Bingo pour Bosquin, qui devient champion en toute discrétion

©anthony Dehez

Créé au départ de la vente de billards dans les cafés, le groupe Bosquin est devenu une grosse machine diversifiée qui touche aussi bien à la bière qu’à l’immobilier ou aux logiciels. Coup de projecteur sur une entreprise qui a commencé par recruter d’anciens boy-scouts.

En Wallonie, on trouve un peu de tout, même des champions qui s’ignorent. On ne songe pas ici à Nafissatou Thiam, la Namuroise championne du monde d’heptathlon, mais au groupe Bosquin. Pardon? Quel groupe? Celui fondé par Victor Bosquin dans la région de Verviers et développé par son fils, Victor II… Aujourd’hui, il emploie 315 collaborateurs, 180 en Belgique et 135 employés, gère 66 sociétés et réalise un chiffre d’affaires de quelque 70 millions d’euros.

Et ce, sans compter qu’il est actionnaire à environ un tiers du groupe Ardent (Circus), qui représente lui-même un bon paquet de revenus et d’emplois. La raison pour laquelle Bosquin est resté jusqu’ici sous les radars est simple: il n’a pas été structuré, les diverses entités de l’ensemble se sont déployées dans un certain désordre dans différentes activités autour des cafés et des jeux de hasard. Conscient du problème, Victor Bosquin II a engagé Jean-Marc Corteil il y a quatre ans pour consolider ses entreprises, leur donner un ordre et des objectifs communs. Aujourd’hui, ses travaux aboutissent: le groupe Bosquin devient une réalité tangible et mesurable.

De tailleur à placeur de jeux

L’aventure débute en 1956. "Mon père était tailleur chez Leroy à Liège et gagnait 17 francs de l’heure, relate Victor Bosquin II. Un jour, il s’est endormi sur sa machine à coudre et s’est coupé au visage. Cela l’a poussé à changer de métier. Devenu représentant en tissus, il a commencé par vendre des tapis de billard dans des cafés, puis est passé aux billards eux-mêmes. Une tenancière lui a demandé reprendre son baby-foot. Il l’a ramené chez lui, l’a retapé, reponcé, puis l’a replacé dans un autre établissement. Il a vu que cela rapportait gros et il a continué."

"Mon père s’était très bien entouré: la filière scoute avait bien fonctionné."
Victor Bosquin II
Président de groupe Bosquin

Tout est parti de là. Victor Bosquin a continué à reprendre et replacer des baby-foot dans les débits de boissons, à vendre des billards, puis également des flippers et des juke-box. Puis, quand il a eu besoin de se faire épauler, il s’est rappelé qu’il avait été chef scout et il a engagé d’anciens membres de sa troupe. Il a fondé la société CréditBox à 21 ans, en 1956, en établissant son siège social et son atelier dans le garage de ses parents à Lambermont (Verviers).

Treize ans plus tard, il gérait un parc d’un millier de juke-box dans les cafés de la région lorsqu’il a réalisé sa première acquisition. La société Seeben, qu’il a reprise en 1969, importait des flippers, des juke-box et des jeux d’amusement au Benelux. Bosquin a alors créé la société Unibox, y a glissé la nouvelle activité d’importation et… est parti en vacances en Espagne!

Chez le commun des mortels, un séjour aoûtien au soleil est un événement anodin, qui reste sans suite. Pas dans l’univers de Victor Bosquin… "Mon père était parti camper près de Malaga avec ses employés, qui étaient aussi des amis. Là-bas, dans un café, il a découvert un flipper en panne. Puis, dans la discussion qu’il a engagée avec le tenancier, il a appris que le patron de la société qui plaçait les flippers était belge et qu’il souhaitait revendre son affaire. Mon père a aussitôt racheté cette entreprise."

Depuis, il n’a pas cessé de développer cette activité en Espagne avec des partenaires locaux, de Madrid à Malaga et Marbella. Aujourd’hui, il y emploie 135 collaborateurs pour un chiffre d’affaires d’environ 25 millions d’euros.

