Le groupe belge Asco ne sera pas repris par l'américain Spirit

La famille Boas se retrouve à nouveau seule à la barre d'Asco (ici, Christian Boas, le CEO). ©Wouter Van Vooren

Le groupe aéronautique américain Spirit Aerosystems renonce au rachat du fleuron belge Asco. La société de Zaventem n’a pu répondre dans les délais aux conditions nécessaires à l’approbation de la transaction par les autorités européennes. Asco se retrouve ainsi à nouveau entièrement aux mains de la famille Boas.

Ce fut un des deals marquants de l’année 2018 en Belgique: la vente par la famille Boas de l'entreprise aéronautique Asco, située à Zaventem, à l'équipementier Spirit Aerosystems. Les Américains étaient prêts à mettre sur la table 650 millions de dollars (542 millions d’euros) en cash pour le rachat de la société belge, spécialisée dans la fabrication de pièces d'avion délicates. A cause des besoins en investissements et en raison de l’absence d’un successeur au sein de la famille actionnaire, cette dernière avait décidé de répondre positivement à l’offre de l’entreprise américaine.

Quelques mois après la transaction, les autorités européennes de la concurrence ont posé des questions sur l’opération, ce qui a poussé Spirit à retirer temporairement le dossier d’agrément. Au même moment, la cyberattaque dont Asco a été victime a entraîné de nombreux retards. Mi-juin 2019, une cyberattaque de type "ransomware" – en d’autres termes, le blocage par des pirates informatiques des serveurs d’une entreprise comme chantage pour obtenir de l’argent – a provoqué la mise à l’arrêt de l’usine d’Asco. Le groupe a dû redémarrer la totalité de ses systèmes informatiques.

Aujourd’hui, Spirit se retire totalement du deal. "Le contrat de vente comportait des conditions qui devaient être remplies pour le 1er octobre", explique Christian Boas, le CEO d'Asco. Or, l’Europe n’était prête à approuver la transaction que moyennant certaines conditions par rapport à l'accord. "Il fallait notamment respecter certains clauses de confidentialité par rapport à la Sonaca", avec qui Asco collabore depuis des années sur les programmes Airbus.

"Le contrat de vente comportait des conditions qui devaient être remplies pour le 1er octobre."
Christian Boas
CEO d'Asco

"Toutes les informations techniques et financières sur la Sonaca devaient être totalement séparées, détruites ou protégées afin que Spirit ne puisse pas y avoir accès. Le délai était fixé au début octobre, mais il était impossible de le respecter. Nous avons trente ans de relations avec la Sonaca, et donc trente ans d'informations à rechercher et à identifier. C'est un processus énorme. Le contrat se termine donc de lui-même. "

Un prix revu à la baisse

En mai de l’an dernier, Spirit avait déjà renégocié le prix du rachat, qui était passé de 650 à 604 millions de dollars. Et d’après un communiqué de presse resté relativement confidentiel, le prix avait une nouvelle fois été revu à la baisse en octobre, pour se situer à 420 millions de dollars (370 millions d’euros).

420 millions
de dollars
Le prix de la reprise avait une nouvelle fois été revu à la baisse en octobre, pour se situer à 420 millions de dollars (370 millions d’euros).

Aujourd’hui, ayant compris qu’il ne recevrait pas le feu vert de l’Europe, Spirit Aerosystems, lui-même en situation financière délicate suite à la crise du Covid-19, se retire totalement du deal. La famille Boas, qui détenait 100% du capital avant 2018, devra faire le deuil de plusieurs centaines de millions d’euros et se retrouve à nouveau seule à la barre de l’entreprise.

Présent sur le F-35

Asco est un des trois grands sous-traitants belges de l’industrie aéronautique, aux côtés de la Sonaca et de la Sabca. Il détient une solide position dans la conception et la production de pièces métalliques mobiles actionnant les becs et les volets qui sont déployés lors du décollage et de l’atterrissage.

Airbus et Boeing font partie de la clientèle régulière d’Asco. Mais l’entreprise participe également, via sa filiale canadienne et grâce également à l'équipementier Fokker, à la fabrication de l’avion de combat Lockheed Martin F-35. "Nous subissons actuellement les baisses de charge et nous avons déjà pris les mesures adéquates en la matière. Nous nous adaptons aux demandes du marché. Ce n'est pas la première fois que l'entreprise traverse une passe difficile", a conclu Christian Boas, qui a rappelé les multiples crises du passé. "Nous nous en sommes à chaque fois sortis, et même plus forts."

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés