Sans aide, les cinémas craignent de ne jamais pouvoir rouvrir

Face à des pertes qui ne font que s'accumuler du fait de la fermeture forcée des salles, les exploitants appellent les autorités à l'aide. ©BELGAIMAGE

Les salles de cinéma appellent à l'aide. La fermeture forcée a déjà provoqué 210 millions d'euros de pertes et chaque mois supplémentaire alourdit la facture de 25 millions.

Le secteur cinématographique ne décolère pas. La fermeture forcée des complexes due à la crise sanitaire lui coûte cher, très cher. "La perte totale pour l'année 2020 est estimée à 210 millions d'euros et chaque mois de fermeture supplémentaire représente une perte additionnelle de 25 millions d'euros", explique la Fédération des Cinémas de Belgique dans une lettre ouverte adressée à plusieurs ministres fédéraux et régionaux.

3 millions
euros
Les aides perçues par les salles de cinémas en Belgique ne dépassent pas 3 millions d’euros.

Les 113 acteurs du secteur (exploitants, acteurs, réalisateurs, organisateurs de festivals, enseignants en art dramatique...) ayant signé la lettre ajoutent que, sans une perspective d'ouverture et un soutien "significatif et rapide", les 98 cinémas du pays devront mettre la clef sous le paillasson, ce qui menacerait 1.250 emplois.

Peu de soutien

Le problème réside bel et bien dans le manque d'aides apportées. Alors que le secteur audiovisuel a bénéficié d'une enveloppe de 16,1 millions d'euros, les aides perçues par les salles de cinéma ne dépassent pas 3 millions d’euros. Les cinémas français, eux, ont pu compter sur une aide de 125,8 millions d’euros. L'enveloppe était de 55 millions aux Pays-Bas et de 90 millions en Allemagne.

"Cela fait quasiment un an que nous sommes fermés. Quelle société pourrait résister à cela?"
Bruno Pantin Carrenard
UGC

Bruno Pantin Carrenard d'UGC parle d'un "gouffre" entre la considération du secteur culturel en France et en Belgique. "Si UGC sait aujourd'hui faire face, c'est parce qu'il est épaulé par un groupe aidé en France. Mais tout le monde n'a pas cette chance."

Il rappelle qu'outre ce deuxième confinement, la réouverture estivale a été très timide. "Cela fait quasiment un an que nous sommes fermés. Quelle société pourrait résister à cela?"

"La grande exploitation (80% du marché), exclue de subside, est contrainte aujourd’hui à financer une dette qui aura des conséquences durables sur les investissements à venir. Sans elle, l'avenir de toute l'industrie cinématographique belge serait en situation de précarité extrême et/ou totalement dépendante des plateformes américaines et subsides publics", lit-on encore dans la lettre ouverte.

"Il est illusoire de croire qu'on va pouvoir rouvrir et faire comme si de rien n'était."
Jérôme de Béthune
Belga Films

Les exploitants de cinémas s'interrogent également sur les 5,9 milliards reçus par la Belgique pour le plan de relance européen. "Rien n’a été attribué au secteur cinématographique belge!", regrettent-ils.

"On suspend l'hémorragie"

Jérôme de Béthune, de Belga Films, l'exploitant du White Cinema, distributeur de films et acteur du tax shelter déplore, lui, surtout l'absence totale de perspectives. "Ce silence est pesant."

Néanmoins, il concède que quels que soient les délais de réouverture, des aides sont nécessaires. "Pour l'instant, on suspend l'hémorragie, mais une fois qu'on pourra redémarrer, les pertes de chiffres d'affaires vont peser très lourd. Il est illusoire de croire qu'on va pouvoir rouvrir et faire comme si de rien n'était."

"On ne peut pas vivre uniquement devant sa télévision. On a besoin d'échanges sociaux."
Jérôme de Béthune
Belga Films

Et pourtant, la réouverture s'annonce enthousiasmante au vu des multiples reports de sorties de films. "Contrairement à l'été, nous avons le luxe d'alimenter nos devantures de titres alléchants", insiste Bruno Pantin Carrenard.

Nécessité sociale

"Si on veut garder nos cinémas en Belgique, il faut les soutenir", lance Jérôme de Béthune. "On ne peut pas vivre uniquement devant sa télévision. On a besoin d'échanges sociaux", ajoute-t-il.

Certes les plateformes comme Netflix ont profité de cette fermeture. "Mais nous ne sommes pas face à un combat entre l'exploitation de cinéma de l'ancien monde et les plateformes. L'expérientiel reste important pour le spectateur."

Enfin, les signataires rappellent les mesures déjà prises pour assurer la sécurité de leurs spectateurs. "Aucun cluster n’a pris sa source dans une salle de spectacle et une étude allemande récente a prouvé que la propagation aérienne dans une salle de concert bien ventilée est négligeable voire nulle. À la frustration s’ajoute l’incompréhension de ne pouvoir retourner dans les salles."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés