Dans l'événementiel, une société sur trois est en situation de faillite

Le report à l'an prochain des grands événements comme Rock Werchter pousse des centaines d'entreprises du secteur dans une situation financière correspondant à un diagnostic de faillite. ©Photo News

Les organisateurs d'événements voient s'envoler les perspectives de reprise. Selon Graydon, 3 à 4 entreprises du secteur sur 10 sont en situation de faillite.

Les nouvelles mesures arrêtées par le Conseil national de sécurité ont mis fin aux espoirs du secteur de l'événementiel qui comptait relancer ses activités le premier août. "La plupart de nos activités resteront suspendues, explique Vinciane Morel, porte-parole de l'Alliance des fédérations belges de l'événementiel. On espérait pouvoir compter 400 personnes en intérieur et 800 en extérieur, mais avec 100 et 200 personnes, il n'y aura pas de vrai événement possible." Pour le secteur, il n'est plus l'heure de rêver à une reprise prochaine: "Dès qu'il y aura une nouvelle vaguelette d'épidémie, on sera remis à l'arrêt. On ne pourra redémarrer que lorsqu'un vaccin sera disponible", poursuit Morel.

Déjà important, l'impact économique sur le secteur sera colossal. Il compte quelque 80.000 emplois, indépendants inclus, selon une étude citée par l'Alliance qui estime que le secteur verra cette année son chiffre d'affaires amputé de 85%. Chez Fed Event, une fédération qui regroupe les PME de l'événementiel et des secteurs annexes (location de tentes et matériel, mise à disposition d'équipements sportifs et récréatifs, etc.), on parle de 90% des revenus 2020 partis en fumée. "Je suis aussi administrateur dans une société de catering pour événements, explique Manu Blancquaert, le président de Fed Event. Elle a perdu 150 contrats depuis mars, soit 2,5 millions de chiffre d’affaires, car tous les événements concernés ont été annulés." Graydon, le bureau d'analyse de données d'entreprises, vient de calculer l'effet sur le secteur en termes de risque de faillite. Ses conclusions donnent le vertige...

1.330 emplois menacés chez les grands...

Si l'on s'en tient aux 307 principales entreprises d'organisation d'événements, foires et salons, qui emploient 14.500 personnes, 34% d'entre elles se trouvent en situation de faillite d'ici la fin de l'année, selon les projections de Graydon qui incluent les mesures d'aide fédérales et régionales existantes. "Heureusement", si l'on peut dire, ces 34% représentent relativement peu d'emplois: 1.330. Mais il faut y ajouter un nombre indéterminé d'indépendants. Selon l'analyse, il faudrait leur injecter globalement 56,9 millions d'euros pour qu'elles quittent la zone rouge.

"Très peu d'entreprises recourent pour l'instant à la garantie bancaire "Bazooka" et c'est regrettable."
Eric Van den Broele
manager R&D, Graydon

Toutefois, si ces sociétés n'utilisent pas les facilités de garantie bancaire mises sur pied par le Fédéral (les fameux 50 milliards d''euros du plan "Bazooka"), ce sera 43% d'entre elles qui iront en faillite, entraînant 2.500 emplois dans leur chute. "Très peu d'entreprises recourent pour l'instant à cette mesure et c'est regrettable, souligne Eric Van den Broele, le manager de la R&D chez Graydon. Pour deux raisons: elles sont peu tentées de les utiliser car elles jugent leurs conditions trop sévères, et les banques n'en font pas la promotion parce qu'elles ne peuvent se différencier sur ce produit."

... et 3.400 emplois visés dans le catering

Au-delà des grosses sociétés, l'événementiel brasse très large. Graydon a également évalué le risque de défaut de toutes les entreprises, par sous-secteur. Un tableau qui intègre beaucoup de mini-structures. Voici ce que cela donne pour les trois segments principaux... L'organisation d'événements relevant des arts du spectacle compte 3.273 entreprises: 47,7% sont en quasi-faillite, mais ne représentent que 270 emplois. Pour les aider, le bureau estime qu'il faudrait les recapitaliser à hauteur de 20 millions. L'organisation de bourses et congrès recense 4.865 entreprises: 23% sont en quasi-faillite et représentent 800 emplois. Il faudrait leur injecter 75 millions. Le catering, soit les services de restauration collective liés aux événements, totalise plus de 8.000 entreprises: 57% sont en quasi-faillite et représentent 3.420 emplois. Il faudrait leur fournir 37 millions d'euros.

"Contrairement à l'horeca, le secteur événementiel était extrêmement sain avant la crise."
Eric Van den Broele

"Contrairement à l'horeca, le secteur événementiel était extrêmement sain avant la crise, relate Eric Van den Broele. La crise l'a frappé de plein fouet et si la suspension de ses activités se prolonge jusqu'à la mi-2021, échéance avancée par beaucoup pour le vaccin anti-Covid, le diagnostic sera encore beaucoup plus grave." Ce qu'il faudrait faire, selon lui? "Les gouvernements peuvent lui octroyer de nouvelles aides, mais les montants nécessaires sont trop importants. Il faudrait également favoriser la solidarité entre les entreprises saines et les autres, par l'octroi de généreux délais de paiement et aussi, pourquoi pas, par des prises de participations minoritaires."

De l'argent ou des mesures fiscales?

À la Fed Event, le président Manu Blancquaert demande une aide concrète et immédiate: "Comme nous sommes concrètement obligés de fermer, que les Régions nous donnent une prime de fermeture, avec un montant par jour de fermeture! La Région flamande nous l'a refusé, on se demande encore pourquoi." Sa fédération et diverses sociétés du secteur ont d'ailleurs déposé un recours au Conseil d'Etat pour contester ce qu'ils considèrent comme une discrimination (l'horeca et le commerce ambulant y ont droit).

"Aujourd'hui, ce n'est plus de l'argent que nous demandons..."
Vinciane Morel
Porte-parole de l'Alliance des fédérations belges de l'événementiel

Pour les grandes sociétés, il faut voir plus large et plus loin. "Aujourd'hui, ce n'est plus de l'argent que nous demandons, dit Vinciane Morel. Nous voulons des mesures de soutien à long terme. Qu'on prolonge en 2021 la possibilité de reporter nos pertes sur nos résultats 2018 et 2019 et les déductibilités fiscales. Et qu'on étende le chômage temporaire ou pour force majeure jusque fin 2021 si nécessaire, en fonction du rythme de la reprise."

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