Face à Disney+, Netflix, Amazon et Cie, des alliances sont à prévoir

Pour son lancement belge, Disney+ orchestre une grande campagne de street art évoquant les pépites de son catalogue, comme la saga Star Wars.

Après un lancement réussi fin 2019 aux États-Unis, Disney+ débarque en Belgique ce mardi. Un nouvel épisode dans la montée en puissance des géants US sur le marché audiovisuel.

Près de 6 ans jour pour jour après Netflix, Disney+, plateforme de streaming de l’oncle Walt, arrive ce mardi en Belgique. Avec une offre riche, à un prix canon. Une de plus dans un marché audiovisuel en pleine ébullition. Car Netflix, Amazon et autre Disney n’affectent pas que les salles de cinéma, ils touchent surtout les chaînes de télé.

Certains chiffres interpellent. L’étude Global Web Index montre ainsi que plus de 50% des Belges francophones (18 à 64 ans) disent avoir regardé Netflix entre le 1er janvier et le 30 juin. Le site spécialisé Comparitech estime, lui, à un gros million le nombre d’abonnés belges à Netflix fin 2019.

Publiée juste avant le confinement, une étude de RMB, la régie pub de la RTBF, sur la consommation médias des Belges, montre que le streaming et la VOD représentent 16% de la consommation vidéo. Certes, la télé classique en truste encore 65% mais ce chiffre était de 75% en 2016. Le CIM confirme ces données. Depuis 2015, le nombre de minutes passées par le francophone devant la télévision en direct est tombé de 192 à 163 par jour.

10%
d'intentions d'abonnement
Selon une étude Ipsos, 10% des Belges ont l'intention de s'abonner à Disney+

Dans un marché publicitaire plombé par la crise, l’arrivée de Disney+ a donc de quoi secouer les chaînes généralistes. Car il a un public "mainstream", assez proche du leur. "Disney, c’est un concurrent supplémentaire dans un marché de plus en plus fragmenté, car il vise comme nous un public familial", confiait récemment Philippe Delusinne, CEO de RTL Belgium. Un sondage Ipsos indique que 10% des Belges envisagent de s’y abonner.

Plateformes gratuites

Face à cette évolution, ces chaînes ont réagi. Elles ont développé leur propre plateforme gratuite:  RTBF Auvio en 2016 et RTLPlay en 2018. "On ne peut pas proposer ce que Netflix et Disney+ offrent, mais l’inverse est vrai aussi, relève toutefois  Jean-Paul Philippot, patron de la RTBF; nous avons un autre fonctionnement: Auvio est plus large, mêle du direct, de la télé de rattrapage et du contenu exclusif, le tout avec un ancrage plus belge."

Pour se différencier, la RTBF, mais aussi RTL, ne cessent d’ailleurs de renforcer l’offre de leur plateforme avec des contenus exclusifs et, en ce qui concerne le service public, l’hébergement d’opérateurs extérieurs comme AB, et même payant comme la plateforme de films d’auteur Sooner.

"À l’exception de l’info, du sport et des événements où la télé fait preuve de résilience, comme on l’a vu pendant le confinement, le modèle de vision en direct s’érode, ce qui n’est pas bon pour la  publicité, analyse Bernard Cools, directeur de la recherche de l’agence médias Space; ces plateformes permettent donc de conserver des téléspectateurs, de récupérer une partie des revenus pub et de garder la main sur les données des utilisateurs, permettant de faire de la publicité ciblée. C’est assez malin, voire indispensable." Le CIM montre ainsi que leur consommation est passée de 12 à 33 minutes par jour entre 2015 et 2020.

"Cela démontre que les télés sont parvenues à se réinventer, observe Vincent Fosty, à la tête du département media & entertainment chez Deloitte, mais cela ne compense pas la perte de revenus: le digital ne représente qu’environ 25% du marché pub total et de ces 25% seuls 20% sont générés par les plateformes de vidéo."

"Les plateformes des chaînes de télé permettent de conserver des téléspectateurs, de récupérer une partie des revenus pub et de garder la main sur les données des utilisateurs, permettant de faire de la publicité ciblée."
Bernard Cools
Directeur de la recherche de l’agence médias Space

Consolidations

Vincent Fosty estime donc qu’il faut aller plus loin et développer des alliances pour contrer les géants US, car, dit-il, "les plateformes de streaming demandent beaucoup d’investissements technologique: algorithmes, interface, etc." Voilà pourquoi les chaînes françaises privées (TF1, M6) et publiques (France Télévisons) vont lancer le mois prochain une plateforme commune Salto.

On en est loin chez nous, la RTBF et RTL peinant à s’entendre sur la question. En Flandre, par contre, l’opérateur telcos (Telenet), aussi éditeur de chaînes (Vier, Vijf), s’est allié avec DPG (VTM…) pour lancer Streamz, le Netflix flamand. "On pourrait l’envisager dans le sud, où on sait qu’il y a des discussions", ajoute Vincent Fosty. Sans les nommer, l’expert songe sans doute à VOO et à Be tv, dont l’avenir reste indécis: "Tout le monde parle avec tout le monde, des partenariats qui paraissaient impossibles il y a quelque temps sont aujourd’hui réévalués."

"Il faut aller plus loin et développer des alliances car les plateformes de streaming demandent beaucoup d’investissements technologiques."
Vincent Fosty
Responsable du département media & entertainment chez Deloitte

D’aucuns estiment que des consolidations seront aussi inéluctables en raison de l’abondance de l’offre, d’autres services vidéo devant encore arriver. "Les gens vont finir par faire du shopping à la carte d’abonnements, conclut Vincent Fosty. D’ailleurs, c’est déjà possible avec Reelgood, qui, aux États-Unis et au Royaume-Uni, compile différents abonnement sur une même plateforme." Son slogan? "All your streaming services in one place."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés