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Avez-vous déjà pensé à investir dans les jeux vidéos?

©AFP

Pas assez sérieux, vu comme anecdotique ou un truc d'ados, le secteur du jeu vidéo n'attire pas les investisseurs de prime abord et pourtant les chiffres sont bons et les prévisions pour les prochaines années alléchantes.

World of Warcraft, Call of Duty, Candy Crush... Ces noms vous disent quelque chose. Vous avez même peut-être déjà joué à ces jeux vidéos. Mais l'histoire s'arrête là. C'est du loisir, du divertissement. Et pourtant, ce secteur est en plein essor et pourrait bien séduire l'investisseur en vous... si vous lui laissez une chance.

Commençons par parler chiffres. 101,6 milliards de dollars. C'était le chiffre d'affaires du secteur en 2016 (comprenant les jeux, consoles, accessoires etc.). Loin devant celui du cinéma (38,6 milliards, sans les ventes de DVD et les abonnements à la télévision à la demande) et encore plus loin devant celui de l'industrie de la musique (15,7 milliards). Une bonne année? Oui, grâce à un bond de 11,5%, mais la tendance s'inscrit aussi dans la durée. Le chiffre d'affaires a ainsi augmenté de 7 à 11% chaque année depuis cinq ans et devrait même atteindre 128,5 milliards de dollars en 2020, selon le cabinet d'étude hollandais Newzoo.

©Mediafin/Newzoo/MPAA/IFPI

Vous avez besoin d'un cas concret? Jetez un oeil aux performances du mastodonte du secteur: Tencent. Le groupe chinois produit le jeu pour PC le plus populaire, League of Legends, ainsi que le jeu pour smartphone qui compte le plus de joueurs (50 millions par jour), Honor of Kings. Tencent  a enregistré un chiffre d'affaires lié à ses jeux vidéos de 7,4 milliards de dollars juste pour les six premiers mois de l'année, c'est deux fois plus que début 2016. Et les investisseurs applaudissent: l'action a pris 82% depuis janvier. En comparaison, l'indice Dow Jones n'a augmenté que de 14% sur la même période. Sur cinq ans, la progression de Tencent à la Bourse de Hong Kong est vertigineuse: +551%. 

©Mediafin/Newzoo

Le marché des jeux vidéos a donc eu le vent en poupe et, pour les experts, n'est pas encore arrivé à maturité. Pourquoi?

1. Transition digitale réussie

La révolution numérique a mis à mal le cinéma, la musique et l'édition. Après une période d'adaptation à la dématérialisation et au piratage, le secteur du jeu vidéo a réussi à s'adapter, et rapidement. Aujourd'hui, les revenus issus du digital représenteraient 87% de l'ensemble de chiffre d'affaires. Activision-Blizzard  fait état de 74% de revenus digitaux, 55% pour EA , et 50% pour la boîte française Ubisoft .

87%
D'après les prévisions du cabinet d'étude Newzoo, 87% du chiffre d'affaires global des jeux vidéos sera lié à des produits digitaux en 2017.

Bye bye les jeux achetés en magasin, les joueurs optent désormais pour les téléchargements, ce qui réduit les coûts de production et de distribution des entreprises actives dans le secteur, avec une augmentation des marges à la clé.

2. L'envol du mobile

Autre transformation du secteur à prendre en compte: la croissance effrénée du mobile. D'après la GSM Association, 65% de la population mondiale possédait un téléphone portable fin 2016 et ce chiffre devrait passer à 73% d'ici 2020. Conséquence? Les dépenses des consommateurs et des publicitaires vont augmenter sur ce média.

Et les entreprises de gaming l'ont déjà compris. Elles investissent de plus en plus d'argent dans des jeux pour smartphones et tablettes, qui connaissent un vrai succès. Les jeux font désormais partie des applications les plus téléchargées par les utilisateurs de smartphones.

37%
Les jeux sur mobile représentent 37% du marché des jeux vidéo, selon l’agence SuperData Research.

Nintendo a ainsi lancé fin 2016 une version mobile de son célèbre Super Mario et compte développer plusieurs jeux mobiles par an. Sony a également mis sur pied le studio ForwardWorks exclusivement réservé à la création de jeux pour téléphones portables. Et Tencent a créé un jeu tellement addictif en Chine (Honor of Kings) qu'il a dû introduire un plafond sur le temps de jeu des enfants pour calmer les parents. D'après Bloomberg, le jeu arrive bientôt en Europe, soyez prévenus.

Mais il y a un aspect qui coince: l'engagement. Les joueurs ont en effet tendance à rapidement abandonner un jeu mobile pour un autre et sont réticents à payer des sommes importantes. Les entreprises ont donc développé des micro-transactions (pour recevoir un bonus, une vie supplémentaire...), mais il existe un autre moyen de déchaîner les foules...

3. Le succès de l'e-sport

Tant que vous ne l'avez pas vu de vos yeux, c'est difficile d'y croire. Mais les compétitions de jeux vidéos entraînent vraiment un engouement extraordinaire... avec de l'argent à la clé. C'est comme un match de sport traditionnel. Les spectateurs crient et applaudissent. Les commentateurs s'égosillent quand les joueurs réalisent des mouvements impressionnants. Et à distance, des milliers de personnes se postent derrière leur écran.

Le chiffre d'affaires de l'e-sport a quadruplé entre 2013 et 2016. D'après Newzoo, il devrait atteindre 696 millions de dollars en 2017 et 1,5 milliard dès 2020. Les dépenses publicitaires, les sponsorings et les droits de diffusion connaissent la même progression et devraient s'élever à 517 millions de dollars cette année. Les prévisions sont exponentielles.

118.239 €
Adil Benrlitom est le joueur belge le mieux payé. En jouant au jeu Counter Strike, il a gagné 118.239,11 dollars en 2016.

Le nombre de spectateurs aussi devrait augmenter d'environ 20% par an au cours de prochaines années. En 2016, la plus large plateforme qui diffuse ces compétitions, Twitch (qui a été rachetée par Amazon en 2014), a accueilli 185 millions d'utilisateurs, soit davantage que Netflix (93 millions) ou que HBO (134 millions). Deux géants américains de la télévision, Time Warner et ESPN, ont également flairé le succès de l'e-sport et ont déjà diffusé des compétitions sur leurs chaînes. Coca-Cola, Red Bull, Pizza Hut et bien d'autres entreprises ont déjà vu l'opportunité de toucher un public jeune, connecté, et moins réceptif à la publicité traditionnelle. Peut-être qu'en fin de compte, ça vaut la peine de passer au-delà de vos a priori.

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