Lockheed Martin en campagne pour vendre le F-35 à l'industrie belge

F-35 ©REUTERS

Le constructeur et le motoriste du chasseur américain F-35 vont conclure des accords avec les entreprises belges Ignition, Asco et BEC. Objectif: satisfaire les préoccupations du gouvernement d’obtenir un retour économique si la Belgique opte pour cet appareil.

Epinglé – discrètement – par certaines entreprises aéronautiques belges pour la modestie de ses propositions industrielles dans le cadre du remplacement des F-16 belges, le géant de la défense Lockheed Martin a décidé de dévoiler son jeu beaucoup plus amplement cette semaine. Le groupe américain, constructeur de l’avion de combat furtif F-35 Lightning II, va en effet conclure dans les huit prochains jours pas moins de trois accords avec l’industrie belge pour répondre aux préoccupations du gouvernement Michel d’obtenir un retour économique et sociétal au cas où la Belgique opterait pour l’appareil américain.

Le premier de ces accords (Memorandum of Understanding, MoU) sera signé ce mardi avec Ignition, une coentreprise de Sabena Aerospace et Sonaca. Détenue à parts égales par les deux sociétés, la nouvelle venue ambitionne de capter le contrat de la maintenance des successeurs des F-16. La création de ce nouvel acteur il y a trois mois a fait grincer des dents dans le Landerneau aéronautique belge, puisque la maintenance et l’entretien sont précisément la grande spécialité de la Sabca , qui s’occupe des vénérables F-16 depuis toujours... Mais il est vrai que suite au rachat de l’américain LMI, Sonaca s’est nettement rapprochée du marché américain et notamment de Lockheed Martin.

Des pièces à haute valeur

Le deuxième MoU est prévu jeudi avec ASCO Industries. La société de Zaventem, spécialisée dans la fourniture des pièces aéronautiques à haute valeur ajoutée, n’est pas une inconnue pour Lockheed Martin. La filiale canadienne de l’entreprise belge, Asco Aerospace (située à Vancouver), produit en effet des éléments importants du F-35, dont une imposante cloison en titane du tronçon de voilure, ainsi que les longerons en titane du bord d’attaque de l’aile de la version de l’avion pour l’US Navy.

Qui plus est, Asco a également obtenu fin 2017 un contrat pour la fabrication d’ailerons haute vitesse en tant que sous-traitant de Fokker Technologies, une entreprise du groupe britannique GKN Aerospace .

Enfin, lundi prochain, un troisième accord du même type sera paraphé entre la société Belgium Engine Center (BEC, basée à Herstal) et Pratt & Whitney, le fabricant du moteur du F-35.

Ancienne filiale du motoriste américain, l’entreprise liégeoise est depuis septembre 2016 la propriété à 100% du groupe AIM Norway. Ce dernier est impliqué dans les programmes de moteurs équipant les chasseurs américains F-15 et F-16, mais également le F-35. De son côté, BEC assure la maintenance des réacteurs des deux premiers avions pour une quinzaine de forces aériennes dans le monde.

Les intérêts essentiels

Comme le consortium européen Eurofighter, qui propose à la Belgique l’avion éponyme, Lockheed Martin n’a pas les coudées franches pour les retours économiques qu’il peut offrir dans le cadre de la procédure lancée par la Défense.

Ces retombées, qui ne compteront que pour 10 points sur cent dans l’évaluation des autorités belges, doivent correspondre aux "intérêts essentiels de sécurité" (IES), seule exception possible à la législation européenne prohibant les bonnes vieilles compensations, qui avaient fait le bonheur de la Belgique lors de l’achat des F-16 il y a quarante ans.

Reste à voir maintenant si ces trois "MoU" seront suivis d’effets, si bien sûr la Belgique opte pour le chasseur américain. "Il ne faudrait pas que ce soient de simples engagements pour permettre aux entreprises belges signataires de répondre à des appels d’offres pour le programme F-35, face à d’autres sociétés éventuellement moins chères", s’interroge un spécialiste.

Autre remarque: les entreprises belges qui ont un lien avec le consortium français Rafale, à savoir Sabca (filiale du groupe Dassault) et Safran Aero Boosters (groupe Safran ) ne sont pas dans la liste. "Il ne faut toutefois pas en conclure que ces sociétés sont tenues à l’écart", objecte-t-on au sein d’une des deux entreprises concernées. "C’est sans doute juste une question de calendrier et de maturité des discussions".

Le prix pour l'offre belge révélé à cause du shutdown?

Vendredi, le département d’État américain a approuvé la vente potentielle de 34 chasseurs F-35 à la Belgique, si d’aventure le gouvernement devait retenir l’avion de Lockheed Martin. Petit détail: le montant évoqué de 6,53 milliards de dollars (5,35 milliards d’euros) est largement supérieur au montant prévu par la Belgique, à savoir 3,6 milliards d’euros. Gros malaise du côté de la Défense belge, à qui les Américains répètent que leur appareil pourra être livré pour 85 millions de dollars. Selon l’entourage du ministre de la Défense, Steven Vandeput, le montant du Département d’État inclurait certaines dépenses budgétisées ailleurs, comme les frais de fonctionnement lors des premières années. Une explication qui ne convainc pas le site defense-aerospace.com, selon lequel c’est la perspective du "shutdown" de l’administration américaine qui pourrait avoir précipité cette annonce, alors que Lockheed et l’agence fédérale gérant le dossier belge auraient espéré taire le prix du F-35 jusqu’au 14 février, date de remise des dernières offres.


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