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reportage

Vidéo Express, le dernier vidéoclub bruxellois

Ouvert depuis 1999, le Vidéo Express est devenu un lieu de rendez-vous incontournable du quartier. ©saskia vanderstichele

Et à la fin, il n'en restera qu'un. Rencontre avec Juan Borbolla, gérant du Vidéo Express, dernier vestige de l'ère des vidéoclubs, soutenu à bout de bras par une clientèle fidèle et cinéphile.

"Faites-lui une bonne pub, il le mérite. C’est le seul espace culturel digne de ce nom à Saint-Gilles! On pleurera le jour où il ne sera plus là." Au Vidéo Express, on n'est jamais tranquille. Sans cesse, le va-et-vient de clients interrompt notre interview, menée tant bien que mal derrière le comptoir du petit établissement.

"Mes clients n’ont jamais abandonné le lieu, même alors que les possibilités pour regarder des films ne cessent de se multiplier."

Il faut dire que les clients, Juan Borbolla les connait presque tous. C'est d'ailleurs ce qui fait l'ADN du dernier vidéoclub bruxellois. "Dès le début, j’ai eu la chance d’avoir une clientèle fidèle et passionnée de cinéma. C’est grâce à elle que je suis toujours là. Mes clients n’ont jamais abandonné le lieu, même alors que les possibilités pour regarder des films ne cessent de se multiplier", lance l'homme alors qu'un autre habitué passe le pas de la porte. Tout de suite, on imagine pourquoi le Vidéo Express a résisté à la transformation de l'industrie cinématographique.

Solidarité et cinéphilie

Fondé il y a 22 ans par Juan Borbolla, le Vidéo Express est rapidement devenu un point de rendez-vous incontournable des cinéphiles du quartier. En plein Saint-Gilles, sur la chaussée de Waterloo, le petit vidéoclub est idéalement situé et ne manque pas d'attiser la curiosité des badauds. En devanture trône une centaine de films sélectionnés par l'un des "amis du Vidéo Express" et invite les plus curieux à revenir au DVD. Cette sélection, en plus des conseils des habitués, sert d'ailleurs de base aux choix que fait Juan Borbolla pour son établissement. "Je choisis les films en fonction des demandes de mes clients et de la sélection disponible", explique-t-il.

Il faut dire que les habitués du Vidéo Express sont extrêmement fidèles à l'endroit. Ils y tiennent d'ailleurs tellement qu'une ASBL, "Les amis du Vidéo Express", a été créée à l'initiative d'une partie d'entre eux afin de soutenir Juan Borbolla dans sa gestion quotidienne. "Ils ont construit mes étagères, l’espace 'sélection' de la vitrine, ils ont créé mon site internet et ma page Facebook, etc. Bref, ils m'aident énormément", sourit le gérant.

Les derniers coups de cœur de Juan Borbolla? "Citoyen d’honneur" et "Un coup de maître" du réalisateur argentin Gastón Duprat et "Burning" de Lee Chang-Dong. Ses réalisateurs fétiches? Bruno Dumont et Alain Cavalier. ©saskia vanderstichele

Et pour Juan Borbolla, cette aide est la bienvenue. Ouvert 7 jours sur 7, le Vidéo Express n'arrête jamais. Il se doit d'être là, véritable pilier du quartier. Heureusement, le patron peut compter sur l'aide ponctuelle de son fils et ses amis pour tenir la boutique. "C’est un peu leur QG", souligne-t-il.

Anti-Netflix

C'est ainsi, tenu à bout de bras par une clientèle fidèle, amoureuse de l'endroit, que Juan Borbolla tient debout. Passionné des vidéoclubs depuis l'enfance, l'homme rêvait d'y vivre. Mais pas d'en être le dernier représentant. "J'aurais préféré ne pas être le dernier vidéoclub de Bruxelles. Cela veut dire que, pour les gens, nous n’existons déjà plus", regrette-t-il.

"J'aurais préféré ne pas être le dernier vidéoclub de Bruxelles."

Juan Borbolla n'a d'ailleurs appris que très récemment qu'il était "le dernier". "Quand la ville de Bruxelles a proposé une aide de 4.000 euros pour les magasins ayant été contraints de fermer pendant le confinement, j’ai été surpris de voir que je n’y avais pas droit. Un des membres de l’ASBL m’a alors aidé et il s’est rendu compte que mon code TVA ne faisait pas partie des commerces pouvant bénéficier de l’aide. En cherchant plus loin, nous avons compris que la catégorie 'vidéoclub' n’existait tout simplement pas dans la liste. Pour la Région, nous n’existions plus. Heureusement, depuis, la catégorie a été rajoutée à la liste, pour nous", raconte-t-il, un peu amer.

"Anti-Netflix" jusqu'au bout des ongles, Juan Borbolla regrette aussi la chute en qualité des programmes proposés sur les diverses plateformes de vidéo à la demande. En diversité aussi. Au Vidéo Express, la riche collection de quelque 23.000 DVD parvient à attirer 100 clients par jour en moyenne. "Il y a quand même un renouvellement de la clientèle, un à deux nouveaux clients par jour, je dirais. C'est déjà cela. Mais il ne faut pas se leurrer, on parle ici de jeunes passionnés de cinéma, d’étudiants en école d’art. Cela reste une petite niche, qui découvre l’endroit grâce au bouche-à-oreille", indique-t-il.

Après, plus rien

Le patron le sait, après lui, il n'y en aura plus. Il ne souhaite d'ailleurs pas à son fils de reprendre le flambeau, le contexte est trop difficile. Et le métier aussi. Notons que pour rentabiliser un DVD acheté 35 euros, Juan Borbolla doit le louer 15 fois en moyenne. À l'ère des plateformes de streaming en pagailles, et malgré une famille de clients fidèles, c'est une petite montagne à escalader.

"Tant que le vidéoclub ne part pas en chute libre, je continue."

Mais Juan Borbolla est heureux. Ce ket bruxellois aura réalisé son rêve et l'aura mené jusqu'au bout, réunissant tout un quartier autour de lui au passage. "Je ne me pose pas trop de questions pour l’avenir. J’essaye de ne pas trop réfléchir, sinon je risquerais d’arrêter. Tant que le vidéoclub ne part pas en chute libre, je continue. Mais le jour où les distributeurs décideront d’arrêter la location, ce sera la fin. C’est là notre limite. Alors, on deviendra un musée", avance encore l'homme, alors que deux nouveaux clients font tinter la sonnette de l'entrée.

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