"The Hummingbird Project", un thriller financier au fort accent belge

©Belga Films

Coproduction belgocanadienne, "The Hummingbird Project" sort ce mercredi en Belgique. À la fois thriller financier, road movie et comédie dramatique, le film traite du trading à haute fréquence. L’apport de la Belgique, notamment via le Tax shelter, s’est montré décisif dans le montage financier du film.

Parmi les sorties de la semaine dans les salles obscures, on notera celle de "The Hummingbird Project", film inclassable dédié à un sujet a priori indigeste: le trading à haute fréquence. On lira ci-contre la trame de ce film présenté il y a un an au Festival de Toronto et porté par un joli casting, pour s’attarder sur son financement rendu possible grâce, notamment, au Tax shelter belge.

A l’origine du projet, il y a le producteur montréalais Pierre Even, à la tête de la société Item 7, et le réalisateur plutôt catalogué "auteur" Kim Nguyen. "Le système financier mondial m’a toujours interpellé, explique le premier. C’est incroyable de voir ces énormes ressources s’envoler dans les nuages avec des gens qui se ramassent de gigantesques commissions pour très peu de bénéfices à la société." Dans le journal québécois La Presse, Kim Nguyen ne disait pas autre chose. "Le marché boursier devrait être l’une des plus grandes préoccupations du monde, bien plus que l’immigration ou n’importe quel autre enjeu social. La Bourse crée des bulles artificielles en favorisant les riches, mais elle engendre aussi beaucoup de pauvreté. Le sujet est plutôt aride, mais j’ai voulu trouver une façon ludique pour évoquer l’absurdité de ce monde-là."

Montage compliqué

Bien que traité de manière assez accessible, mêlant thriller et comédie sarcastique, le montage du film s’est avéré ardu. "Il nous a fallu de gros moyens pour aller filmer un peu partout au Canada ces grosses machines qui creusent le tunnel permettant de faire passer la fibre optique, raconte le producteur. C’était un défi créatif qui rendait le budget de 15 millions de dollars canadiens (12 millions d’euros environ) difficile à boucler, on a donc dû trouver différents partenaires." La Banque nationale du Canada et le vendeur international londonien HanWay ont injecté de l’argent dans la production. Mais ce n’était pas suffisant pour boucler le budget.

C’est alors qu’est entré dans la danse le groupe Belga. Basée à Braine-l’Alleud, cette société familiale octogénaire, active dans la production, la distribution et l’exploitation, a été mise en contact avec le producteur canadien via HanWay. "ça s’est goupillé assez vite, raconte Pierre Even. On les a rencontrés au Marché du film du Festival de Cannes en 2017. Ils aimaient bien le scénario et voulaient nous aider à monter le film, une confiance mutuelle s’est rapidement installée."

L’atout Tax shelter

Belga Films venait avec un fameux atout dans son jeu: le Tax shelter. "Nous avions examiné les différentes possibilités de coproduction avec l’Europe, détaille Pierre Even. Avec la France, c’était compliqué alors que le système de crédit d’impôt irlandais était contraignant car il faut travailler en Irlande. Le Tax shelter belge est, lui, plus souple car les Belges peuvent venir travailler au Canada."

"Sans l’apport de la Belgique, ce projet n’aurait sans doute pas pu être monté."
fabrice delville
directeur général de belga films fund


Belga Films a mis 150.000 euros pour l’acquisition des droits de distribution du film en Belgique tandis que via Belga Films Fund, sa branche dédiée au Tax shelter, le groupe a levé 600.000 euros et est ainsi devenu coproducteur. Le film a obtenu le statut de coproduction officielle entre le Canada et la Belgique en vertu du nouveau traité de coproduction entre les deux pays. Ce qui lui a donné accès à différentes facilités et financements comme le fonds audiovisuel Eurimages (émanation du Conseil de l’Europe) qui, en l’espèce, est intervenu à hauteur de 360.000 euros, ceci moyennant certaines conditions. Proximus a aussi cofinancé le film, en échange de quoi, il a obtenu la primauté de diffusion sur ses plateformes vidéo. "C’est tout cela qui fait la différence, souligne Fabrice Delville, patron du Belga Films Fund. Sans le Tax shelter, Eurimages et Proximus, le projet n’aurait sans doute pas pu être monté."

Comme le veut la législation sur le Tax shelter, les 600.000 euros levés ont entraîné des dépenses structurantes au profit de l’industrie audiovisuelle belge, en l’espèce à hauteur de 900.000 euros. L’essentiel de la postproduction s’est déroulé en Belgique avec deux chefs de poste belges réputés: Pierre Mertens (ingénieur du son) et Anne Moralis (coiffure et maquillage). Les effets spéciaux ont été réalisés par la société liégeoise Mikros et la bande son par General Score également implantée en province de Liège.

Pari risqué

Reste que, comme tout projet cinématographique de ce genre, la part de risque n’est pas mince. Le film n’a pas fonctionné comme espéré aux Etats-Unis. Il sort ce mercredi dans dix-huit salles en Belgique. Il devrait connaître ensuite plusieurs vies sur les plateformes de vidéo puis en télévision. "Nous sommes d’ores et déjà certains de récupérer notre mise, assureFabrice Delville. Certes, nous n’allons pas gagner beaucoup d’argent mais, comme coproducteurs, pareil projet international est une belle carte de visite et nous ouvre des portes. Je suis actuellement au Festival de Toronto en discussion avec des producteurs canadiens sur deux gros projets; avoir ‘The Hummingbird Project’ comme référence est un atout indéniable. En tout cas, cela rentre bien dans notre business model intégré où nous nous occupons de la distribution, du Tax shelter et de la production en Belgique."


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