"Nein!" de Berlin à la fusion EADS-BAE

C'est l'échec. EADS et BAE Systems ont annoncé mercredi la fin de leurs discussions de fusion faute d'être parvenus à convaincre Paris, Berlin et Londres de renoncer à leurs prérogatives.

Les groupes d'aéronautique et de défense EADS et BAE Systems ont annoncé l'échec de leur projet de fusion en raison de l'absence d'accord des gouvernements. Les deux groupes avaient jusqu'à ce soir pour déclarer s'ils demandaient aux autorités boursières britanniques l'autorisation de poursuivre les négociations ou s'ils renonçaient à leur projet.

Des sources proches des discussions ont déclaré à Reuters que la chancelière allemande Angela Merkel s'était opposée au schéma de fusion mardi soir.

Les groupes d'aéronautique et de défense EADS et BAE Systems ont annoncé l'échec de leur projet de fusion en raison de l'absence d'accord des gouvernements. Les deux groupes avaient jusqu'à ce soir pour déclarer s'ils demandaient aux autorités boursières britanniques l'autorisation de poursuivre les négociations ou s'ils renonçaient à leur projet. 

"Il est devenu clair que les intérêts des Etats parties prenantes ne pouvaient pas être réconciliés de manière adéquate avec les objectifs que s'étaient fixés BAE Systems et EADS pour leur fusion", ont fait savoir les deux groupes dans un communiqué commun.

"BAE Systems et EADS ont donc décidé qu'il était dans le meilleur intérêt de leurs entreprises et de leurs actionnaires d'abandonner les discussions et de continuer à se concentrer sur leurs stratégies respectives", ont-ils ajouté.

L'Allemagne a été explicitement mise en cause dans le blocage des discussions.

"Il est juste de dire qu'il y a eu des difficultés avec le gouvernement allemand", a déclaré Ian King, le président de BAE, lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes.

Un porte-parole d'EADS, plus incisif, a expliqué que "le gouvernement allemand n'a donné aucune raison claire pour justifier son opposition", alors que "Paris et Londres étaient favorables à la fusion (et que) des solutions avaient été trouvées à toutes les questions soulevées par les gouvernements français et britannique".

De source gouvernementale française, on a de même déclaré que le gouvernement allemand avait bloqué l'avancée du dossier.

"Il semblerait que la chancelière (Angela Merkel) ne souhaite pas que les discussions se poursuivent", a ajouté cette source.


"LES INTÉRÊTS INDUSTRIELS" DE L'ALLEMAGNE


Berlin, tout en se défendant de porter la responsabilité de l'échec des discussions de fusion entre EADS et BAE, a invoqué ses intérêts industriels.

"L'Allemagne n'est pas la seule à avoir bloqué la fusion entre EADS et BAE, la France aussi avait des réserves", a estimé une source gouvernementale allemande.

Le secrétaire d'Etat à l'Economie Peter Hintze a cependant déclaré sur le site internet du magazine Der Spiegel que "les intérêts industriels de l'Allemagne (...) sont mieux garantis sous cette forme", c'est-à-dire en maintenant l'indépendance d'EADS.

"Je n'ai pas à regretter ou à me réjouir, j'ai à constater", s'est pour sa part borné à commenter le président François Hollande.

En Bourse, l'action EADS a fortement grimpé après l'annonce de l'abandon des négociations, tandis que le titre BAE accusait le coup à Londres.

A 16h45, EADS s'adjugeait 4,6% et signait la plus forte progression de l'indice CAC 40, lui-même en repli de 0,13%. BAE perdait 0,9%.

Car au-delà des divergences constatées entre la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sur leur participation au capital du futur groupe et sur les droits associés en matière de gouvernance, le projet a échoué à convaincre plusieurs grands actionnaires.

La perspective de la fusion entre EADS et BAE avait suscité doutes et questionnements chez les analystes du secteur, qui jugeaient la parité de 60-40 très favorable au groupe britannique et soulignaient l'aspect destructeur de valeur pour les actionnaires du groupe européen d'aéronautique et de défense.

Invesco Perpetual, qui dit détenir 13,3% des actions ordinaires de BAE, a dressé une longue liste d'objections à la fusion, citant notamment des craintes d'ingérence des Etats, l'absence de logique stratégique de l'opération et le manque de visibilité concernant les dividendes au-delà de 2013.

Le groupe Lagardère, désireux de sortir au meilleur prix d'EADS, avait également critiqué le projet de fusion.

Rappel des faits

EADS et le britannique BAE Systems avaient normalement jusqu'à 16H00 GMT ce mercredi pour dire s'ils voulaient continuer leur projet de fusion malgré toutes les difficultés apparues depuis un mois, et permettre la naissance en Europe d'un titan de l'aéronautique et de la défense. Depuis l'annonce des pourparlers de rapprochement le 12 septembre, les complications et blocages se sont multipliés, en provenance d'Allemagne, de France et du Royaume-Uni dans ce dossier très politique où les Etats d'Europe continentale ont placé une part de leur souveraineté.


Toute la difficulté des négociateurs était de permettre à la France et à l'Allemagne, principaux actionnaires d'EADS, de préserver leurs intérêts tout en évitant une main-mise étatique sur le futur groupe qui aurait généré un chiffre d'affaires cumulé de 78 milliards d'euros, loin devant Boeing et Lockheed Martin, les deux leaders américains. Comme Londres, EADS et BAE avaient à coeur de limiter le poids des Etats pour pouvoir bien s'implanter sur le premier marché mondial, les Etats-Unis, hostile à l'interventionnisme public.


Les négociations butaient déjà vendredi dernier notamment sur le refus de la France de s'interdire formellement de monter au capital du futur ensemble.

A savoir

Le titre du groupe EADS était en forte hausse mercredi en début d'après-midi à la Bourse de Paris, après l'annonce de l'échec des discussions sur une fusion avec BAE Systems.

Vers 14h, la valeur prenait 2,76% à 26,82 euros, tandis que le CAC 40 perdait 0,10%.

De son côté BAE Systems cédait 2,43% à 317,5 pence dans un marché en repli de 0,34%.

 

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