L'événementiel ne sait toujours pas sur quel pied danser

Hormis quelques concerts sans public (ici, Zwangere Guy à l'AB), les salles de spectacles comme les halls de foires et salons restent portes closes. ©Kristof Vadino

Les concerts, foires et salons restent interdits. Mais ce qui inquiète surtout leurs organisateurs, c'est l'absence de toute perspective de réouverture.

Que va décider le Conseil national de sécurité (CNS) ce jeudi? La recrudescence de la pandémie de Covid-19 devrait l'inciter à retarder l'organisation de la phase 5 du déconfinement. Au grand dam du secteur événementiel, à l'arrêt depuis plus de quatre mois et qui ne voit se dessiner aucune perspective de redémarrage.

80.000
travailleurs
Le secteur événementiel compte plus de 3.000 entreprises et emploie quelque 80.000 personnes.

L'événementiel, c'est un fourre-tout qui comprend aussi bien les concerts et spectacles que les foires grand public et les salons réservés aux professionnels. Les seuls événements autorisés sont ceux qui rassemblent 200 personnes maximum en intérieur et 400 en extérieur. On parle d'un doublement des jauges admises, mais ce n'est pas acquis.

Et ce n'est de toute façon qu'un maigre viatique, bien insuffisant pour permettre la relance d'un secteur qui compte plus de 3.000 entreprises et emploie quelque 80.000 personnes. "Le plus dramatique, c'est que nous n'avons aucune perspective. Les événements sont interdits jusque fin août et ne sont pas autorisés à partir du 1er septembre", résume Eric Everard, le CEO d'Easyfairs, leader des foires et salons en Belgique.

"Nous travaillons à la préparation d'événements prévus en septembre ou en octobre, même si je ne sais pas s'ils auront lieu."
Eric Everard
CEO d'Easyfairs

Des "incohérences"

Le problème, c'est que l'organisation d'un événement nécessite des semaines de préparatifs. "Nos collaborateurs travaillent à la préparation d'événements prévus en septembre ou en octobre, même si je ne sais pas s'ils auront lieu", dit Eric Everard.

Celui-ci est particulièrement marri d'être mis dans le même sac que les grands concerts rassemblant plus de 10.000 personnes. "Le Salon de la pompe et de la valve, à Anvers, compte 200 exposants et accueille 3.000 professionnels en deux jours, sur 20.000 m². Rien à voir avec un événement de masse", dit-il.

Le monde de l'événementiel pointe des "incohérences" dans la gestion de la crise du Covid-19. "Un euro investi dans un événement rapporte 2,25 euros au PIB. Or, nous ne pouvons organiser des événements corporate alors que des milliers de personnes déambulent dans les centres commerciaux et les aéroports", pointe Vinciane Morel, porte-parole de l'Alliance des fédérations belges de l’événement.

"La Belgique est, avec la Suède, le seul pays européen qui n'a pas fixé de date de réouverture des salons. Mais en Suède, le gouvernement participe à la fin de chaque mois à 75% des frais fixes", renchérit Eric Everard.

De nombreux acteurs se retrouvent donc avec le couteau sur la gorge. "Des sociétés historiques comme Conceptum sont même déjà tombées en faillite", précise le patron d'Easyfairs. Qui se dit pourtant sûr de pouvoir organiser des salons dans des conditions de sécurité sanitaires optimales, moyennant l'enregistrement des visiteurs et la mise à disposition de masques, de gels hydroalcooliques et de caméras thermiques.

Reports en chaîne

Pour les organisateurs de spectacles, la situation est tout aussi intenable. "Le plus difficile à vivre, c'est l'absence de perspectives. Or, il faut trois mois pour préparer un spectacle", souligne Denis Gérardy, directeur du Cirque Royal.

"Pour certains concerts, j'en suis à mon troisième report."
Denis Gérardy
Directeur du Cirque Royal

Celui-ci a déjà quasiment fait une croix sur 2020. "Pour certains concerts, j'en suis à mon troisième report. Et de nombreux promoteurs anglo-saxons reportent déjà des programmations à l'automne 2021", dit Denis Gérardy.

Sur le plan social, la situation est catastrophique. Un festival comme le Brussels Summer Festival fait travailler 500 à 600 personnes sur trois jours. "Ma crainte, c'est qu'une partie du personnel, qui a acquis sur le terrain des métiers très spécifiques, s'en aille travailler ailleurs par nécessité. Il y en a déjà au Cirque Royal. Et je ne sais pas s'ils reviendront."

Du monde en tribune ?

A 20 jours de la reprise du championnat de football, la Pro League attend le feu vert du CNS au retour des spectateurs dans les stades. Pour faire bouger les lignes, les 24 clubs professionnels du pays ont adopté un protocole permettant l'accueil des supporters en tribune.

"Nous proposons de scinder les tribunes en plusieurs zones, en fonction du nombre d'entrées et de sorties, et d'étaler les flux de spectateurs dans le temps", résume Stijn Van Bever, porte-parole de la Pro League. La plupart des clubs ont mis au point un train de mesures en concertation avec les autorités locales. La balle est dans le camp du CNS...

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