analyse

Plusieurs options possibles pour l'avenir de la Sabca

©BELGA

L’annonce de Dassault pourrait-elle être l’occasion de concrétiser un rapprochement avec la Sonaca? Ce vieux scénario refait surface.

Nouveau coup de théâtre dans le landerneau aéronautique national: un an après l’annonce du rachat de l’entreprise familiale Asco de Zaventem par l’américain Spirit, une autre société s’apprête à changer de propriétaire, le français Dassault ayant annoncé son intention de se défaire de la Sabca.

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Dassault possède 96,85% de la Sabca.

Actionnaire depuis plus de cinquante ans de l’entreprise aéronautique belge, le groupe Dassault est un conglomérat qui comprend Dassault Aviation, mais aussi des intérêts dans la presse, l’édition de logiciels, l’immobilier ou la viticulture. Il possède 96,85% de la Sabca suite au récent rachat de la participation de Fokker (groupe GKN) dans la société belge.

La volonté de Dassault: se défaire de sa participation dans la Sabca n’a guère étonné les connaisseurs, dont la plupart estiment qu’elle était devenue logique suite au désengagement de Fokker et à la décision du gouvernement belge de ne pas choisir le Rafale du constructeur français comme successeur des F-16.

Si beaucoup de spécialistes établissent un lien avec ce dernier dossier, aucun d’entre eux cependant ne parle de mesure de rétorsion. "L’élément principal à prendre en considération est l’aspect financier, fait valoir un spécialiste. Ce qui a été pris en compte, c’est la valeur ajoutée industrielle et économique. L’analyse faite à Paris, c’est que la valeur économique qui sera générée par les retombées du contrat F-35 pour la Sabca sera sans doute largement inférieure à celle du marché du F-16 il y a 40 ans."

Le patron de la Sabca, Thibauld Jongen, n’est pas loin de cette analyse: "Cela fait partie d’une stratégie plus globale que Dassault avait depuis longtemps. Vu que les marchés se trouvent surtout en Asie et ailleurs, ils se sont demandé s’il était encore important pour eux d’avoir une empreinte industrielle en Belgique. Mais pour sortir du capital, il y avait deux conditions. La première, c’était que la Sabca redevienne profitable et robuste. La seconde, c’était que les inconnues sur le remplacement du F-16 soient levées. Ce qui explique que Dassault passe maintenant à l’action."

Un autre acteur belge?

"Nous devons fixer nos priorités dans d’éventuelles acquisitions. Je ne suis pas sûr que la Sabca fasse partie de ces priorités."
Bernard Delvaux
CEO de la Sonaca

La question à plusieurs centaines de millions est maintenant de savoir quel repreneur pourrait se manifester. La première idée qui vient à l’esprit, c’est celle d’un rapprochement avec un autre acteur belge, la Sonaca. Une perspective d’ailleurs évoquée depuis très longtemps – on parlait plutôt par le passé d’une reprise de la Sonaca par la Sabca –, mais qui ne s’est jamais concrétisée. Interrogé sur le sujet, Bernard Delvaux, le CEO de l’entreprise carolo détenue par la Région wallonne, ne ferme pas la porte, mais semble assez réservé: "Le marché de l’aérostructure est très compliqué parce que nous avons très peu de clients et que les marges sont extrêmement faibles. Il y a énormément d’acteurs en difficulté et beaucoup d’actifs sont à vendre", souligne-t-il, en énumérant quelques-uns des équipementiers qui attendent un repreneur, comme l’américain Triumph Group. "Pour nous qui sommes un acteur important et qui voulons continuer à grandir, nous devons être très attentifs à ce qui se passe et fixer nos priorités dans d’éventuelles acquisitions. Je ne suis pas sûr que la Sabca fasse partie de ces priorités. Mais cela doit être analysé dans le détail. C’est un dossier que l’on va quand même regarder, puisqu’il concerne la Belgique et qu’on se connaît depuis longtemps. Nous voulons être un acteur proactif dans ce mouvement de consolidation, mais il faut bien choisir ses batailles."

Des plateformes en croissance

Reste à voir si la Sonaca – qui a avalé l’américain LMI il y a deux ans – et son actionnaire public auraient suffisamment de ressources pour une nouvelle opération. "Si de réelles opportunités importantes se présentent, je pense que le financement ne sera pas un problème, rétorque Bernard Delvaux. On trouvera les moyens. La vraie question, c’est de faire les bons choix, au niveau industriel, au niveau de la présence locale et globale, au niveau des clients, des plateformes, c’est-à-dire les avions sur lesquels on travaille. Il faut que cela soit des plateformes en croissance et pas en décroissance."

"Sabca a beaucoup de choses à faire valoir".
Thibauld Jongen
CEO de la SABCA

De son côté, Thibauld Jongen, tout en soulignant que la décision relève de l’actionnaire, n’écarte aucun scénario: "Il y a une opportunité pour la Sabca de retrouver un investisseur ou un partenaire industriel ou pas qui aidera la Sabca à se déployer dans ce monde qui change, poursuit-il. La Sabca a beaucoup de choses à faire valoir: un ensemble de compétences, un portefeuille de programmes existants et des perspectives intéressantes dans le pipeline."

Le jeu semble assez ouvert. Ainsi, l’américain Spirit, qui est en train de finaliser le rachat d’Asco, pourrait estimer que la Sabca ferait un bon complément avec l’entreprise de Zaventem. Les deux sociétés collaborent d’ailleurs depuis des années sur plusieurs programmes. Mais d’autres candidats pourraient également se montrer intéressés. "Après la consolidation intervenue chez les grands donneurs d’ordre, il y a une course à la croissance chez les équipementiers, relève de son côté un autre spécialiste. Dans cette optique, la Sabca, qui a beaucoup de compétences, peut représenter une opportunité intéressante si le prix n’est pas trop élevé."

D’autres imaginent, mais sans trop y croire, que Dassault pourrait être séduit par un financier qui impliquerait éventuellement le management avec un MBO (management buy-out) pour en faire une entreprise en croissance, qui serait revendue avec une plus-value par la suite. Un scénario qui pourrait aussi être joué par les pouvoirs publics? Il n’y a pas grand monde pour croire à un tel portage. D’abord parce que la Sabca est présente sur des sites dans les trois Régions, ce qui rendrait l’opération complexe. Ensuite, ce qui est recherché, c’est une véritable stratégie industrielle pour l’entreprise. "Dassault devra continuer à gérer, donc il n’y a pas d’urgence si on ne trouve pas de repreneur", conclut une dernière source.

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