reportage

Nancy Fraipont, Ateliers Fraipont: "Il y a une place pour les petits ateliers très réactifs"

Nancy Fraipont

Situés à Francorchamps, les Ateliers Fraipont fournissent des pièces usinées de grande précision à l’industrie de la défense ou à l’aéronautique. Rencontre avec une patronne bien décidée.

Dans la cave de la maison familiale, il faut se faufiler entre les machines pour accéder à la table du fond où un ouvrier emballe des pièces de laitons usinées dans une caisse en carton après une dernière vérification. Derrière lui, un autre passe, pièce par pièce, des cercles de métal sous un microscope qui les scanne au centième de millimètre près. Au fond d’un couloir, dans ce qui a dû être une laverie, un écran affiche le dessin 3D d’un cylindre. Entre deux machines, sur les tuyaux de chauffage qui remontent vers le rez-de-chaussée, un écriteau mentionne: "Francis: 2 fois; Nancy: 3 fois". "Quand nous avions encore nos bureaux dans la maison de mes parents, c’était le moyen le plus rapide de nous appeler à l’atelier: en tapant sur les tuyaux de chauffage" précise Nancy Fraipont, avec un sourire un peu gêné.

Profil

Ateliers Fraipont

Emploi : 20 personnes

Chiffre d’affaires : 2,5 millions EUR

Marge brute : 20%

 

Francis, c’est le père, qui a créé les Ateliers Fraipont dans sa cave. Ancien des Forges de Zeebruges avant la reprise par Thales, Francis Fraipont a gardé de nombreux contacts dans le secteur de la défense. Il a donc commencé à usiner des pièces en petites séries pour le secteur il y a plus de trente ans. Depuis le petit atelier a bien grandi, a envahi les caves avant de s’étendre sous la terrasse et manger l’essentiel du jardin de cette maison bourgeoise à l’entrée de Francorchamps, à un kilomètre à peine du circuit.

Dans cet espace restreint et dans un bruit assourdissant, de longues machines et des robots débitent des barres d’acier, de laiton, d’aluminium ou de matériaux composites pour en faire des pièces usinées de grande précision pour une clientèle dans les secteurs de la défense, du transport, de la connectique et depuis peu dans le secteur médical.

Sortir de l'artisanat

Nancy Fraipont a repris l’entreprise familiale avec son frère Nicolas il y a un peu plus d’un an. A elle la direction et la gestion, qui a quitté une carrière d’audit à Luxembourg pour rejoindre son père, à lui la production et le commercial. Leur objectif est de sortir l’entreprise de l’artisanat pour rester compétitifs et efficaces sur des marchés très concurrentiels. "Notre petite taille et la souplesse de nos équipes nous permettent d’être très réactifs. Mais nous devons aussi mieux nous structurer pour pouvoir répondre aux exigences de certains cahiers des charges", commente Nancy Fraipont.

Pour se conformer aux exigences de ses clients, particulièrement aéronautiques, les Ateliers Fraipont se sont aussi lancés dans une procédure de certification internationale. "Mais c’est surtout utile pour nous. C’est une remise en cause de nos procédures avec un gain de qualité dans tous les domaines: en matière de formation continue, de normes de qualité, d’indice de performance de maintenance et même de gestion. Nous n’avions pas de système ERP par exemple. Il y a plein de choses que l’on faisait naturellement, mais les formaliser représente un gain appréciable", commente Nancy Fraipont.

La certification, c’est une remise en cause de nos procédures avec un gain de qualité dans tous les domaines.
Nancy Fraipont
CEO des Ateliers Fraipont

Pour une PME comme les Ateliers Fraipont, la croissance peut parfois être difficile à gérer. "Clairement, il y a une place pour des ateliers comme le nôtre, très réactif, apte à adapter son planning pour de très petites séries de pièces très spécifiques", assure Nancy Fraipont qui rêve de pouvoir fédérer d’autres ateliers comme le sien pour apporter davantage de valeur ajoutée et de compétences à leurs clients.

Avec ses 20 personnes, l’atelier tourne à plein régime. "Et encore, on a peu de back-up dans notre personnel. Pour l’instant nous avons deux malades et un jeune papa… Cela se sent! Quand il y a des pics de commandes, on manque de personnel", reconnaît la jeune patronne. Tout est donc une question d’équilibre entre le nombre d’ouvriers et une production parfois fluctuante. Pour l’instant, Fraipont peut compter sur un personnel "motivé, jeune et flexible", se réjouit Nancy Fraipont

Et heureusement, le personnel affiche une belle longévité dans l’entreprise parce que pour recruter…" La plupart de nos ouvriers sont entrés après une 7e professionnelle et ont eu une formation sur le tas, pour la programmation des machines notamment. Mais le métier devient de plus en plus pointu… "A Francorchamps, Fraipont est assez excentré et évite la concurrence d’entreprises installées dans le bassin liégeois pour attirer les talents. Mais c’est quand même de la Cité ardente, et notamment de ses écoles techniques et de son centre Technifutur que proviennent les opérateurs les mieux formés aux machines de plus en plus robotisées. Les deux nouvelles machines qui viennent d’arriver dans l’atelier nécessitent en effet de nouvelles compétences.

Notre petite taille et la souplesse de nos équipes nous permettent d’être très réactifs.
Nancy Fraipont
CEO des Ateliers Fraipont

Mais pour absorber la croissance, il faudra surtout donner plus de place à la production. Déjà, la partie administrative de la société a quitté la maison familiale pour s’installer dans un bâtiment voisin avec une partie des stocks. Et d’ici 2021, Fraipont investira près de 2,5 millions d’euros pour construire un nouveau bâtiment à quelques centaines de mètres de là, sur l’emplacement d’une usine d’embouteillage désaffectée. "On pourra respirer un peu mieux", se réjouit Nancy Fraipont.

Des interrupteurs aux pailles métalliques

Pour occuper ses machines et répondre à une demande très précise, Francis Fraipont débute il y a une dizaine d’années la production de plaques d’interrupteur en laiton. De fil en aiguille, l’idée lui semble judicieuse de développer des séries limitées pour ce marché de niche. Avec son client de la première heure, il lance une gamme standardisée mais de luxe de plaques d’interrupteurs, puis de prises murales de toutes sortes.

Aujourd’hui, Naci Arel, fils du cofondateur, a repris la société Luxonov avec Nancy et Nicolas Fraipont et touche une clientèle internationale. La France est son premier marché avec le reste de l’Europe. Mais les produits assez exclusifs de plaques en laiton ou en métal, poli, brossé ou gravé sur demande plaît particulièrement à une clientèle fortunée en Chine, en Inde au Qatar ou dans le Maghreb. " Notre première clientèle, ce sont les hôtels de luxe, mais nous comptons aussi pas mal de clients particuliers dans le résidentiel ou pour l’aménagement de bateaux par exemple ", explique Arel.

Luxonov produit quelque 50.000 pièces par an pour un chiffre d’affaires de près de 500.000 euros via un réseau de distributeurs indépendants une peu partout dans le monde.

Forte de cette expérience de diversification, Nancy Fraipont a engagé récemment une ancienne stagiaire comme chef de projet pour développer de nouvelles idées, notamment en matière de décoration. " Nous avons créé quelques luminaires, pour avoir ce que l’on ne trouvait pas ailleurs. Mais nous cherchons encore d’autres applications pour utiliser nos machines, comme des bouchons ou des pailles en métal réutilisable, qui pourraient être monogrammées. C’est notre département recherche et développement… ", commente Nancy Fraipont.

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