NWave, le petit Belge qui titille Hollywood

©nWave Pictures

Qualifié de "Pixar belge", le studio d’animation bruxellois a déjà généré plus de 300 millions de dollars au box-office. Rencontre avec son cofondateur Ben Stassen.

Dans quelques semaines sortira en salles le nouveau long métrage du studio d’animation bruxellois nWave, "The Queen’s Corgi", qui raconte de manière loufoque l’histoire des chiens de la reine d’Angleterre. Le film a été vendu dans près de 70 territoires et la bande-annonce a déjà été vue plus de 20 millions de fois sur les réseaux sociaux. Un début prometteur.

The Queen's Corgi - Official Teaser Trailer

Le nom nWave reste relativement méconnu du grand public. Mais avec des moyens rikiki, il parvient à rivaliser avec les géants hollywoodiens de l’animation, les Disney, Dreamworks et autres Pixar, grâce à ses succès au box-office, soit plus de 300 millions de dollars de recettes pour ses huit longs métrages: "Fly me to the moon", "L’extraordinaire voyage de Samy", "The son of Bigfoot"… " Notre film le moins performant, ‘Robinson Crusoé’, a fait 6,5 millions d’entrées, je pense que beaucoup de cinéastes européens rêveraient de ces chiffres", s’amuse Ben Stassen, cofondateur il y a un quart de siècle du studio avec celle qui est devenue son épouse, Caroline van Iseghem, et Eric Dillens, un ancien de VTM.

On surnomme d’ailleurs nWave le "Pixar belge". "C’est un beau compliment, mais cela met la barre très haut, car le film d’animation est le seul créneau où on est systématiquement comparé aux Américains, commente Ben Stassen. Le budget de nos films tourne autour de 20 millions de dollars, alors qu’aux Etats-Unis un film d’animation coûte au moins 100 millions. Ce n’est pas pour autant que l’on peut être cinq fois moins attractif! On doit être plus efficace, faire des compromis. Dans Queen’s Corgi, le scénario prévoyait une scène de dîner entre chefs d’États. C’était impayable, on en a fait un dîner entre la Reine et Donald Trump!"

D’Aubel à Los Angeles

Un personnage, ce Ben Stassen. Volubile, d’un enthousiasme réjouissant, ce néosexagénaire dont l’accent trahit les origines wallonnes aurait pu reprendre la célèbre cidrerie familiale à Aubel. "Mais le destin m’a appelé ailleurs, or j’ai toujours voulu être maître de mon destin", dit-il.

©Anthony Dehez

Cet ailleurs, c’est le rêve hollywoodien. Il y a débuté sa carrière après une licence en sciences politiques à la KUL. "Comme j’étais incapable d’écrire mes dissertations en néerlandais, j’ai pu les faire en vidéo, c’est comme ça que j’ai pris goût au cinéma." Il sera toujours reconnaissant à ses parents de lui avoir permis d’étudier ensuite à la Mecque des écoles de cinéma, la célèbre University of South California (500.000 francs belges de minerval à l’époque!), là où a étudié un certain Georges Lucas. Diplôme en poche, il commence à réaliser des films touristiques, donne des cours et coproduit le film du Croate Krsto Papic, nommé pour le Golden Globe du meilleur film étranger. Sa carrière est lancée.

De retour en Belgique au début des années 90, Ben Stassen rencontre Jean-Pierre Dauzun, fondateur de Little Big One (LBO), pionnier dans l’image de synthèse. Il y crée son premier film d’animation, "Devil’s Mine Ride", un court-métrage de 4 minutes diffusé dans des parcs d’attraction. NWave naîtra des cendres de LBO, tombée en faillite. En 1994, Ben Stassen reprend l’affaire avec Caroline van Iseghem et Eric Dillens. Depuis, ils ont produit et/ou distribué des dizaines de ces courts-métrages pour parcs de loisirs (Efteling, Futuroscope, etc.), musées, zoos, cités des sciences, etc. "Aujourd’hui, chacun de nos longs métrages est également décliné sous forme de film de 5 à 10 minutes pour les parcs d’attraction." Mine de rien, ce business représente 4 à 5 millions d’euros par an, soit un quart de son chiffre d’affaires.

