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Bidules, chasse au trésor et tradition de l'optique

Diplômé en sciences économiques et gestion auprès de la Louvain School of Management, Nicolas Musty a démarré Bidules en 2013, en parallèle de ses études. ©SISKA VANDECASTEELE

A 29 ans, Nicolas Musty parcourt l'Europe à la recherche de stocks de lunettes inutilisés dans le but de leur donner une nouvelle vie. Retour sur le parcours d'un passionné de l'optique adoubé par la scène artistique bruxelloise.

"Là, sous nos pieds, il y a entre 40.000 et 65.000 paires de lunettes. Je ne sais même plus exactement combien. Le SPF Finances s’y perdrait." Le ton est donné. Depuis son bureau, trônant au-dessus des rayons de son magasin du 44 rue Ravenstein à Bruxelles, Nicolas Musty veille sur un butin précieux, glané depuis des années, fait d'une quantité astronomique de montures de lunettes fabriquées le siècle dernier.

En vitrine s'affiche le résultat de la chasse, le produit fini d'une recherche minutieuse, un trésor endormi ramené à la vie. Une centaine de paires de lunettes, dotées de verres neufs et rafraîchies à la main, attirent l’œil des badauds et intriguent de par leur incongruité. Elles sont de toutes les formes, de toutes les couleurs. Une collection à part. Unique.

Ici, il est question de vintage, le vrai. Pas de la seconde main ni une imitation de la mode d'antan. C'est là le fruit du travail d'un jeune Arlonais baigné dans l'optique depuis toujours et mû par une envie: remettre la tradition et la passion au centre du métier d'opticien.

"Punks de la lunette"

Pour mieux comprendre le business model de Bidules, ce magasin qui transforme le vieux en neuf, le plus simple est encore d'en demander la recette à son créateur, Nicolas Musty. "Bidules revalorise et restaure d’anciens stocks de lunettes. Nous faisons un peu office de punks dans le milieu de la lunette belge parce que nous n’avons pas de fournisseurs, nous sommes nos propres fournisseurs", explique le jeune patron. "Nous chassons des anciens stocks de montures fabriqués entre 1900 et 2000, ensuite nous les restaurons et les transformons."

©SISKA VANDECASTEELE

A bord de sa voiture, Nicolas Musty arpente ainsi l'Italie, la France et l'Allemagne, à la poursuite d'opticiens faillis et de fabricants à la retraite, dans l'espoir de trouver la perle rare. "C’est une traque démentielle, nous auscultons des bottins téléphoniques des années soixante, des archives, des vieux magazines, des catalogues, etc. Cela nous passionne vraiment. Et la recherche devient même de plus en plus facile, nous commençons à connaître les bons filons", raconte-t-il.

Tradition familiale

Mais la traque, ce n'est qu'une partie du modèle Bidules. Le reste est fait de savoir-faire et de passion. En effet, Nicolas Musty a toujours baigné dans la lunette. "J’ai une formation en management mais je suis né dans la lunette. Nous sommes opticiens depuis 1934, ma maman est encore dans la lunette et mon grand-père et son père avant lui étaient opticiens aussi."

Et c'est précisément cet héritage qui a façonné l'approche du métier de l'entrepreneur et de ses équipes aujourd'hui. "Tout se fait à l'intérieur du magasin, comme chez un opticien traditionnel. Nous sommes à même de mener des examens de vue, notre équipe comporte un opticien-optométriste. Tout se fait ici, les modifications, les examens, les conseils, la vente ainsi que l’organisation de concerts et événements", détaille-t-il.

"Beaucoup voient en Bidules un concept novateur, ce qui m’amuse parce que je fais le métier que mes grands-parents faisaient."
Nicolas Musty
Fondateur et patron de Bidules

Plus qu'un concept, Bidules est donc, avant tout, un retour aux valeurs des petits commerces de quartier, celles-là-même inculquées par son grand-père. "Beaucoup voient en Bidules un concept novateur, ce qui m’amuse parce que je fais le métier que mes grands-parents faisaient. Le métier de nos grands-parents est devenu un concept innovant. Et toute l’histoire est faite comme cela", sourit Nicolas Musty.

"Bidules, c’est un peu le groupe de rock que je n’ai pas eu à 15 ans"

Et comme les commerces d'antan, Bidules est aussi devenu un lieu de vie, un point d'ancrage de toute une communauté. "A Arlon, s'il y a une fête dans la ville, le commerçant sort sa tonnelle et fait des gaufres! Chez Bidules on organise des concerts", annonce-t-il. Des événements qui fédèrent, donc, mais qui donnent à la marque un supplément d'âme, un ADN presque artistique.

Il n'est d'ailleurs pas surprenant de voir la scène musicale bruxelloise se délecter des créations de Nicolas Musty. Ainsi, des lunettes Bidules sont visibles dans les clips du rappeur Roméo Elvis, mais aussi dans les posts Instagram de sa soeur, la chanteuse Angèle. Yellowstraps, Le Motel ou Caballero, ils sont nombreux à s'être montrés, lunettes Bidules vissées sur le nez, procurant ainsi un supplément de popularité à la marque, mais surtout un gain considérable en crédibilité.

"Bidules est dans la musique d'une certaine manière, nous faisons partie de ce monde."
Nicolas Musty

En étant ainsi adoubé par les artistes, Bidules a emboîté le pas au mouvement et s'est installé dans l'imaginaire collectif des acteurs et des enthousiastes de la scène musicale bruxelloise. "Bidules, c’est un peu le groupe de rock que je n’ai pas eu quand j’avais 15 ans. L'esprit est le même. Et puis j'ai toujours voulu m'entourer d'artistes. Aujourd'hui, nous avons une vraie relation. Bidules est dans la musique d'une certaine manière, nous faisons partie de ce monde. Les artistes sont sensibles à cela", développe-t-il.

A contre-courant de l'industrie

Au départ de Bidules, il y a aussi un constat. Celui d'une industrie dominée par des conglomérats et composée d'opticiens indépendants contraints d'en respecter les diktats. "Il y a clairement une démagogie dans la publicité et dans le message qui est diffusé. Le consommateur désapprend ce qu’est la qualité. Et, même si cette tendance s’inverse pour un petit pourcentage de la population, pour d’autres, il reste vital de réfléchir en termes de prix. C’est pour cela que je ne crache pas sur les grandes chaînes et les hard-discounters. Je ne veux juste pas que cela devienne une solution univoque et unique. Nous on se trouve au milieu avec un produit que l’on estime juste", détaille ici l'entrepreneur.

"La qualité des stocks que nous récupérons est bien supérieure à ce qui est disponible sur le marché mainstream, du moins aux prix auxquels nous les vendons." ©SISKA VANDECASTEELE

"Ce serait trop facile de critiquer ceux qui vont faire leurs courses à la rue Neuve ou chez Ikea."
Nicolas Musty

Néanmoins, Nicolas Musty reste compréhensif de l'évolution du secteur et se veut conscient de sa position privilégiée dans la société. "Je suis issu d’une famille catholique, je suis Blanc, cisgenre et de classe moyenne supérieure. Ce serait trop facile de critiquer ceux qui vont faire leurs courses à la rue Neuve ou chez Ikea. La demande existe et il est important que le marché puisse répondre à différents types de besoins, à différents niveaux de revenus. C’est aussi le cas pour les lunettes", conclut-il.

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