Golazo, la boîte qui veut faire suer la Belgique

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Bob Verbeeck est un ancien athlète olympique. Depuis presque trente ans, il est à la tête de Golazo, une société qui affiche un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros et qui organise plus de 1.000 événements par an. Bien, mais pas encore assez pour le patron qui veut pousser toute la Belgique à bouger.

Plus de trente minutes. Bob Verbeeck n’est pas spécialement bavard. Pourtant, il lui aura fallu plus d’une demi-heure, simplement pour résumer l’activité de Golazo, l’entreprise qu’il a fondée. Avec son "roadmap" à la main, un catalogue de presque 150 pages, il tente de résumer le succès de son entreprise sportive. Pas simple. Car Golazo est aujourd’hui un mastodonte. Attablé à son bureau où les maillots et les ballons dédicacés sont partout, le patron connaît très bien ses produits. Il enchaîne de mémoire les exemples et aligne les chiffres et pourcentages en tout genre. Un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros, 1.000 événements organisés chaque année, qui rassemblent plus d’un million de participants, 12 bureaux dans le monde, dont trois en Belgique à Beringen, Vilvorde et Gand, voilà pour les grandes lignes. Le prochain événement est prévu ce week-end. Il s’agit de l’Urban Trail de Bruxelles, qui propose une course passant à l’intérieur d’une série de bâtiments de la capitale. L’événement est le rendez-vous sportif important de la capitale ce week-end. Pour Golazo, il n’est qu’une organisation parmi quatre autres également prévues samedi et dimanche.

Bob Verbeeck a lancé son entreprise en 1990, "à une époque où les termes sport business n’existaient pas encore", sourit le chef d’entreprise. Aujourd’hui, Golazo se concentre essentiellement sur les événements destinés au grand public. Une cible préférée aux compétitions pour les pros, même si Golazo y opère également: 16 cyclo-cross professionnels, l’organisation de courses cyclistes comme le Tour de Belgique et les trois jours de la Panne, ou encore le Mémorial Van Damme et le Meeting de Berlin en athlétisme. Presque des détails dans la présentation à rallonge de l’entreprise. "Notre objectif premier est d’inciter les gens à bouger. Le professionnel n’est donc pas notre priorité. En Belgique, 60% de la population bougent. C’est bien mais en Suède, on estime qu’ils sont plus de 90% à avoir une activité physique régulièrement. Il y a donc encore une croissance possible."

Ancien roi de la piste

Pour faire bouger, le patron mise sur tous les sports. "On veut toucher tout le monde. On fait donc un maximum de disciplines: cyclisme, basket, football, hockey, tennis de table, breakdance…", énumère dans une liste non exhaustive le patron. Mais Bob Verbeeck a une petite préférence pour la course à pied, "le sport le plus populaire au monde mais aussi le plus accessible". Le marathon de Bruxelles, de Düsseldorf, de Rotterdam, les 10 miles d’Anvers, les courses Spartacus, la Parisienne, la Color Run, c’est du Golazo. Un autre petit détail explique aussi ce choix. À titre personnel, Bob Verbeeck apprécie particulièrement la discipline. À une époque, il la pratiquait même plutôt très bien. Aligner les foulées, c’était même son métier. Bob Verbeeck est un ancien athlète de haut niveau. À son palmarès, une demi-finale aux Jeux Olympiques de 1984 à Los Angeles et une première place au Championnat d’Europe en salle l’année suivante sur 3.000 mètres. Une fois son titre en poche, il a toutefois décidé de mettre fin à sa carrière quelques mois après, à seulement 25 ans. "J’avais compris que je venais d’atteindre mon pic de forme et que je ne deviendrais jamais champion olympique. Je n’étais pas assez bon. J’ai donc décidé de me tourner vers mon autre passion, l’économie, que j’étudiais en parallèle de ma carrière d’athlète. Deux ans plus tard, je lançais ma société avec l’équivalent de 750 euros", sourit le patron d’un empire qui représente aujourd’hui 40 entreprises sous le nom de Golazo.

Se limiter à l’organisation d’événements était toutefois visiblement un peu trop simple. Dans le bilan annuel, cette activité ne représente que 50% du chiffre de l’entreprise. Chez Golazo, la diversification est visiblement une priorité. "La deuxième activité principale est Energylab qui a pour objectif d’amener le sport en entreprise ou encore dans les écoles et de le faire pratiquer par un maximum de personnes. On travaille notamment avec une centaine de grandes entreprises comme ING, Deloitte, Deme…", explique encore le patron. Cet axe représente 25% des revenus de l’entreprise qu’elle complète encore par de l’activation, du sponsoring, de l’accueil lors d’événements, deux magazines sportifs, un système de chrono pour les événements…

Le sport est technologique

En presque trente ans, la mayonnaise a donc bien pris. Et continue à prendre. Aujourd’hui, Golazo enregistre encore une croissance à deux chiffres. "L’an dernier, nous étions à 20% de croissance. On grandit en combinant une croissance organique et des acquisitions." Mais Bob Verbeeck repense constamment son entreprise. Même si ses événements rassemblent des dizaines de milliers de personnes, le CEO a bien compris qu’il en fallait encore plus pour atteindre son objectif de faire bouger tout le monde. "Il y a une limite physique à nos organisations. Pour les 10 miles d’Anvers, la limite est de 40.000 coureurs, pour le marathon de Rotterdam c’est 55.000", précise le patron. La solution se trouve, selon lui, dans la technologie. Depuis déjà plusieurs années chez Golazo, on parle donc aussi le langage start-up, style développeur et application. "Les apps permettent de mettre fin aux limites physiques et géographiques de nos événements." Les résultats sont impressionnants. Le plus gros succès se nomme "Start 2 run", une app qui accompagne les apprentis coureurs à passer le cap des 5 km. Bilan actuel: 1,2 million de téléchargements. "À terme, cette activité pourrait devenir aussi importante que l’événementiel", assure le patron.

L’évolution passe aussi depuis un an dans l’organisation de l’entreprise. En mai 2018, Bob Verbeeck a décidé d’ouvrir son capital. 20% des parts ont été rachetées par des investisseurs. "Cela a permis de mettre en place un conseil. Cela suit l’évolution logique par rapport à la taille de notre groupe. J’avais besoin de plus d’expertise." La présidence de ce conseil est assurée par un certain Johnny Thijs, l’ancien patron de bpost. À côté des spécialistes du monde entrepreneurial, le patron peut aussi compter dans ses troupes sur des experts du sport. "On essaye de s’entourer d’anciens athlètes. Ils ont souvent la même vision que nous et ont un véritable apport pour l’entreprise", explique encore le patron. Une dizaine de sportifs de haut niveau travaillent aujourd’hui pour l’ancien champion. L’ex-skippeuse Evi Van Acker, la médaillée d’or Tia Hellebaut ou les deux champions de cyclo-cross Sven Nys et Erwin Vervecken ont entamé leur seconde vie professionnelle chez Golazo. Un sérieux coup de pouce qui permet au patron de continuer à afficher des ambitions toujours aussi hautes. "Selon nos prévisions, il est possible de garder un rythme de croissance de 20% chaque année pour les dix prochaines années, en se focalisant principalement sur l’Europe", assure le patron. Objectif élevé mais certainement pas le plus difficile pour lui. "Entre mes deux vies, celle de sportif de haut niveau était la plus compliquée. La moindre petite erreur, et le résultat est compromis. La vie d’entrepreneur est plus simple et moins stressante." Bob Verbeeck dirige tout de même 400 personnes.

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