interview

Le CEO de Kinepolis se dit "prêt à subir des mesures fortes pour en finir"

Eddy Duquenne, CEO de Kinepolis, reste confiant dans le business model du cinéma mais demande des mesures fortes pour sortir une fois pour toutes du marasme actuel ©BELGAIMAGE

Si c’est le prix à payer pour en finir avec le virus, Eddy Duquenne, CEO de Kinepolis est prêt à fermer ses salles longtemps.

Le patron de Kinepolis, Eddy Duquenne, s'explique sur la situation des cinémas. Un entretien réalisé avant l'annonce de l'harmonisation des mesures entre Régions et Fédéral.

Pourquoi avoir décidé de fermer toutes vos salles partout dans le pays avant même une interdiction formelle ?

Notre gestion est centralisée, nationale, que ce soit en termes de services, de programmation ou de marketing. Le virus se moquant des frontières régionales, on a donc décidé de tout fermer anticipativement. Comme il n’y a guère eu jusqu'ici de concertation au niveau des autorités, on a pris nos responsabilités. Et ce même si les derniers chiffres de fréquentation étaient encourageants avec certains jours un taux de 45% par rapport à ce qui était prévu avant le Covid, alors que l’offre est très faible.

Quand pensez-vous rouvrir? Le 19 novembre comme annoncé pour Bruxelles et la Wallonie?

Je n’en sais rien. Mais je crois qu’il faut prendre des mesures fortes et cesser de tergiverser. Et je ne parle pas que du cinéma. Pour beaucoup d’entreprises, cette deuxième vague va être beaucoup plus pénible que la première, car elles ont beaucoup moins de réserves. Je constate que la Chine, le Japon et l’Australie s’en sont sortis. Il faut s’en inspirer et entrer dans un vrai lockdown. Donnons aussi un vrai but collectif à la population plutôt que de prendre des demi-mesures comme aujourd’hui.

Vous êtes donc partisan d’un reconfinement?

Il faut fixer un objectif précis, y faire adhérer les gens, être solidaires et sanctionner si nécessaire. Mieux vaut une approche dure et sévère, mais de courte durée, que de traîner cette pandémie pendant des mois, décourager la population, creuser encore les pertes des entreprises et l’endettement de l’État.

"Mieux vaut une approche dure et sévère, mais de courte durée que de traîner cette pandémie pendant des mois"

Donc si on vous dit, par exemple, de fermer vos salles jusqu’à la fin de l’année, vous êtes d’accord?

Je préfère cela à ces mesures qui changent chaque semaine et qui nous imposent de revoir nos process en permanence. C’est très dur pour notre personnel.

Quel est l’impact financier pour Kinepolis?

Nous sommes présents dans neuf pays. Si tous nos complexes étaient fermés dans le monde cela nous coûterait 5,8 millions d’euros de cash par mois. Mais on est solides. On a de quoi tenir encore pendant douze mois.

5,8
millions d'euros par mois
"Si tous nos complexes étaient fermés dans le monde cela nous coûterait 5,8 millions d’euros de cash par mois", explique Eddy Duquenne.

Comment analysez-vous le fait que la sortie de la plupart des blockbusters soit reportée?

Je m’attends même à d’autres reports. Y compris le James Bond déjà reporté deux fois. C’est bien la preuve que la première source de revenus du cinéma reste la salle, qui offre une expérience unique. Les distributeurs savent qu’en terme de rentrées financières, rien ne vaut un premier week-end d’exploitation. Si ce n’était pas le cas, les films sortiraient davantage sur les plateformes de vidéo.

Pourtant, Disney l’a fait avec "Mulan", sorti uniquement sur Disney+…

C’est vrai, mais Disney a besoin de cash à court terme, car ses parcs d’attractions sont fermés, cela représente 28.000 personnes au chômage ! Je reste donc très confiant pour l’avenir de notre industrie qui reste, de loin, le loisir familial le moins cher. C’est important, surtout en période de crise.

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