analyse

Blockbuster, expansion, offre premium: les clés du succès de Kinepolis

Des innovations comme le ScreenX (vision à 270 degrés) permettent à Kinepolis d'augmenter le prix moyen du ticket.

Porté par ses acquisitions et une offre de films très riche, Kinepolis a connu un exercice 2019 record. Le groupe a encore faim de croissance.

S’il existait un oscar de l’exploitation de salles de cinéma, Kinepolis figurerait sûrement parmi les nommés. Le groupe belge a en effet connu un exercice 2019 d’excellente facture, salué par la bourse. De quoi confirmer le trophée d’Entreprise de l’Année décerné par EY l’automne dernier.

Tous les voyants sont en effet au vert. Le groupe a enregistré un nombre record de 40,3 millions de visiteurs dans ses 111 cinémas répartis dans neuf pays, soit 13% de plus qu’un an plus tôt. Certes, ses acquisitions – l’américain MJR, l’espagnol El Punt et le néerlandais Arcaplex et l’ouverture de nouveaux complexes au Canada et en France – ont dopé ce chiffre, mais à périmètre constant la croissance est tout de même de 6%. Seul bémol: la croissance en Belgique, qui reste son principal marché avec plus de 30% de son chiffre d’affaires, n’a été que de 1,7%, inférieure à celle du marché (+4%). En cause: une offre de films locaux plus faible en Flandre où le groupe est majoritairement déployé.  

Kinepolis a aussi été porté par une offre de blockbusters bien plus riche qu’en 2018, comme "Le Roi Lion", "Avengers: Endgame", "La Reine des neiges II", "Star Wars: L’ascension de Skywalker", ou encore le succès surprise de "Joker". C’est simple. Le film le plus vu dans ses complexes en 2018, "Avengers : Infinity War", ne figurerait qu’à la 5e place en 2019.

"L'expérience client"

Cette croissance est encore plus forte en termes de chiffre d’affaires puisque celui-ci a crû de 15,9% à 551,5 millions d'euros, un résultat supérieur aux attentes des analystes de Bloomberg qui tablaient sur 543,8 millions.

551,5
millions €
En 2019, le chiffre d’affaires de Kinepolis a crû de 15,9% à 551,5 millions d'euros, un résultat supérieur aux attentes des analystes de Bloomberg.

"C’est le fruit de notre stratégie de premiumisation", résume Eddy Duquenne, le CEO. Grâce à des innovations comme les cosy seats, les projections laser, le 4DX, son 3D, ScreenX (projection à 270°), le ticket moyen par visiteur a augmenté de 3,2%. Aidé certes par les acquisitions, les entrées en salles ont ainsi augmenté de 17,8% et représente 55,2% des revenus du groupe, contre 54,7% un an plus tôt. Croissance également du côté du deuxième pôle de revenus, les snacks et boissons, qui ont crû de 19,4%, portées lui aussi par les récentes acquisitions en Amérique du Nord, où le public en est un gros consommateur. Cette activité pèse désormais 28,3% du chiffre d’affaires.

"La croissance de notre chiffre d'affaires est aussi le fruit de notre stratégie de premiumisation."
Eddy Duquenne
CEO de Kinepolis

Ce focus sur "l’expérience client" est pour Kinepolis un moyen de se distinguer des autres exploitants mais aussi de la concurrence des plateformes de streaming qui scotchent de plus en plus d’amateurs à leurs canapés, même si Eddy Duquenne juge que "les gens qui consomment beaucoup Netflix sont aussi ceux qui vont beaucoup au cinéma".

Cette montée en gamme se reflète positivement sur les bénéfices. L'Ebitda ajusté progresse de 23,4% à 174,1 millions d'euros alors que le consensus tablait sur 167,3 millions, tandis que le résultat net ajusté s’élève à 56 millions d'euros, contre 47,4 millions un an auparavant. Fort de ces résultats, le conseil propose la distribution d'un dividende brut en hausse de 8,7% à 1 euro.

2020, année de défis

Reste à voir si le groupe pourra encore gâter ainsi ses actionnaires. 2020 s’annonce en effet plus compliquée. D’abord, parce que l’offre de blockbusters s’avère moins riche qu’en 2019, malgré le nouveau James Bond, quelques "sequels" et autres productions Disney-Pixar. Ensuite parce que 2020 est une année d’Euro de foot: "Et on sait que cela ne fait pas nos affaires", reconnaît Eddy Duquenne, "c’est une des raisons pour lesquelles nous sommes toujours en quête d’acquisitions pour minimiser les risques. En 2018, nous avons souffert de la Coupe du Monde mais notre acquisition au Canada, pays où cet événement a peu d’impact, nous a permis de nous en sortir."

Alors que son chiffre d’affaires a doublé depuis 2013 et que le nombre de ses complexes a quintuplé, le groupe n’est donc pas rassasié. Il lorgne sur d’autres pays en Europe et sur d’autres continents. Mais aussi sur la Belgique puisque, après une longue saga administrative, il peut à nouveau s’étendre chez nous. S’il ne privilégie pas le rachat d’acteurs existants – ce qui demanderait l’aval de l’Autorité de la concurrence –, Kinepolis mise plutôt la construction de nouveaux complexes. En Wallonie où le groupe est moins implanté qu’en Flandre? "Nous réfléchissons en termes de zones de chalandise plutôt qu’en terme régional", répond Eddy Duquenne qui envisage aussi le développement en Belgique de son concept "art et essai" Ciné K déjà présent en France et aux Pays-Bas.

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