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Seagle, un projet belge pour remplacer les canadairs

Quatre grands appendices situés sous le fuselage du Seagle réduisent les chocs lors de l'écopage.

Un projet belge vise à construire un tout nouveau bombardier d'eau pour révolutionner le concept des canadairs vieillissants.

Plus de 50 ans d'existence et toujours opérationnels pour la plupart, les canadairs, ces fameux bombardiers d'eau jaune et rouge, sont aussi résistants et increvables que les bons C-130, véritables camions des airs. Camions-citernes dans le cas des canadairs, qui peuvent transporter jusqu'à 6.000 litres d'eau pour les disperser sur les forêts en feu.

La technologie de ces avions pompiers est assez basique et n'a quasiment pas évolué depuis la création du modèle par Bombardier dans les années 1960. La dernière version équipée de turbopropulseurs plus puissants, qui permettent d'embarquer plus d'eau, date du début des années 90. Simple et robuste pour résister aux chocs encaissés lors de l'écopage. Le fuselage et le train sont malmenés par les vagues et les débris flottants. Sans parler des pilotes, secoués comme des pruniers lors de cette manœuvre délicate qui exige du doigté et de la précision et qui se termine parfois par un plantage.

Production à l'arrêt

Mais Bombardier, qui avait repris Canadair dans les années 80, en a cessé la production en 2015 avant de revendre la marque et l'outil à la société Viking, qui se contente pour l'instant d'assurer la maintenance des appareils encore en service et de proposer l'amélioration technique des cockpits des modèles antérieurs. Une nouvelle version, dotée d'une avionique digitale moderne, est dans les cartons du constructeur depuis 2017, mais aucune date de mise en service n'a été communiquée jusqu'ici.

"Le Seagle doit résoudre tous les 'défauts' du canadair et surtout proposer une solution la plus européenne possible."
Gaëtan Du Four
CEO de Roadfour, porteur du projet Seagle

Sur les quelque 250 appareils construits par Canadair, il en reste environ 170 encore en activité. Mais les besoins pour ce type d'avions bombardiers d'eau demeurent, même s'il s'agit d'un marché très pointu et très étroit. Les derniers en date ont été livrés à la Croatie à la fin des années 90.

Page blanche

Partant de ce constat, une équipe d'ingénieurs belges s'est penchée sur la question, partant d'une feuille blanche ou presque. "Les canadairs sont en fin de vie. Relancer une véritable ligne de production prendrait 5 à 10 ans à Viking. Et les modèles actuels figurent aussi parmi les avions plus chers à l'heure de vol", constate Gaëtan Du Four, CEO de Roadfour, la société qui travaille sur le projet Seagle.

L'idée est née il y a quatre ans déjà. Elle a bien maturé pour arriver aujourd'hui à un projet concret qui semble retenir l'attention des décideurs politiques dans les pays concernés par les incendies de forêts et dans l'Union européenne. "Le Seagle doit résoudre tous les 'défauts' du canadair, et surtout proposer une solution la plus européenne possible", poursuit Du Four.

Pour réduire le danger de l'écopage et les chocs subis par la carlingue, le train d'atterrissage semi-rétractable et le pilote, le Seagle reprend, par exemple, la technologie des foils, qui a fait ses preuves dans la voile. Quatre grands appendices recourbés situés sous le fuselage permettent à l'appareil de glisser sur l'eau plutôt que de s'y appuyer et d'en absorber les reliefs.

12.000
litres
Le Seagle a une capacité d'embarquement de 12.000 litres d'eau, le double des canadairs actuels.

Dans le même ordre d'idée, la puissance des moteurs a été doublée -de 2.500 à 5.000 cv - pour augmenter la capacité d'embarquement d'eau à 12.500 litres par voyage. Le train d'atterrissage sera totalement rétractable pour réduire les frais de maintenance sur cet élément très sollicité notamment par la corrosion saline lors de l'écopage en mer. Et la structure de l'appareil a été étudiée pour absorber des mouvements de 3,5 G là où les avions de ligne résistent généralement à 2G.

Côté pilotage, l'avionique tablera sur la dernière technologie digitale, orientée sur la fonction de bombardier d'eau, et le pilote bénéficiera d'une visibilité accrue grâce à une verrière bulle comme sur les avions de chasse.

Appareil européen

Enfin, les moteurs de génération récente réduiront sensiblement la consommation de l'appareil. "Pratt & Witney étudie pour nous une version amarinée d'un de ses turbopropulseurs. C'est le seul élément qui ne sera pas européen dans la conception de l'appareil", fait remarquer Frédéric Dumortier, VP Engeneering de Roadfour.

Des contacts poussés sont en cours avec une douzaine d'équipementiers européens dont Cenaero ou la Sabca en Belgique.

L'argument européen est important à l'heure où la France et l'Espagne réfléchissent au renouvellement de leur flotte de canadairs. Par ailleurs, le programme européen RescEU prévoit le financement à 90% d'une flotte de 12 appareils mis à la disposition d'Etats-membres mais appelables en priorité pour des missions urgentes au sein de l'Union. "Actuellement, les pays gardent assez jalousement leur propre flotte dans un souci d'économies alors que les moyens font parfois défaut pour lutter efficacement contre de graves incendies", pointe Jean-François Gailly, CTO de Roadfour.

De gauche à droite, Frédéric Dumortier, Jean-François Gailly et Gaëtan Du Four, concepteurs du projet Seagle. ©Antonin Weber / Hans Lucas

Roadfour agit en tant qu'intégrateur et architecte du projet. Des contacts poussés sont en cours avec une douzaine d'équipementiers européens, dont Cenaero ou la Sabca en Belgique. La société a par ailleurs soumis un dossier de financement à un fonds consacré à l'innovation de l'Union européenne dans le cadre d'un consortium qui regroupe quelques acteurs aéronautiques français, hollandais, espagnols et croates.

"Le timing est bon", assure Gaëtan Du Four, qui envisage une mise en production dans les 6 ans après la première commande, soit d'ici 2028. Avec le soutien actif de la diplomatie belge, Raodfour a déjà pu présenter son projet aux gouvernements espagnol et croate. Avec une écoute plus qu'attentive. "Notre objectif est de mener le projet et de garder la main dessus le plus loin possible!"

Le résumé

  • Les bombardiers d'eau Canadair n'ont pas de concurrence, mais ils arrivent en fin de vie et ne sont plus produits.
  • L'Union européenne projette une flotte de 12 appareils ad hoc d'intervention rapide dans les pays méditerranéens.
  • Le belge Roadfour planche sur le projet Seagle, un bombardier d'eau au concept novateur et essentiellement européen.

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