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Pourquoi Vivendi met sa pépite Universal en bourse

Mais pourquoi donc Vivendi se débarrasse-t-il de ce qui est pourtant considéré comme son fleuron? ©ZUMAPRESS.com

L’industrie musicale connaît une mutation inédite. C’est dans ce contexte chamboulé que Vivendi a décidé de mettre sa pépite, Universal Music, en bourse. Voici pourquoi...

C’est à ce stade la plus grosse entrée en Bourse de l’année en Europe. Le 21 septembre, Universal Music Group (UMG) quittera le giron de sa maison mère, le géant français des médias et du divertissement Vivendi, pour mener une existence autonome.

Le n°1 mondial de l’industrie de la musique sera coté à Amsterdam sur base d’une valorisation de 33 milliards d’euros. Vivendi va distribuer 60% du capital à ses actionnaires, dont 18% reviendront directement à son patron, Vincent Bolloré, soit 5,9 milliards d’euros. 20% d’UMG avaient déjà été cédés au groupe chinois Tencent et 10% à la société d'investissement Pershing Square. Vivendi en conservera 10%.

60%
Vivendi va distribuer 60% du capital à ses actionnaires, dont 18% reviendront directement à son patron, Vincent Bolloré, soit 5,9 milliards d’euros.

Mais pourquoi donc Vivendi se débarrasse-t-il de ce qui est pourtant considéré comme son fleuron? UMG représente en effet près de la moitié de son chiffre d’affaires (7,4 milliards d’euros en 2020 sur un total de 16 milliards) et surtout plus de 80% de son résultat opérationnel.

C’est que cette activité, dans son giron depuis une vingtaine d'années, est déjà très décentralisée, étant gérée depuis les États-Unis et  Amsterdam. Elle n’a jamais dégagé de fortes synergies avec les autres business du holding: les médias (Canal+, C8, CNews, Geo, Capital…), l’édition (Editis), la publicité (Havas) et le jeu vidéo (Gameloft). Étonnant, car les passerelles semblent pourtant nombreuses.

Caps sur les médias

Puis il y a l’homme d’affaires Vincent Bolloré, qui contrôle Vivendi et qui considère que cette activité n’est plus stratégique. Aujourd’hui, comme d’autres moguls du capitalisme français – les Arnault, Pinault, Dassault et Bouygues… – ce sont les médias qui sont dans sa ligne de mire. Car si la rentabilité y est moins forte, ce n’est pas le cas du pouvoir d’influence. Il veut être un acteur majeur dans la consolidation en cours dans ce secteur tant en France qu’en Europe, mouvement destiné à apporter une réponse à la toute-puissance des Gafan.

"Le marché de la musique ne s’est sans doute jamais aussi bien porté."
Rudy Léonet
Spécialiste de la pop culture à la RTBF

Il n’a d'ailleurs pas attendu la première cotation d’UMG pour passer à l’action. Mercredi, Vivendi a annoncé le lancement d’une OPA sur le solde du groupe Lagardère (Europe1, Paris Match…) et dont il est déjà actionnaire avec 27% du capital.

L'IPO d’UMG lui donne ainsi les moyens de ses ambitions. Et le timing est idéal. "Au bord du gouffre, il y a quelques années, le marché de la musique ne s’est sans doute jamais aussi bien porté", observe Rudy Léonet, spécialiste de la pop culture à la RTBF et fin connaisseur des arcanes de l’industrie musicale.

21,6
milliards de dollars
En 2020, le marché du disque affichait 21,6 milliards de dollars, en hausse de 7,4% par rapport à 2019.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Ifpi, l’association internationale de la musique, le marché du disque pesait encore près de 24 milliards de dollars il y a 20 ans. Le CD régnait en maître. L’apparition début 2000 des sites de téléchargement illégal (Napster, KaZaa, LimeWire…) l’ont plombé pendant des années jusqu’à ce creux de 2014 où le marché ne pesait plus que 14 milliards.

Depuis, il s’est redressé et a connu six années de croissance consécutive. En 2020, il affichait 21,6 milliards de dollars, en hausse de 7,4% par rapport à 2019. L’explication vient évidemment du boom du streaming (Spotify, Deezer, Apple…), qui, avec 443 millions d’abonnements, pèse aujourd’hui plus de 62% des ventes, alors que les supports physiques (CD, vinyl) ne pèsent plus 20%.

The winner takes it all

 "Les maisons de disques ont bien tiré les ficelles", décortique Rudy Léonet. "D’abord, la dématérialisation des supports leur a épargné les couteux frais de production, de stockage et de distribution des supports physiques. Ensuite, Universal et Sony sont actionnaires du géant du streaming Spotify, ce qui leur permet d’être à la fois fournisseurs et clients. Puis, lorsque les ventes de CD se sont effondrées et que la scène est quasiment devenue la seule source de revenus des artistes, elles ont exigé un intéressement sur les tournées, y compris le merchandising."

62%
des ventes
Le streaming (Spotify, Deezer, Apple…), avec 443 millions d’abonnements, pèse aujourd’hui plus de 62% des ventes, alors que les supports physiques (CD, vinyl) n'en pèsent plus 20%.

Dans ce contexte chahuté – piratage, effondrement des ventes de CD... – une inévitable consolidation s’est opérée. "Quand j’ai lancé la radio Pure FM en 2004 (aujourd’hui Tipik, NDLR), j’avais une quinzaine de maisons de disques comme interlocuteurs. Aujourd’hui, il n’y en a plus que trois", constate Rudy Léonet.

De fait, trois multinationales – Universal, Sony et Warner – disposent d’un quasi-monopole sur le marché. Universal, le leader, a ainsi fait main basse sur des catalogues prestigieux comme EMI (Les Beatles, Coldplay, Depeche Mode…) racheté en 2011 pour 1,4 milliard d’euros et possède dans son écurie des labels comme Capitol, Decca, Island, Motown, Polydor ou Deutsche Gramophone, le célèbre éditeur de musique classique et des stars comme Lady Gaga, Rihanna, Jay-Z, Coldplay, Queen, les Rolling Stones ou les Beatles.  

Il s’est aussi diversifié dans le merchandising et a noué des partenariats avec des médias sociaux comme Snapchat, TikTok et, plus récemment, avec l’application de partage de vidéo Lomotif – Universal recevant un pourcentage des revenus générés par ces applications. Résultat: c’est un Universal Music Group en pleine bourre qui débarque sur la cote: il y a à peine six ans, la major était estimée à 7,5 milliards d’euros rappelle Le Figaro. Elle est valorisée aujourd’hui plus de quatre fois plus.

Le résumé

  • Universal Music Group (UMG) entre en Bourse d'Amsterdam le 21 septembre.
  • Cette activité n'est plus considérée comme stratégique par son actionnaire, Vivendi, qui veut se recentrer entre autres sur les médias.
  • En difficulté il y a quelques années, UMG est devenu une pépite valorisée à 33 milliards d'euros.
  • Porté par le streaming, le marché de la musique s'est consolidé, et s'est spectaculairement redressé.

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