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reportage

La Chine veut mettre un terme à "l’opium mental" que sont les jeux vidéo

Des règles très précises encadrent déjà les jeux vidéo en Chine, puisqu'il faut s’enregistrer en ligne avec une carte d’identité avant de pouvoir jouer. ©AFP

En conflit avec les géants chinois de la tech, Pékin veut réguler le secteur déjà étroitement contrôlé des jeux vidéo et met la pression sur ses pépites comme Tencent.

L’éditorial du quotidien chinois Economic Daily n’est resté en ligne que quelques heures, mais il a suffi à mettre le feu aux poudres. "Les jeux vidéo sont un opium mental", pouvait-on lire. "L'addiction des mineurs à internet est courante et les jeux en ligne ont des conséquences non négligeables sur leur croissance", soulignait le quotidien, en rappelant que la myopie est très répandue chez les jeunes Chinois du fait du temps passé devant les écrans.

L'article épingle notamment Tencent , le numéro un du secteur. L’entreprise basée à Shenzhen pèse plus de 20 milliards de dollars de revenus annuels et emploie plus de 85.000 personnes. Elle est notamment l’éditeur de "Honor of Kings", un jeu très populaire en Chine et qui est la cible très précise de la presse d’État. "Certains étudiants y jouent parfois pendant huit heures par jour", fustige le journal. En bourse, les conséquences ont été immédiates avec un effondrement des cours, car cette offensive s’inscrit dans un contexte de reprise en main généralisé des géants chinois de la tech.

La tech mise au pas

Après Alibaba, condamné par Pékin à une amende record de 2,3 milliards d'euros pour entrave à la concurrence en avril dernier, c’est Didi, le numéro un du VTC, qui est dans le collimateur pour avoir transmis certaines données de ses utilisateurs lors de son introduction en bourse à New York. Le gouvernement chinois a convoqué la plupart des grandes entreprises du pays vendredi dernier pour leur adresser les mêmes reproches. Pékin les a fermement rappelé à l’ordre, leur demandant de "respecter les règles".

Des règles qui peuvent se résumer à une phrase: en Chine, c’est le Parti communiste qui dirige.

Ce n’est pas la première fois que le secteur des jeux vidéo est dans le collimateur. Des règles très précises encadrent déjà les jeux en ligne, puisque les moins de 18 ans ont officiellement interdiction de jouer entre 22h et 8h, et il faut s’enregistrer en ligne avec une carte d’identité avant de pouvoir jouer. Mais la loi est largement contournée et le gouvernement estime que les opérateurs des sites de jeu ne font pas leur travail de surveillance.

1 heure
de jeu par jour
Tencent va limiter le temps de jeu des mineurs à une heure par jour - et deux heures les jours de vacances -, contre trois heures actuellement.

Tencent joue les bons élèves

Tencent a immédiatement réagi aux critiques en déclarant qu’elle allait renforcer son système de vérification d'identité des joueurs avec ce qu’elle appelle une "patrouille de minuit". Des inspecteurs seront ainsi chargés de vérifier les comptes suspects, via notamment un système de reconnaissance faciale pour s'assurer que la personne qui joue est bien celle qui s’est enregistrée.

"C’est une croisade morale nécessaire."
Un journaliste chinois

Tencent va également interdire aux moins de 12 ans de dépenser de l'argent dans des jeux vidéo, et limiter le temps de jeu des joueurs mineurs à une heure par jour - et deux heures les jours de vacances -, contre trois heures actuellement. Un coup dur pour Tencent, qui tire d’importants revenus de ses achats combinés aux jeux vidéo.

Tencent, sentant le vent du boulet, a aussi pris les devants et veut jouer les bons élèves. La société a appelé l'ensemble de l'industrie du jeu vidéo à discuter de la possibilité d'interdire à tous les joueurs de moins de 12 ans de jouer à des jeux et à réfléchir à un système de classification par âge pour les jeux vidéo.

Les jeunes sous la chape du Parti

L’État entend en tout cas garder la main sur tous les secteurs touchant à la jeunesse chinoise. "C’est une croisade morale nécessaire", résume un journaliste.

Une semaine après avoir interdit les cours particuliers le soir et pendant les vacances, obligeant la plupart des grandes entreprises de soutien scolaire à mettre la clef sous la porte, le Parti communiste s’en prend aux industries du divertissement. Sur les plages cet été, il n’y aura ni devoirs de vacances, ni jeux vidéo pour occuper les jeunes Chinois.

Le résumé

Le gouvernement chinois veut réguler le secteur des jeux vidéo, déjà étroitement contrôlé.

L'État veut limiter davantage le temps de jeu des mineurs et empêcher les plus jeunes d'acheter des jeux vidéos.

Pékin épingle quelques pépites du secteur, à commencer par Tencent, qui voit son cours chuter en bourse.

C'est la dernière offensive en date dans la guerre que le gouvernement chinois mène contre ses géants de la tech.

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