analyse

Disney se passe des cinémas pour "Mulan". "One-shot" ou stratégie à long terme?

La nouvelle version de Mulan devait sortir cet été dans les salles de cinémas du monde entier.

Disney va sortir son film Mulan uniquement en streaming sur Disney+. La pandémie mondiale ne servirait-elle pas d'excuse au studio pour tenter l'impensable, se passer des cinémas?

Ce n’est pas une surprise, mais l’annonce a fait son effet lors de la publication des résultats de Disney ce mercredi. Le blockbuster "Mulan", considéré comme l’une des sorties les plus attendues de l’année, sera disponible en exclusivité en streaming via la plateforme Disney+. Exit les salles de cinéma, Disney se passera de ses partenaires historiques pour ce qui était supposé être le succès familial de l’été dans les salles obscures. Si la situation actuelle et les mesures strictes, qui ont forcé Disney à repousser plusieurs fois la sortie de la nouvelle version de Mulan, expliquent ce choix, difficile de ne pas y voir le premier acte d’une stratégie à long terme.

Du coté des exploitants de cinéma, on est déçu mais on comprend la décision de Disney: "Ce n’est pas encore une certitude en Belgique. Disney va sortir Mulan le 4 septembre dans les pays où Disney+ est actif. Il faudra voir quelle sera la décision prise vu que le lancement belge était prévu pour le 15 septembre. Si cela se confirme, c’est très dommage, mais on comprend au vu des circonstances exceptionnelles", commente Thierry Laermans de la Fédération des Cinémas de Belgique.

Une occasion en or

Disney a présenté cette décision comme un "one-shot". Eddy Duquenne, CEO de Kinepolis, voit d’ailleurs mal comment un studio comme Disney pourrait se passer des salles de cinéma. "Je constate que la plus grande partie des revenus d’un film sont toujours issus des cinémas. "

Comment expliquer cette décision de Disney, qui aurait pu encore postposer la sortie du film comme d’autres studios l’ont fait. "Il faut comprendre que Mulan est un film familial. Les films familiaux ont des saisons et l’été en est une très importante. Il n’y a toujours pas de date officielle pour la réouverture des cinémas aux Etats-Unis, ce qui explique cette décision", poursuit Eddy Duquenne.

Disney était effectivement sous pression pour trouver une solution pour la sortie de Mulan. Sa plate-forme de streaming Disney+ était une porte de sortie évidente et une occasion en or pour tenter le coup sans froisser ses partenaires historiques. Moins de revenus sur le film certes, mais une publicité monstre pour sa plateforme qui représente le futur de Disney. D’autant que Disney+ cartonne, la plateforme a atteint ce lundi les 60,5 millions d'abonnés. Le service a atteint son objectif minimal en termes d'abonnés 4 ans plus tôt que prévu.  En tout, Disney compte désormais 100 millions d'abonnés payants pour ses plateformes (Disney+, ESPN+ et Hulu), grâce à ses catalogues abondants et à l'univers de Star Wars, mais aussi au confinement. Et ce n'est pas fini: Disney annoncé le lancement pour 2021 d'un nouveau service de streaming, sous la marque "Star".

La combinaison salle/streaming reste favorisée

Disney envisage-t-il d’en faire une habitude ? Ce n’est pas au programme officiellement, mais comme pour d’autres services technologiques, la période actuelle accélère la prise de décision et le domaine du divertissement n’y échappe pas, même chez nous. "La période est propice à ce type d’expérience. Nous tentons par exemple une expérience chez VOO avec Warner sur le film "Scooby" qui n’est pas sorti en salle chez nous et qui sera disponible dès aujourd’hui via le catalogue à la demande de VOO", nous explique de son côté Philippe Logie, directeur des acquisitions et coproductions chez BeTV.

Les lignes bougent donc dans le secteur, mais la réalité économique reste la même et l’équation de rentabilité d’une grosse production hollywoodienne ne s’envisage pas, pour le moment, sans un passage en salle.

Le remake de Mulan suscite la polémique

Ce n’est pas un hasard si Disney a choisi Mulan pour son dernier remake - ce dessin animé sorti en 1998 et son héroïne ont conquis le public depuis longtemps. Mais l’annonce de la sortie du film le 4 septembre sur la plateforme Disney+ relance son boycott, initié en août 2019.

En effet, l’actrice américaine d’origine chinoise Liu Yifei, qui interprète Mulan dans le remake, avait à l'époque choqué plus d’un fan par sa publication de soutien à la police d’Hong Kong sur le réseau social Weibo. La violence des forces de l’ordre hongkongaises envers les manifestants pro-démocratie inquiétait alors l’opinion publique internationale.

Le #BoycottMulan s’était multiplié sur Twitter comme une marque d'appui aux manifestants pro-démocratie. Les propos de l’actrice ont ainsi entaché l’image de femme forte et libre de Mulan. L’histoire de ce personnage - une adaptation de la légende chinoise d’Hua Mulan, une jeune fille qui se travestit en homme pour combattre à la place de son père dans l’armée chinoise -  est effectivement présentée par Disney comme celle d’une émancipation féminine.

Au travers de son subterfuge, Mulan éprouve des difficultés à correspondre aux critères sociétaux de féminité puis de virilité. Avec humour et maladresse, elle finit par s'affirmer et se détacher de tous types d’oppression, qu’elles soient familiales ou sociétales. Les fans soulignent à nouveau sur Twitter leur rejet de ce remake et du discours de sa vedette.

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