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Avec la reprise de MJR, Kinepolis signe le plus gros deal de son histoire

©Kinepolis

Dix-huit mois après avoir acquis le Canadien Landmark, Kinepolis poursuit son développement en Amérique du Nord en rachetant le groupe MJR pour plus de 137 millions d’euros.

Pari tenu pour Eddy Duquenne. Il y a tout juste deux ans, le CEO de Kinepolis avait indiqué à L’Echo qu’à terme, l’exploitant de salles de cinéma doublerait de taille et dépasserait la centaine de complexes À l’époque, il en comptait 48. Il a plus que tenu parole.

Kinepolis a en effet annoncé lundi le rachat du groupe cinématographique américain MJR, ce qui porte son parc à 107 complexes. Il y a cinq ans le groupe belge n’en comptait que 23. MJR, de son vrai nom MJR Digital Cinémas, est une société active dans l’état du Michigan, dans le nord des Etats-Unis. Basée à Bloomfield Hill, elle compte dix complexes soit 164 écrans et plus de 20 000 sièges. Avec 6,2 millions de visiteurs, ces cinémas ont permis à MJR de réaliser un chiffre d’affaires de 81,2 millions de dollars en 2018 (74 millions d’euros) composé à 59,1% de la vente de tickets, 37,6% du catering (confiseries, boissons), 3% de la publicité à l’écran et 0,3% d’autres revenus.

Comprendre la culture

Un an et demi après avoir acquis le groupe canadien Landmark (45 complexes), c’est le mariage parfait selon Eddy Duquenne. Ceci pour différentes raisons. "Je l’ai toujours dit, nous voulons investir dans des régions dont nous comprenons la culture. C’est le cas des Etats-Unis, le Michigan est situé à une heure de Toronto au Canada, nous explique-t-il. En outre leur business model, c’est du vrai Kinepolis, leurs cinémas sont des multiplexes et des mégaplexes de 10 à 20 salles équipées des meilleures techniques, enfin nous acquerrons l’immobile de sept des dix complexes, ce qui nous parvient parfaitement."

"Kinepolis est toujours sur la piste de danse, mais il faut être deux pour danser le tango." Eddy Duquenne CEO de Kinepolis

On le sait, Kinepolis développe une intense activité de développement immobilier qui lui permet de diminuer les risques liés à la seule exploitation, trop soumise aux aléas de la programmation, de la météo ou de facteurs externes (grands événements sportifs…).

Au total MJR, qui emploie 815 collaborateurs, compte trois mégaplexes de 20 salles chacun, cinq complexes de 16 salles, un de 14 salles et un de 10 salles. Toutes les salles sont équipées du son surround digital 5.1 et deux complexes disposent d’un auditorium EPIC expérience, où la projection 4K est associée au son Dolby Atmos. Tous les complexes sont par ailleurs équipés du concept de sièges inclinables avec repose-pied. Bref, des standards qui collent parfaitement à la stratégie de Kinepolis qui a entrepris une montée en gamme de ses infrastructures avec des équipements dernier cri. Objectif: développer "l’expérience client" afin de le détourner des plateformes de vidéo style Netflix, Amazon et bientôt Disney +, Apple TV +, etc.

Endettement maîtrisé

Voilà pour le profil de ce groupe qui constitue à ce jour la plus grosse acquisition jamais réalisée par Kinepolis, Du moins en terme financier car en nombre de salles, Landmark était plus important. Kinepolis a en effet mis 152,25 millions de dollars sur la table soit 137,2 millions d’euros. C’est 53 millions d’euros de plus de plus que pour Landmark, repris il y a près de deux ans. Comment le groupe va-t-il financer tout ça? "Nous avons un endettement maîtrisé, répond Eddy Duquenne. En outre, nous avons récemment émis un emprunt obligatoire de 225 millions pour financer notre stratégie d’expansion." Le groupe est aussi gorgé de cash, affichant un trésor de guerre de 180 millions fin 2018.

Centre de gravité

Avec cette acquisition, le centre de gravité de Kinepolis penche de plus en plus vers le nouveau continent. Si l’on tient compte des chiffres de 2018, les 74 millions de chiffre d’affaires de MJR viendront s’ajouter aux 475,9 millions générés par Kinepolis, soit 549,9 millions d’euros au total. Si bien que l’Amérique du Nord pèsera 36,5% de ses revenus et 42,5% de ses visiteurs. Ce n’est pas un hasard.

"Au lendemain du référendum du Brexit, en juin 2016, et dans la foulée d’élections qui avaient consacré la montée en puissance de partis extrémistes dans deux de nos principaux marchés, la France et les Pays-Bas, nous avons décidé qu’il nous faudrait nous développer dans des environnements plus stables. Le Canada et les Etats-Unis répondent à ces critères", détaille Eddy Duquenne.

Appétit insatiable

Kinepolis continuera à exploiter MJR sous la marque existante. Le management ne changera pas et sera aidé pour l’intégration par l’équipe européenne de Kinepolis ainsi que par l’équipe canadienne de Landmark. Moyennant l’aval des autorités antitrust, la transaction sera finalisée d’ici la fin octobre.

Mais cela ne calmera pas pour autant l’appétit du groupe. "Nous allons d’abord digérer cette acquisition mais ensuite nous allons continuer à examiner les opportunités du marché avec toujours la même philosophie: identifier un profil de risque moins élevé que la moyenne pour un rendement plus élevé que la moyenne, ce qui nous permet de créer de la valeur pour l’actionnaire", commente Eddy Duquenne qui aime rappeler que "Kinepolis est toujours sur la piste de danse mais il faut être deux pour danser le tango."

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Un accueil favorable

Dans le communiqué annonçant la reprise de MJR, Kinepolis indique que L’ebitda annualisé et ajusté de MJR s’élève à 18 millions de dollars et que sa contribution s’élève à 2,9 dollars, soit 2,6 euros par visiteur.

Ces ratios sont qualifiés de "très attractifs" par l’analyste de Degroof Petercam.De fait, la Bourse a bien accueilli l’opération. Le titre Kinepolis a clôturé en hausse de 2,86% à 54 euros.

Selon KBC, cette transaction s’inscrit parfaitement dans la stratégie d’expansion géographique de Kinepolis. L’analyste, Guy Sips, juge en outre le prix payé (137,2 millions d’euros) très raisonnable. Guy Sips note ainsi que MJR génère beaucoup de revenus en dehors de la vente de billets: boissons pop-corn… "En 2018, ces revenus s’élevaient à 4,4 euros par visiteur, ce qui est déjà supérieur à la moyenne du groupe", dit-il.

Il estime qu’il est encore possible d’accroître la rentabilité dès que MJR sera "Kinepolis proof", c’est-à-dire qu’il répondra à ses critères de performances.

Chez ING, l’analyste David Vagman estime les synergies entre 2 et 3,5 euros par action, soit un effet positif sur le titre de Kinepolis de 4 à 6,5%. "L’ajustement stratégique et géographique avec Landmark, la taille convenable, le prix d’acquisition discipliné et les synergies potentielles s’adaptent bien à ce cas d’investissement par fusion-acquisition", note-t-il avant d’ajouter que "Kinepolis peut probablement augmenter la marge bénéficiaire brute pour la faire passer de 35% actuellement à 35% à 40%",

Enfin, les anlystes de Kepler Cheuvreux évoquent une "magnifique transaction", avec un prix inférieur à 8 fois le bénéfice brut d’exploitation. Selon eux, "elle pourra entraîner une augmentation de plus de 20% du résultat net par action, synergies comprises".


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