Ce n’est qu’en 2008 que nWave franchit le pas du long métrage. Sorti en 2008, "Fly me to the moon" a été entièrement autofinancé, soit un budget de plus de 15 millions d’euros. "On a vendu le film entièrement achevé, on a donc pris un gros risque, heureusement il a bien marché." Pour le deuxième, "le Voyage extraordinaire de Samy", nWave embarque dans l’aventure Studio Canal (groupe Canal +) qui se charge de le distribuer. Bingo. Le film génère 100 millions de dollars au box-office. En 2010, Studio Canal prend 49% de l’entreprise. Quatre films vont se succéder. NWave se fait une réputation. Désormais, quelques minutes de chaque projet présentées dans les grands marchés du film (Los Angeles, Berlin, Cannes) suffisent pour s’assurer près de 10 millions d’euros de préventes – près de la moitié du financement total – auprès de distributeurs dans le monde entier.

NWave veut poursuivre sur sa lancée afin d’assurer la continuité des activités. Mais les choses traînent. NWave vient alors avec le projet The Queen’s Corgi. "Impossible", lui répond-on chez Studio Canal. Car David Heyman, producteur des blockbusters "Harry Potter" et "Paddington" (coproduit avec Studio Canal), envisage de travailler sur ces mêmes personnages. Pas question pour Studio Canal de se brouiller avec pareil cador hollywoodien. C’est le divorce. Ben Stassen et ses partenaires reprennent leur indépendance, lancent "The Queen’s Corgy" et rachètent les parts de Studio Canal fin 2017.

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Nouveaux investisseurs

Mais à terme, la situation n’est pas tenable. NWave a besoin de partenaires pour se développer, notamment aux Etats-Unis où ses films ne sont pas toujours distribués. L’automne dernier, un nouveau tour de table est constitué autour de Matthieu Zeller (un ancien de… Studio Canal), le groupe Belga et Wallimage Entreprises. Ils prennent 51% des parts. L’avenir de nWave et de ses 120 collaborateurs est assuré. "NWave est une véritable pépite européenne, nous voulons en faire une marque mondiale, une référence dans le divertissement familial, s’enthousiasmait à l’époque dans L’Echo Matthieu Zeller. Ils ont besoin de s’adosser un partenaire pour gérer le financement et la distribution." Les nouveaux investisseurs leur apportent de nouvelles sources de financement bancaire et la perspective d’enfin être distribués de manière récurrente aux Etats-Unis. "C’est notre grand défi, souligne Ben Stassen. Cette nouvelle assise financière nous permettra de mener plusieurs projets à la fois et de sécuriser l‘emploi. Certaines personnes travaillent ici depuis le début, nous avons une responsabilité envers elles."

NWave a en effet la particularité de quasi tout faire en interne. Ce qui lui permet d’attirer et de garder les talents. "On est très productif, on fait un film tous les quinze mois. Ils savent que leur emploi sera permanent", souligne Ben Stassen. Le seul volet sous-traité, ce sont les voix, enregistrées en anglais à Hollywood. Car Ben Stassen est aussi un as du marketing. Il sait bien que pour que ses films fassent une carrière à l’international, il faut des thèmes universels: "The Queen’s Corgi" et son côté so british, "Fly me to the moon", qui revisite la conquête spatiale, "Robinson Crusoé"… Autrement dit, la perspective de voir nWave adapter les héros du patrimoine de la BD belge reste ténue.

financement 

"Sans le tax shelter, nous délocaliserions"

Ben Stassen est le premier défenseur du Tax shelter, le système d’immunisation fiscale pour les entreprises qui investissent dans l’audiovisuel. "Je crois que nWave répond exactement aux objectifs du Tax shelter, c’est-à-dire créer de l’activité économique et de l’emploi en Belgique puisque nous occupons aujourd’hui 120 personnes." Pour Ben Stassen, c’est simple: "Sans Tax shelter, on délocaliserait là où on finance le cinéma: en France, au Luxembourg…" Pourtant, le système est devenu a priori moins attractif pour le secteur audiovisuel en raison de la concurrence des arts de la scène et de l’impact du tax shift. "Nous levons des fonds sans problèmedit-il. Aujourd’hui, nous sommes à même de demander une garantie aux leveurs de fonds. Ainsi, le Belga Film Fund nous garantit chaque fois 4,5 millions d’euros de financement. S’ils lèvent moins que prévu, ce sont les autres producteurs qui en pâtissent."

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