Quand la Wallonie se la joue Hollywood

©Max Dechamps

Application mobile, visite de lieux de tournages et d’entreprises audiovisuelles, participation du public à de "faux tournages"… Le week-end prochain, le cinéma made in Wallonia sera sous les projecteurs.

Il y a tout juste vingt ans, en mai 1999, le film "Rosetta" des frères Dardenne remportait à la surprise générale la Palme d’or au festival de Cannes, tandis que son actrice principale, Émilie Dequenne, alors totalement inconnue, décrochait le prix d’interprétation féminine.

Cette double consécration allait servir de déclic pour le développement du cinéma en Belgique francophone. Un an plus tard, la Région wallonne lançait le fonds d’investissement dans l’audiovisuel Wallimage avec à sa tête le critique de cinéma et publicitaire bien connu, Philippe Reynaert. Objectif: injecter de l’argent public dans des productions audiovisuelles pour autant que les producteurs s’engagent à recourir au savoir-faire de l’industrie audiovisuelle locale. En 2003, le gouvernement fédéral lançait le tax shelter, incitant fiscal pour les entreprises investissant dans le cinéma et, durant les années suivantes, des bureaux d’accueil de tournage s’ouvraient dans les différentes provinces afin d’encadrer les producteurs venus tourner en Wallonie (avant d’être réunis début 2019 sous la bannière de Wallimage). Bref, tout un écosystème voyait le jour.

©Wallimage

Vingt ans après "Rosetta", et alors que les Dardenne s’apprêtent à concourir à nouveau pour la prestigieuse palme cannoise, Wallimage veut fêter ça. "On veut montrer au grand public que le secteur audiovisuel se porte bien et qu’il génère de l’activité en Wallonie", résume Philippe Reynaert, le grand manitou de Wallimage en dévoilant fièrement ses chiffres. A ce jour Wallimage a en effet soutenu 409 productions – dont environ la moitié ont été tournées en Wallonie pour un total de près de 86 millions d’euros. Ces investissements ont généré plus de 350 millions de dépenses dans l’industrie audiovisuelle du sud du pays. Soit un rendement de plus de 400%.

L’envers du décor

Au-delà des chiffres, Wallimage veut faire découvrir aux cinéphiles l’envers du décor. C’est tout le projet de l’opération "Wallywood On Tour (ne)" – l’homme aux lunettes blanches ne peut renier son passé de copywriter – qui se déroulera le week-end prochain, les 27 et 28 avril. Elle comprend trois grands volets.

©Versus Production

Le premier est le lancement de Wallywood, une application mobile téléchargeable gratuitement sur l’Apple Store et Google Play. Développée par la start-up Emoticom, elle permet aux cinéphiles de trouver les lieux où ont été tournés les films, du château de la Hulpe ("Le Maître de musique", "L’Echange des Princesses") au Musée des arts décoratifs de Namur ("Les Visiteurs 3") en passant par la gare de Binche ("The Happy Prince"), etc. Elle propose des extraits des films en question, des infos sur les tournages (quelles scènes, avec quels acteurs.), des visites virtuelles de l’intérieur des bâtiments, de la réalité augmentée, le tout agrémenté d’une base de données des films et des lieux.

Acteurs d’un jour

Le deuxième volet consiste en deux journées portes ouvertes dans une vingtaine d’entreprises audiovisuelles wallonnes permettant aux visiteurs de découvrir les secrets des effets spéciaux, du bruitage, de la musique, du mixage, du montage, de l’animation 3D etc. De Benuts à Dame Blanche en passant Digital Graphics, Studio L’Equipe Mikros ou Pix & Real, la Wallonie regorge en effet de pépites méconnues du grand public mais prisées par les producteurs et les réalisateurs.

Lors du dernier week-end d’avril, le grand public pourra découvrir l’envers du décor des productions cinématographiques (à gauche, le tournage des Visiteurs 3 à Namur) et donner la réplique à des stars comme Fabrice Luchini, Catherine Deneuve, Christian Clavier ou Dany Boon. ©Gaëtan Chekaiban

Mais le clou pour l’amateur de cinéma sera sans doute le troisième volet de l’opération qui leur permettra de se mettre dans la peau des acteurs et de rejouer des scènes de films et séries tournés en Wallonie sur les lieux même de ces tournages (à Namur, Saint-Hubert, Liège, etc.). Maquillés, coiffés, costumés et dirigés par des professionnels, ils pourront, après avoir mémorisé de courtes scènes, donner la réplique à des vedettes de la trempe de Catherine Deneuve et Fabrice Luchini ("Potiche"), Dany Boon ("Raid Dingue"), Christian Clavier et Jean Reno ("Les Visiteurs 3") ou Marion Cotillard ("Jeux d’Enfants"). De quoi susciter, peut-être, des vocations.

Il ne faut pas rêver, ces stars ne seront pas physiquement présentes ce week-end-là, mais par la magie de la postproduction, les acteurs d’un jour seront intégrés aux "vraies" scènes. Le réalisateur Olivier Masset-Depasse sera, lui, bien présent pour encadrer le "faux tournage" de scènes de son dernier film "Duelles" qui sera sorti quelques jours plus tôt (et qui fera l’objet de projections événementielles le samedi soir dans 14 salles de Wallonie et de Bruxelles en présence de l’équipe du film). Tout comme Jacques Rausin, un des acteurs de la série phare de la RTBF "Ennemi Public". En toute logique, l’initiative devrait faire un tabac sur les réseaux sociaux. En cas de succès l’opération "Wallywood" pourrait même devenir récurrente. Et se muer en sortes de journées du patrimoine cinématographique wallon. Ce sera en tout cas un bon test pour les politiques qui rêvent de développer une sorte de ciné tourisme en Wallonie comme c’est le cas à Dubrovnik en Croatie, ("Game of Thrones"), en Andalousie (les westerns spaghettis) en Italie ou à Paris.

En attendant, clap! Moteur…

Plus d’infos sur: www.wallywood.be

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect