Sonaca va participer au grand retour de la Nasa sur la Lune

L'administration Trump a confié à la Nasa la mission d'amener un équipage sur le sol lunaire en 2024, mais ce calendrier semble de plus en plus compromis. ©© JMH-Galaxy-Contact

L’entreprise aéronautique carolo fabrique une pièce importante du module de service du véhicule spatial Orion, qui doit permettre aux astronautes américains de fouler à nouveau le sol de la Lune.

Lorsque les astronautes américains reposeront le pied sur la Lune d’ici quatre ou cinq ans, l'Europe et la Belgique pourront se féliciter d'avoir un peu contribué à l'aventure: Sonaca, le plus important constructeur aéronautique du pays, fournit en effet une grosse pièce de structure du module de service de la capsule Orion, ce véhicule spatial qui, dans le cadre du programme Artemis de la Nasa, doit permettre aux astronautes de revenir sur le satellite de la Terre, plus de 50 ans après l’alunissage d’Apollo 17.

Basé sur une architecture similaire à celle des vaisseaux Apollo, le nouveau véhicule Orion de la Nasa, un peu plus spacieux que son lointain prédécesseur, est composé de deux parties. La première, de forme conique et construite par Lockheed Martin, abrite les membres d’équipage: quatre astronautes pour des vols de trois semaines et jusqu’à six pour un voyage en orbite basse, Orion pouvant s’attacher à la station spatiale internationale (ISS). En dessous de ce module de commande du vaisseau – la seule partie qui revient sur Terre après chaque mission –, on trouve le module de service qui assure la propulsion, l’alimentation en énergie, en oxygène et en eau des astronautes, ainsi que la régulation thermique du véhicule.

13
tonnes
Le module de service fournit par l'Agence spatiale européenne (ESA) est un cylindre de plus de 13 tonnes.

Ce cylindre de plus de 13 tonnes est la contribution de l'Agence spatiale européenne (ESA) à Orion: construit sur le site d’Airbus Defence & Space à Brême, en Allemagne, cette espèce de cargo d’un diamètre et d’une hauteur de quatre mètres transporte notamment 8,6 tonnes de carburant pour alimenter le moteur principal d'Orion et 32 petits propulseurs destinés à opérer les manœuvres orbitales et à maintenir le vaisseau spatial sur sa trajectoire pendant le voyage aller-retour.

La pièce fournie par la Sonaca

La contribution de Sonaca consiste à fournir une cloison circulaire pour réservoirs ("tank Bulkhead") qui ferme le module de service sur le dessus. "Il s’agit d’une grande pièce usinée en aluminium que nous avons dû construire en deux demi-lunes en raison de sa taille", explique Pedro Romero Fernandez, responsable des activités spatiales de l’équipementier de Gosselies.

"Il s’agit d’une pièce qui subit de grosses contraintes, puisqu’elle transfère les charges entre la capsule et le module."
Pedro Romero Fernandez
Responsable des activités spatiales de la Sonaca

"Elle a été assez délicate à réaliser, car il a fallu concilier la difficulté d’usiner un élément de grande taille avec la très haute précision qui est habituellement demandée pour des pièces plus petites. Deuxième problème que nous avons dû régler: il s’agit d’une pièce qui subit de grosses contraintes, puisqu’elle transfère les charges entre la capsule de commande et le module de service."

Selon Pedro Romero Fernandez, Sonaca a déjà construit cinq éléments de ce type depuis 2016. Les deux premiers ont été utilisés dans le cadre du développement et des essais au sol des premiers véhicules. Les trois pièces suivantes seront bien présentes sur les premiers vols d’Orion, dont le lancer inaugural qui doit intervenir, sans équipage, en 2021. Cette première mission Artemis devra valider à la fois les performances de la capsule mais aussi celles du nouveau lanceur géant Space Launch System (SLS) de la Nasa, qui n’a pas encore volé.

Le troisième vol sera le bon

Les premiers astronautes embarqueront plus tard, avec Artemis II, pour une mission autour de la Lune puis un retour sur Terre, programmée pour 2022 ou 2023. Le premier alunissage n'aura lieu qu'au troisième vol. L'Agence spatiale européenne (ESA) a précisément signé la semaine passée un contrat d’un montant d’environ 250 millions d'euros avec Airbus pour la construction de ce troisième module de service européen, dont les premiers équipements sont déjà en cours de production. 

L'élément fourni par la Sonaca est une cloison circulaire de plus de 4 mètres de diamètre qui ferme le module de service sur le dessus.

D’après Pedro Romero Fernandez, Sonaca a déjà livré son élément "avant la crise du coronavirus" à l’un des sous-traitants d’Airbus sur le projet, Thales Alenia Space. L’entreprise carolo a par ailleurs bon espoir de se voir attribuer la construction de ces "tank Bulkheads" pour les futurs modules de service qui pourraient être commandés par l'ESA et la Nasa. Une autre société belge, Antwerp Space, une filiale du constructeur allemand OHB, participe également au projet Orion, mais sur des équipements d’essais au sol.

Un fleuron de l'industrie

Fleuron de l’industrie aérospatiale européenne, le module de service fourni par l’ESA et Airbus est basé sur l’expérience acquise avec les "Véhicules de transfert automatique" (ATV), des cargos spatiaux automatisés et non réutilisables de l’ESA, qui ont ravitaillé la Station Spatiale Internationale (ISS) à cinq reprises.

Chacun des nouveaux modules de service d'Orion est "consommable".

Chacun des nouveaux modules de service est lui aussi "consommable": après avoir effectué la quasi totalité du voyage, ils seront largués avant le retour sur Terre et brûleront dans l'atmosphère, tandis que le module de commande d’Orion est conçu pour amerrir et être réutilisé au moins une fois. 

L’administration Trump a confié à la Nasa la mission d’amener un équipage – une femme et deux hommes – sur le sol lunaire en 2024, mais ce calendrier semble de plus en plus compromis avec la crise du Covid-19 et les retards accumulés par certains éléments du programme Artemis, qui ne dispose toujours pas à ce stade d’atterrisseur lunaire. 

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