier de la FGTB Métal, semble mettre en cause le socle de base de cette reprise de la concertation, au profit d’un retour intégral aux positions de la direction à l’origine du conflit", indiquent les dirigeants de la FGTB. Ils demandent rapidement une clarification pour éviter de replonger l’entreprise herstalienne "dans un climat extrêmement tendu".

Les travailleurs se désolent de la situation. "Le carnet des commandes est plein jusqu’en 2019, mais l’attitude de la FGTB bloque toute avancée. Aucun accord n’est signé sur le travail du week-end, alors qu’on pourrait facilement créer au moins 40 emplois dans les ateliers s’il y avait un accord", nous a confié un travailleur de la FN Herstal. Vu l’incertitude sociale, des observateurs se demandent s’il ne faudrait pas envisager des solutions de délocalisation de la production en cas de grève afin d’éviter un nouveau bocage préjudiciable à l’entreprise.

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