La Sonaca a vu son activité se réduire de moitié en 2020

À Gosselies, la Sonaca a dû recourir massivement au chômage économique. ©BELGA

Le groupe aéronautique wallon a dû se résoudre à fermer quatre sites dans le monde, dont son usine chinoise. Il a pu limiter la casse financièrement, grâce au chômage économique en Belgique et aux licenciements à l'étranger.

Plus de 7 milliards de pertes pour Air France-KLM en 2020: malgré les aides publiques, le transport aérien, dévasté par la pandémie de Covid-19, ne voit pas le bout du tunnel et sortira sans doute profondément transformé par la crise.

Du côté des constructeurs, l'écroulement des commandes et la réduction des cadences se fait également durement ressentir: le géant aéronautique européen Airbus a publié jeudi une perte nette de 1,1 milliard d'euros pour l'année passée, quand son concurrent, le géant américain Boeing, plombé par les déboires du 737 MAX et par les premières livraisons du 777X repoussées à fin 2023, a essuyé une perte colossale de 11,9 milliards de dollars.

Le 737 MAX, le premier cygne noir

L'avionneur européen a vu son chiffre d'affaires reculer de 29%, à 49,9 milliards d'euros. Il a livré 566 appareils, un tiers de moins que l'année précédente. Pour s'adapter au recul du trafic aérien, Airbus a baissé au printemps ses cadences de production de 40%. 

430
millions d'euros
La Sonaca va faire environ 430 millions de chiffre d'affaires en 2020 et 2021.

Ces diminutions ont eu des conséquences importantes pour les fournisseurs et équipementiers belges, qui ont vu leur activité civile souvent réduite dans une proportion similaire. C'est le cas notamment de la Sonaca, la plus importante société aéronautique du pays. "Avant l'interruption complète de la fabrication du 737 MAX, qui était notre premier cygne noir, et avant le Covid, nous avions prévu à l'origine pour 2020 un chiffre d'affaires pas loin de 800 millions et un Ebitda allant au-delà de 90 millions" a expliqué à L'Echo Bernard Delvaux, le CEO du groupe wallon. "En mai-juin nous avons refait une prévision qui a servi de référence pour le reste de l'année. Nous terminons dans la ligne de cette référence, ce qui veut dire que nous allons faire de l'ordre de 430 millions de chiffre d'affaires, au lieu de 800 millions. C'est un ordre de grandeur et les chiffres ne sont pas encore totalement audités, mais on peut dire que nous avons quasiment perdu 50% de notre chiffre d'affaires pour l'ensemble du groupe".

Pas de cash brûlé en 2020

Malgré ce marasme, l'équipementier de Gosselies a réussi à limiter la casse financièrement et à arriver à une situation à peu près neutre en termes d’Ebitda, "avec un chiffre légèrement négatif, mais proche de zéro" poursuit Bernard Delvaux. "Un Ebitda de cet ordre n'a l'air de rien, mais avec 50% de chiffre d'affaires en moins et des coûts fixes importants, cela tient de la haute voltige. Et au niveau opérationnel - je ne parle pas des financements -, nous avons même été en mesure d'être légèrement en cash positif. Nous n'avons pas brûlé de cash en 2020".

Dans ses usines à l'étranger, la Sonaca a dû procéder à des licenciements massifs, de l'ordre de 1.500 personnes.

Si l'entreprise a réussi à limiter la casse, c'est grâce "aux efforts de coûts, qui ont été colossaux, que ce soit en Belgique ou aux États-Unis. Des efforts qui ont été réalisés par toutes les usines et toutes les catégories de personnel" relève encore le patron. À Gosselies, la Sonaca a également eu recours au chômage économique pour près de la moitié des effectifs. Dans ses usines à l'étranger, elle a dû procéder à des licenciements massifs, de l'ordre de 1.500 personnes sur un total de 3.000 pour ses implantations aux USA, au Brésil, au Mexique, au Canada et en Roumanie. Plusieurs fermetures définitives de sites ont également eu lieu, dont celui de Chine (Sinelson Aero), situé à Tianjin, à une centaine de kilomètres de Pékin. "L'usine était à l'arrêt complet depuis le mois de septembre et l'administration a été complètement démantelée début février. Nous avons par la même occasion fermé trois usines aux USA, dont deux sont déjà complètement vidées" déplore Bernard Delvaux.

"Nous espérons que le gouvernement fédéral acceptera d'étendre cette garantie d'État à au moins trois ans".
Bernard Delvaux
CEO de la Sonaca

Grâce à ces économies et au support de ses actionnaires (la Région wallonne et le holding fédéral SFPI) et des banquiers, la Sonaca bénéficie d'une trésorerie qui doit lui permettre de passer à travers de la crise. Mais avec un Ebitda proche de zéro, cette situation ne peut évidemment pas se prolonger en termes de solvabilité. L'entreprise doit générer du cash pour rembourser ses dettes et attend avec impatience le retour des volumes. Elle a bénéficié du plan bancaire bazooka, à savoir un prêt garanti par l'État fédéral pour un an. "Mais à partir du mois de juin, cette garantie d'État disparaît et le prêt doit donc être remboursé. Ce n'est pas impossible de le faire, mais ce n'est pas une bonne nouvelle" estime Bernard Delvaux. Nous espérons que le gouvernement fédéral acceptera d'étendre cette garantie d'État à au moins trois ans, comme il a d'ailleurs déjà annoncé qu'il le faisait pour les PME. Beaucoup de grandes entreprises sont dans le même cas que la Sonaca."

Vers 45 A320 par mois

Pour 2021, le budget prévu est du même ordre et basé sur un chiffre d'affaires analogue à celui de 2020. "Cela restera une année extrêmement faible au niveau chiffre d'affaires" conclut Bernard Delvaux. C'est l'activité moyen-courrier dans le transport commercial qui va redémarrer en premier, mais progressivement. Airbus prévoit d'augmenter cette année le rythme de production de ses monocouloirs et de passer, pour la famille A320, de 40 avions par mois à 45 au quatrième trimestre 2021. De son côté, Boeing a pu re-certifier son 737 MAX. Pour les long-courriers, il faudra sans doute de 3 à 5 ans avant de revenir à des niveaux de ventes plus proches de la normale.

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