"Si on ne trouve pas assez de boulot sur le F-35, on en trouvera sur d'autres avions!"

Stéphane Burton (à droite), le patron de Sabena Aerospace, aux côtés de Thibauld Jongen, le CEO de Sabca. ©Dieter Telemans

Stéphane Burton, le patron de Sabena Aerospace, le reconnaît: il reste des incertitudes concernant les retombées économiques du contrat F-35 pour la Belgique. Mais il ne s'en inquiète pas outre mesure alors que sa société a décroché la prolongation d’un agrément pour l’entretien des C-130.

Quelle était la situation de Sabena Aerospace jusqu’ici?

Quand on l’a rachetée, la société faisait à peu près 40 millions d’euros de chiffre d’affaires et on avait environ 340 Equivalent Temps Plein (ETP). On avait moins de 180 personnes directement occupées en production. Aujourd’hui, dans la partie belge de Sabena, on a un chiffre d’affaires qui sera autour de 48 millions pour 2019, tout en étant profitable et avec un endettement très faible. On a actuellement 310 ETP, dont plus de 240 occupés en production. Sur cette période, on a donc fait grandir ce qui est le cœur de cette entreprise, la production.

Le chiffre d’affaires avait grandi une première fois jusqu’à 57 millions grâce à l’Afrique, qui s’est ensuite cassé la figure. On est repassé à 47 millions en 2017, sans plan de licenciement. Là, on était repartis, mais pas avec les même ingrédients. Nous sommes dans une phase de transformation de la société.

Dans quelle direction?

On va faire grandir fortement la défense, qui représente déjà 50% de notre activité. C’est pour cela que le partenariat avec Sabca est extrêmement important. J’ai travaillé ces cinq dernières années avec les autres industriels à essayer de fédérer l’industrie autour du F-35, avec des tentatives volontaristes, mais qui n’ont pas toujours abouti, comme Belag. Mais on a appris à se connaître, notamment avec Sonaca, avec qui on a créé une joint venture, Ignition!

Pour le moment, on n’a pas encore d’activité, mais le F-35 n’y est pas encore. On ne veut pas faire une chose en particulier, mais servir les clients militaires. On peut développer un nouveau modèle opérationnel, ainsi que des services tout autres (cybersécurité, pilot training) que nos activités actuelles.

À quoi doit-on s'attendre avec Sabca?

Le closing du rachat n’a pas encore eu lieu et, comme il s’agit aussi d’une société cotée, je ne peux en dire plus pour l’instant. Mais on a déjà aussi commencé à travailler avec Sabca. Avant même l’opération, on a signé avec eux pour créer une joint venture au Maroc afin de faire le support des chasseurs et des avions de transport. Le partenariat avec Sabca va créer des opportunités pour les deux sociétés. On a déjà un partenariat évident, celui des centres de formation. J’ai une centaine de techniciens à former dans les années à venir pour remplacer ceux qui vont partir à la retraite.

"Ignition! a été conçu non pas juste pour le F-35 en Belgique, mais pour faire un grand pôle de services pour la défense au départ de la Belgique vers tous les petits pays européens liés à l’Otan."

Mais vous vous retrouvez avec deux entités - Sabca et Ignition! - qui ont la même ambition, la maintenance des chasseurs…

On viendra avec une offre qui sera cohérente et il faudra revisiter les activités à développer au sein d’Ignition!. Mais ce sont des discussions que l’on a déjà eues, y compris avec Sonaca. Les objectifs des trois acteurs partenaires peuvent être rencontrés soit dans Ignition!, soit ailleurs. Ignition! est un véhicule juridique pour atteindre un objectif économique, une nouvelle gamme de services aux clients militaires.

Il y a des services complémentaires que l’on peut faire avec un seul point de contact pour les trois sociétés dont nous parlons, et peut-être même avec d’autres. Je précise qu'Ignition! a été conçu non pas juste pour le F-35 en Belgique, mais pour faire un grand pôle de services pour la défense au départ de la Belgique vers tous les petits pays européens liés à l’Otan.

Concernant les retombées du contrat F-35, certains disent qu’ils ne voient rien venir. Quel est votre avis?

Dès le départ, on savait que comme on arrivait en queue de peloton, la partie fabrication serait la plus difficile pour trouver des retombées économiques. Ce n’est pas neuf. Je n’en sais pas plus. J’entends juste que cela semble se faire dans une belle entente entre les trois acteurs concernés (Sabca, Sonaca et Asco sont candidats ensemble pour la fabrication d’un élément arrière du F-35, NDLR). Cela n’a pas toujours été le cas.

Pour la fabrication d’éléments du F-35, est-ce que les Belges ont juste reçu la possibilité de participer aux futurs appels d’offres de Lockheed ou bien existe-t-il des garanties pour un minimum de retours?

Cela, je n’en sais rien. Il faut le demander au gouvernement. Mais je répète: il y a un bel alignement entre les trois acteurs, avec le gouvernement derrière eux. Et si on ne trouve pas suffisamment de boulot sur le F-35, on en trouvera sur d’autres avions!

"Pour la partie support opérationnel et entretien du F-35, il y a un vrai truc à faire côté belge".

Mais qu’est-ce qu’il y aura réellement à faire en Belgique pour la maintenance du F-35, sachant que cela sera différent du F-16?

On ne le sait pas encore. Cela dépendra de l’opérateur, c’est-à-dire l’armée belge, qui doit définir sa vision, consulter le constructeur – Lockheed Martin –, les autres armées et l’industrie. Ce n’est pas à nous de définir ce que sera le besoin. Pour la partie support opérationnel et entretien, il y a un vrai truc à faire côté belge. Quand je vois l’état d’esprit du côté de la Défense, je pense qu’on y va. Mais c’est à elle d’en parler.

Jusqu’ici, Sabena est une des rares sociétés à avoir décroché quelque chose avec Lockheed…

On a reçu la prolongation d’un agrément pour l’entretien des C-130. Ce n’est pas lié au F-35, mais bien au maintien d’une capacité opérationnelle dans le pays, ce qui fait du sens. Cette extension va même servir l’État belge: nous sommes candidats avec un consortium pour racheter les C-130 de la Défense et pour en opérer éventuellement certains au départ de Bruxelles.

On appliquerait enfin le modèle que les Américains appliquent depuis 1945, qui consiste, lorsque l’on vend du surplus militaire, à veiller à générer du boulot pour son pays. Dans ce cas présent, Lockheed respecte les intérêts essentiels de sécurité en nous aidant dans notre business développement. J’ajoute que, sans le maintien de la capacité de support des C-130 ici à Bruxelles, il n’y aurait plus eu de possibilité d’entretenir des avions de transport militaire en Belgique.

Et pour l’A400M?

C’est Airbus qui s’occupe de la maintenance et il a choisi un sous-traitant, qui est Sabena Aerospace. On met des équipes à disposition d’Airbus pour travailler sur les A400M qui arrivent. On démarre en juin.

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