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Raytheon Technologies Corporation, le nouveau titan de l'aérospatiale et de la défense

©REUTERS

L'annonce de fusion entre les américains United Technologies et Raytheon laisse présager un bouleversement de la hiérarchie du secteur aéronautique mondial. Alors que la valeur combinée des deux entités est estimée à 121 milliards de dollars, cette rencontre entre le militaire et le civil offre au nouveau groupe une position unique.

Après des mois de discussions, la consolidation de la branche aéronautique des activités de United Technologies (UTC)  avec le spécialiste des solutions technologiques en matière de défense Raytheon  est officiellement annoncée par les deux camps et sera effective dès le premier semestre 2020. Le nouveau groupe, sobrement baptisé Raytheon Technologies Corporation (RTX), verra son actionnariat scindé en deux, 57% des parts revenant aux propriétaires d'UTC et 43% à ceux de Raytheon.

À travers cette fusion, le conglomérat espère devenir le numéro 3 mondial de l'industrie dominée par l'américain Boeing  et le français Airbus , reléguant ainsi Lockheed Martin , le spécialiste américain de l'aviation militaire et constructeur des chasseurs F-35, à la quatrième place. Ensemble, les ventes combinées des deux parties sont estimées à 74 milliards de dollars pour l'exercice 2019.

Niveau gouvernance, Gregory Hayes, président du conseil et directeur général d'United Technologies, sera en charge de l'exécutif à l'échelle du conglomérat tandis que le CEO de Raytheon, Tom Kennedy, assurera la présidence du conseil d'administration jusqu'en 2021; Hayes héritera alors de la casquette de président. 

Un équilibre commercial-militaire

La particularité de cette opération réside peut-être dans le partage des revenus du futur groupe. En effet, avec la mise en commun de leurs clientèles, Raytheon et United Technologies expliquent dans un document officiel que les ventes du groupe seront probablement réparties de façon presque équitable entre le militaire (54%) et le civil (46%), une première dans le secteur. 

Dans un communiqué, les deux partenaires prévoient pourtant des effets de synergies à hauteur de 1 milliard de dollars dès la quatrième année. De plus, elles annoncent des portefeuilles d'activités et des bagages technologiques "hautement complémentaires" malgré des domaines d'expertises sensiblement différents.

Notons également que, afin de pleinement se consacrer à l'industrie aérospatiale, United Technologies prévoit la cession de ses branches consacrées aux systèmes de climatisation, chauffage et d'aération (Carrier) ainsi que celle dédiée à la fabrication d'ascenseurs, escalators et tapis roulants (Otis).

Rappelons que grâce à sa division Pratt & Whitney, UTC apporte au conglomérat une expertise unique dans la fabrication de moteurs d'avions civils et militaires (dont ceux des avions de chasse F-35) tandis que Collins Aerospace, fruit de la récente acquisition de l'équipementier aéronautique Rockwell Collins par United Technologies, permet au nouveau géant de se positionner parmi les leaders en matière d'équipements électroniques pour engins civils et militaires.

Du côté de Raytheon, les activités comprenant la production de missiles Tomahawk et Patriot, la mise en place de systèmes de commandes centralisées d'exploitation et bon nombre de solutions en termes d'appareillage électronique militaire viendront garnir le pendant militaire de l'offre globale proposée par Raytheon Technologies Corporation. 

Accueil tiède

Alors que le CEO de United Technologies prévoit que ce nouveau champion industriel "définira le futur de l'aérospatiale et de la défense", la concurrence semble témoigner moins d'enthousiasme.

Un expert d'Agoria nous explique en effet, qu'"en diversifiant ses activités tout en se concentrant sur l'aérospatiale et la défense, UTC et Raytheon créent une entité dont les parties se renforcent mutuellement, diminuant ainsi l'exposition aux risques systémiques et conjoncturels du secteur". Il ajoute ensuite qu'"il est peu probable de voir Airbus et Boeing emboîter le pas au nouveau couple, malgré les récentes rumeurs de rapprochement entre Airbus et Dassault Aviation, la priorité restant, pour les deux leaders, l'aviation civile".

La dernière réaction nous vient de la Maison-BlancheDonald Trump se dit "inquiet" de l'impact que pourrait avoir cette fusion sur les prix des équipements militaires commandés par le Pentagone, client historique de UTC.

Dans l'ensemble, cette fusion semble s'inscrire dans la tendance d'une industrie où la consolidation industrielle est devenue monnaie courante, dans le militaire comme dans le civil. 

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