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Des studios mobiles wallons pour Netflix et Amazon

Selon son CEO, Derek de Villenfagne, le cinéma est occupé à prendre une place prépondérante dans le business model de Spantech. ©Tim Dirven

Le spécialiste wallon des tentes géantes s’est trouvé un nouveau créneau, devenu le fer de lance de ses activités: la construction de studios provisoires et mobiles pour les géants du streaming.

Même s’ils ont tendance à plafonner ces derniers temps, les revenus des plateformes de streaming - Amazon, Netflix, Disney, HBO… - ont été dopés par la crise sanitaire et les confinements qu’elle a entraînés. Avec des effets collatéraux sur certains business. Comme celui de Spantech, une PME nivelloise basée sur le zoning de l’ancien circuit automobile et spécialisée dans la conception et la construction de tentes géantes via un système breveté de treillis repliables facilitant le transport et le montage.

L’événementiel, les gymnases, les pistes équestres, le spectacle vivant et l’industrie sont les principaux débouchés pour ces infrastructures qui, selon son cofondateur et CEO, Derek de Villenfagne, présentent les atouts à la fois du définitif (solidité, taille) et du provisoire (mobilité, coût). Mais le cinéma est occupé à prendre une place prépondérante dans le business model de Spantech, entré début 2020 dans le giron du fonds M80 (qui a notamment repris le Pain Quotidien l’an dernier).

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studios
À ce stade, Spantech a déjà conçu, développé et construit cinq studios mobiles pour Amazon et Netflix

Cinq productions

Sa technologie a, en effet, séduit il y a moins de deux ans le géant du streaming Amazon Prime, puis le leader du marché Netflix. À ce stade, Spantech a déjà conçu, développé et construit cinq studios mobiles de 2.000 m2, trois pour Amazon et deux pour Netflix, en Angleterre et en Espagne. Pour Amazon Studios, la PME wallonne a ainsi construit une infrastructure qui a accueilli le tournage de la série The Devil’s Hour, et pour le duo Netflix-BBC un studio où a été tourné la série Inside Man.

Derrière ces nouveaux développements, on trouve le Britannique James Enright et sa société Stage Fifty. Cet entrepreneur, qui a fait sa carrière dans les décors et accessoires pour le 7e art, a récemment créé cette société de services, surfant sur l’explosion du streaming en proposant aux producteurs des terrains inoccupés pour y accueillir des studios provisoires, comme l’ancien aéroport de Farnborough, près de Londres, connu pour son célèbre meeting aérien.

"Nos studios peuvent être déplacés en fonction de l’environnement fiscal des productions."
Derek de Villenfagne
Cofondateur et CEO de Spantech

Son constat: face à l’explosion de la demande, les géants du streaming ont besoin de produire du contenu, beaucoup et toujours plus rapidement. "Mais il y a un manque d’infrastructures et beaucoup de grands studios, que ce soit à Hollywood ou en Europe, datent de l’immédiat après-guerre, ils ne sont plus adaptés techniquement, c’est comme cela que Stage Fifty s’est intéressé à nous", détaille Derek de Villenfagne. Selon lui, les théâtres éphémères de plus de 4.000 places construits par son entreprise pour accueillir les spectacles du Cirque du Soleil ont servi de référence. "On a montré qu’on était capable de monter des espaces de grande hauteur, supportant une charge scénique et technique très importante avec une acoustique parfaite: cela nous a aidés."

Tourisme fiscal

Insonorisés, mobiles, montables en 3 à 4 mois, équipés (écrans Led, poutrelles permettant de changer les décors,…), ces studios permettent donc de répondre à cette forte demande. Ils présentent un autre atout, plus étonnant. "Ils peuvent être déplacés en fonction de l’environnement fiscal des productions", commente Derek de Villenfagne. Pays et régions se livrent en effet à une sorte de concurrence fiscale pour attirer les tournages. On connaît notamment le tax-shelter belge ou le crédit d’impôt français.

Aux États-Unis, la capitale de la Géorgie, Atlanta, est parvenue à attirer le tournage du n°3 de la saga Creed, un blockbuster musclé et vitaminé qui aurait dû initialement se tourner à Hollywood. Sa fiscalité avantageuse pourrait faire économiser aux producteurs, MGM, des millions de dollars. Problème: la ville ne possède pas de studios dignes de ce nom. Spantech a donc été approchée et Derek de Villenfagne espère bien décrocher le contrat pour une fabrication express d’un studio entièrement équipé.

Résultat: avec 8 millions de revenus prévus en 2021, ce créneau est devenu la première activité de Spantech, soit un gros tiers de ses revenus. Mais Derek de Villenfagne est conscient que cette croissance du streaming ne sera pas éternelle et qu’il faut saisir la balle au bond. "Le nom de 'Stage Fifty' est révélateur", épingle-t-il. "Ils ont l’ambition de proposer 50 studios éphémères dans les cinq ans."

Résilience

Cette percée dans le monde des studios mobiles a permis à Spantech de limiter la casse durant la crise sanitaire. Certes, le chiffre d’affaires a reculé de 27% en 2020  à moins de 20 millions d’euros et le plan d’affaires (des revenus doublés dans les quatre ans) élaboré lors de la reprise par M80 début 2020 a forcément volé en éclats suite à la pandémie. Mais à en croire son patron, ce retard devrait être rattrapé dès 2022. "Cette année nous prévoyons 25% de croissance par rapport à notre meilleure année et près de 60% par rapport à 2020", assure-t-il. Durant la crise, Spantech a continué d’investir.

"Notre résilience face à la crise vient clairement de notre diversification."
Derek de Villenfagne,
Cofondateur et CEO de Spantech

Il y a tout juste un an, elle a racheté son concurrent Viewbox, spécialisé dans la construction modulaire de conteneurs pour boutiques et showrooms éphémères. Cette technologie a notamment été utilisée pour le restaurant étoilé Villa in The Sky, avenue Louise à Bruxelles. Dans certains cas, Spantech a même profité de la crise. La firme hennuyère Novasep lui a ainsi confié la construction d’un espace provisoire pour stocker les vaccins anti-covid d’AstraZeneca qu’elle a produits.

"Alors que l’événementiel s’est rétracté de 80%, nous avons su rebondir dans les studios, les  bâtiments industriels, les gymnases etc.", conclut Derek de Villenfagne. "Notre résilience face à la crise vient clairement de notre diversification."

Le résumé

  • Spécialisée dans la conception et la construction de tentes géantes, la PME wallonne Spantech s'est développée dans un nouveau créneau: les studios mobiles pour les géants du streaming.
  • Elle a construit cinq infrastructures pour Netflix et Amazon.
  • Cette activité est devenue aujourd'hui sa première source de revenus.
  • Spantech a plutôt bien résisté à la crise grâce à sa diversification.

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