De Victor I à Victor II

©anthony Dehez

L’étape suivante correspond à l’entrée en piste de son fils Victor II. Après avoir étudié l’administration des affaires à Liège, celui-ci est parti en Espagne en 1985, pour faire ses armes dans les filiales locales. "On y a aussi lancé une activité de fabrication de pièces de flippers sous licence du groupe américain Gottlieb", souligne-t-il. En Belgique aussi, Unibox s’est progressivement investie dans la production propre de machines de jeux. Pour l’y aider, elle a racheté en 1988 la firme Sirmo, qui fabriquait des Bingo.

En 1992, Victor père a rappelé Victor fils auprès de lui en Belgique, en vue de lui passer le flambeau à terme. "J’ai un frère et une sœur. Mon père nous a demandé lequel d’entre nous voulait reprendre la société." Victor était seul candidat. "Il m’a donné la majorité des parts, mais a confié le solde à ma sœur et mon frère qui sont toujours actionnaires des deux holdings faîtiers aujourd’hui. Et nous nous entendons très bien."

Les familles "Circus"

En 1994, les Bosquin voulaient monter une salle de jeux à Liège et y installer une nouvelle machine américaine de course de chevaux. Problème: elle coûtait un pont. Un concurrent, Bally, caressait le même projet avec deux familles d’entrepreneurs du cru, les Mewissen et les Léonard. Après négociation, les quatre ont décidé de consentir ensemble l’investissement. Celui-ci s’est avéré fructueux, les partenaires ont multiplié les salles, puis constitué la société Circus, partie aujourd’hui du groupe Ardent.

Les mêmes quatre associés ont racheté via Circus le Casino de Spa, opération à l’issue de laquelle Bally a quitté le navire. C’est donc le trio composé des familles Bosquin, Mewissen et Léonard qui s’est vu invité, quelques années plus tard, à se porter candidat au rachat du Casino de Namur.

Les mêmes quatre associés ont racheté via Circus le Casino de Spa, opération à l’issue de laquelle Bally a quitté le navire. C’est donc le trio composé des familles Bosquin, Mewissen et Léonard qui s’est vu invité, quelques années plus tard, à se porter candidat au rachat du Casino de Namur. "Le ministre voulait un groupe belge, souffle Victor II. On a fait une offre ridiculement basse, pensant qu’on ne l’emporterait pas." Et ils ont eu gain de cause!

Retour au groupe Bosquin. Lorsque Victor I a cédé les rênes de ses sociétés à Victor II en 2008, il y avait ajouté un volet immobilier, qui a continué de grossir au fil des ans.

Il a fait entrer son fils Victor, troisième du nom, dans le groupe en 2013 et il a engagé Jean-Marc Corteil un an plus tard. "Il m’a demandé de reprendre la direction générale du groupe avec trois objectifs, explique l’intéressé: réorganiser l’ensemble en soumettant toutes les sociétés aux standards en vigueur dans les groupes internationaux et consolider les entreprises de jeux ainsi que les cafés; former la troisième génération des propriétaires; diversifier ses activités, afin d’assurer sa pérennité."

Naissance d’un groupe

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Une mission déjà bien avancée aujourd’hui. Jugez-en: Victor Bosquin est, après AB InBev, le principal exploitant de cafés de Wallonie avec 130 établissements confiés en propriété et quelque 300 en location principale. À côté de cela, il dirige des activités de création de logiciels et de fabrication de machines de jeux (des billards aux Bingo et aux 3.3 en passant par les baby-foot ou les flippers), un volet qu’il a dupliqué en Espagne, il opère également dans la promotion immobilière, la brasserie (il détient 50% de la Brasserie de l’Abbaye du Val Dieu), l’informatique, sans oublier qu’il participe aux développements du groupe Ardent et du "deal club" So Impact. Victor III dirige les activités jeux de hasard, tandis que Val Dieu (8 millions d’investissement dans de nouvelles installations), So Impact et les projets résidentiels représentent les diversifications.

Le nouvel objectif? "Le secteur des jeux traverse des difficultés, dit Corteil. Et l’horeca souffre énormément. Sans les jeux, 50% des cafés disparaîtraient. Nous nous diversifions pour que le groupe continue à grandir. Le but est d’amener des affaires et du travail à notre staff, tout en restant prudent." Comme pour symboliser sa mue, le groupe reconstruit son siège social à Chaîneux. Il investit 7 millions d’euros dans les bâtiments qui seront inaugurés au printemps 2020.

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