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Solvay parie sur la "super-glu" pour alléger le poids des avions

À terme, les ailes d’avion (ici, l’Airbus A350) seront intégralement assemblées avec des adhésifs. ©BELGAIMAGE

Solvay vient d’inaugurer au Pays de Galles sa première unité européenne de production de matériaux adhésifs pour l’aéronautique. Le groupe belge multipliera ainsi par plus de deux sa capacité de production d’adhésifs. Avec les matériaux composites, ils constituent un enjeu stratégique majeur, surtout dans le secteur aérien.

Depuis trois ans, Solvay s’est immiscé dans le cercle fermé des fournisseurs de pointe du secteur aéronautique. En reprenant la société américaine Cytec, numéro deux mondial des matériaux composites, le chimiste belge s’est dégoté un puissant vecteur de croissance.

Pour pousser un cran plus loin son avantage, le groupe vient de se doter de son premier centre de production d’adhésifs structuraux et de films de surfaçages destinés au secteur aéronautique en Europe.

Cette unité automatisée, implantée sur le site de Wrexham (nord-est du Pays de Galles), qui produit déjà des matériaux composites, représente un investissement de près de 100 millions de dollars. L’usine est achevée mais pas encore opérationnelle: elle doit en effet passer une série de contrôles sévères en vue d’obtenir sa qualification. Cela prend en général entre 6 et 10 mois. La nouvelle unité galloise devrait être opérationnelle d’ici février 2019.

"Nos principaux clients sont en forte croissance. Il est important pour nous d’assurer les livraisons à temps."
Carmelo Lo Faro
Responsable "Matériaux composites" de Solvay

Elle permettra à Solvay de multiplier d’un seul coup par plus de deux sa capacité de production de ces matériaux de haute technologie, produits quasi exclusivement jusqu’ici dans son usine américaine de Havre de Grace (ça ne s’invente pas…), dans le Maryland.

"Nos principaux clients (Boeing, Airbus, Bombardier, Safran… NDLR) connaissent une forte croissance. Il est important pour nous de pouvoir assurer les livraisons dans des délais stricts", explique Carmelo Lo Faro, président de la division Matériaux composites de Solvay.

L’unité galloise du groupe est entièrement automatisée, pour optimiser la production et donc renforcer la sécurité de la chaîne d’approvisionnement. Concrètement, elle produira des matériaux adhésifs, une sorte de "super-glu" permettant d’assembler aussi bien des structures en matériaux composites qu’en métal, ainsi que des films de surfaçage et des dispositifs de protection des structures composites contre la foudre.

Les rivets, nouvelle cible

Les adhésifs produits actuellement permettent de réduire le nombre de rivets à poser sur un avion. Pas négligeable quand on sait qu’un avion est constitué de plusieurs millions de rivets. Or, ces pièces sont plus lourdes que les adhésifs et obligent à creuser de petits trous dans les structures, qui sont ainsi fragilisées.

Avec ses matériaux composites et ses adhésifs spéciaux, Solvay occupe une niche extrêmement porteuse. "Nos deux marchés clés sont pour nous de puissants vecteurs de croissance. Tout le monde veut voler, et les dépenses de défense sont en augmentation un peu partout dans le monde. Sans compter l’essor des projets privés dans l’espace", souligne Carmelo Lo Faro.

Les avions de ligne les plus modernes, comme l’Airbus A350 ou le Boeing 787 Dreamliner sont déjà constitués à plus de 50 % de composites. Plus légers et plus malléables que les métaux, ils contribuent à améliorer l’aérodynamisme et à réduire la consommation des avions, donc les émissions de gaz à effet de serre, et à accroître ainsi leur autonomie.

"Avec les matériaux composites, on ira sans doute plus loin que le taux de 53% pour l’A 350, mais sans doute pas jusqu’à 90% comme sur certains hélicoptères. Mais il y a encore sur le marché de nombreux avions composés à 15 ou à 20% de composites sur lesquels on peut tendre vers les 50%", précise le responsable du département des composites.

À l’entendre, l’ère des avions rivetés approche doucement de son terme. Il y a deux mois, les ingénieurs de Solvay sont en effet parvenus à mettre au point un matériau adhésif encore plus performant, qui permet d’envisager l’élimination totale des rivets.

Mais la phase de développement industriel n’est pas pour tout de suite. "Actuellement, on continue de placer des rivets en plus des adhésifs pour des raisons de sécurité. Il faut savoir aussi que l’industrie aéronautique est très conservatrice dans ses choix stratégiques", dit Carmelo Lo Faro.

La production de nouvel adhésif dans l’usine Wrexham n’est donc pas pour tout de suite.

Investor Day
Solvay voit l’avenir en rose

Futur ex-patron de Solvay, Jean-Pierre Clamadieu accueillait hier à Londres les actionnaires du groupe pour ce qui sera son dernier "Investor Day". Pour rappel, le CEO avait annoncé en février dernier son départ vers la présidence d’Engie, précisant alors qu’il quittera le groupe chimique avant la fin de l’année.

La journée des investisseurs a été l’occasion pour Solvay de publier un communiqué optimiste pour la période 2019-2021. Solvay prévoit en effet de dégager une croissance organique de son Ebitda sous-jacent de 6 à 9% par an. Au premier semestre de l’exercice en cours, celle-ci a atteint 6%. "La profonde transformation de Solvay permet de générer une performance financière solide tant en ce qui concerne le niveau d’Ebitda, que le cash généré et le retour sur capitaux engagés", souligne Jean-Pierre Clamadieu, qui laissera à son successeur un Solvay fortement remanié.

Dans l’immédiat, le groupe chimique a annoncé son intention d’augmenter de plus de 35% sa capacité de production de polymères à hautes performances PVDF (polyfluorure de vinylidène) à Tavaux, dans le Jura français. Objectif: répondre à la forte croissance de la demande mondiale, principalement pour des applications dans les batteries lithium-iondestinées aux véhicules électriques.

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