"Le fil conducteur du groupe, c'est la construction" (Frédéric Dufour)

©Wouter Van Vooren

Les prix de "L’Entreprise de l’année" et de "L’Entreprise prometteuse de l’année", organisés par EY, L’Echo et BNP Paribas, seront décernés le lundi 7 octobre. Qui succédera à Easyfairs et à Newpharma?

Quand on lui demande pourquoi il participe à "L’entreprise de l’année", Frédéric Dufour répond sans hésiter: "Pour les 750 personnes qui travaillent avec nous et qui le méritent! Ce sont eux qui ont fait évoluer la société pour passer d’un groupe de 60 personnes à plus de 750 en moins de 20 ans. Nous faisons tout pour rendre cette entreprise attrayante, fidéliser notre personnel et attirer les bons éléments. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir plusieurs générations se succéder dans l’entreprise", précise encore Frédéric Dufour, lui-même cadet de la troisième génération. C’est une manière aussi à ses yeux de montrer que le Hainaut occidental n’est pas cette région sinistrée que l’on décrit trop souvent.

Groupe Dufour
  • Entreprise familiale créée dans sa forme actuelle en 1947
  • Le chiffre d’affaires atteint 155 millions d’euros (+ 25% de croissance en cinq ans)
  • Son bénéfice net dépasse les 3,5 millions d’euros
  • Le groupe Dufour emploie près de 750 personnes en direct

 

Même si l’origine de l’entreprise remonte aux années 20, c’est après la seconde guerre mondiale qu’elle trouve sa forme actuelle. Elle est alors active dans la fourniture de produits pétroliers, et c’est le début de sa diversification. "Le fil conducteur, c’est la construction. De la livraison de mazout sur les chantiers, nous sommes passés à la fourniture d’engins de génie civil, mais aussi à tous les services liés à un chantier, de la démolition à la reconstruction avec une centrale à béton."

Première diversification: les grues de chantiers qui permettaient la démolition de bâtiments. Depuis l’activité s’est muée en une expérience de pointe dans les engins de levage, particulièrement de grande capacité. Une expérience qui a valu à l’entreprise le dépôt de brevets spécifiques. Ces grues gigantesques qui déploient leur flèche à des dizaines de mètres de haut pour le montage des éoliennes au bord des autoroutes, par exemple, ce sont généralement des engins Dufour. Le groupe est devenu l’un des leaders européens du secteur avec plus de 600 éoliennes à son actif et 70% de part de marché. Cette technique se décline aussi dans la construction d’ouvrage d’art ("nous sommes d’ailleurs présents sur certains chantiers du Grand Paris", fait remarquer Dufour) ou d’usines, avec des implantations fixes en France (Paris, Dunkerque, Nantes et Lille).

"Au-delà de la technique de levage pour laquelle nous avons des engins de pointe, nous proposons une réelle prestation de service en gérant le projet de A à Z", note Dufour. La mise en place de telles grues nécessite parfois un charroi d’une quarantaine de semi-remorques, ce qui nécessite quelques précautions en termes de planification, de prévention, de coordination et d’autorisations.

Voies d’eau

À tel point que l’organisation de transports exceptionnels est devenue une activité à part entière au sein du groupe Dufour. "Au-delà de cette compétence très pointue, c’est aussi les questions de transports et de logistique que nous pouvons prendre en charge", fait remarquer Dufour. Le groupe est en effet très actif aussi dans les plateformes logistiques grâce à la proximité de l’Escaut. Une de ses filiales exploite une plateforme bimodale sur les bords de l’Escaut qui permet le transbordement de la voie d’eau vers la route et inversement pour du vrac, des pièces de grandes tailles ou des conteneurs.

300
millions
Le Groupe Dufour collecte aujourd’hui plus de 300 millions de tonnes de déchets en porte-à-porte pour le compte d’intercommunales mais aussi dans les industries et auprès de collectivités.

La Sodemaf assure aussi le stockage de produits. "C’est un outil majeur pour convaincre les entreprises locales d’utiliser la voie d’eau mais aussi pour attirer de nouveaux investisseurs dans la région", affirme Dufour, très impliqué dans le développement régional. Le groupe poursuit d’ailleurs ses investissements dans ce secteur, dans un deuxième port fluvial à Pecq où il se focalise sur les produits agroalimentaires.

Autre enchaînement naturel: après la démolition, le groupe s’est intéressé au traitement et à la revalorisation de ces déchets, puis à ceux des collectivités et des particuliers. Il collecte aujourd’hui plus de 300 millions de tonnes de déchets en porte-à-porte pour le compte d’intercommunales mais aussi dans les industries et auprès de collectivités. Des déchets qui sont traités dans le centre de tri de Marquain, mécaniquement ou manuellement. "C’est une activité qui demande beaucoup de main-d’œuvre peu qualifiée mais qui permet l’insertion dans le circuit professionnel et bien souvent, permet d’évoluer dans l’entreprise."

"Nous travaillons beaucoup avec les universités comme UCLouvain ou l’UMons, mais aussi avec des centres de recherches privés comme le centre Terre et Pierre sur la valorisation énergétique."
Frédéric Dufour
Patron du Groupe Dufour

Un projet de nouvelle usine de revalorisation de certains déchets sur son site de Marquain est par ailleurs dans les cartons du groupe à l’horizon 2021. Cette nouvelle unité produira notamment de l’énergie mise à la disposition de la région. Et dans la foulée, le groupe Dufour et quelques autres entreprises du coin tablent sur la construction d’un data center qui pourra absorber une bonne partie de cette énergie. "Nous travaillons beaucoup avec les universités comme UCLouvain ou l’UMons, mais aussi avec des centres de recherches privés comme le centre Terre et Pierre sur la valorisation énergétique", précise Dufour.

L’activité historique de fourniture de mazout et de carburant reste un vecteur important pour le groupe Dufour. "On garde un partenariat historique avec Total depuis près de 75 ans!", s’enorgueillit Dufour. L’entreprise livre aujourd’hui plus de 50 millions de litres de carburant par an à des clients industriels, pour le chauffage ou via des stations-services détenues en propre ou pour compte de tiers. "Mais nous avons une réflexion sur des pistes de transition pour réduire les énergies fossiles, laisse entendre Dufour. Je roule en voiture électrique alors que j’ai mes propres pompes…"

Pour retrouver les autres nominés au titre de "L'Entreprise de l'année" 2019 et "L'Entreprise prometteuse de l'année" 2019, rendez-vous dans notre dossier.

Trois frères et un cousin Dufour sont aujourd’hui à la tête du groupe, un par branche et un aux finances et à la gestion stratégique. Le partage des tâches et l’organisation interne ont été coulés dans une charte et les actions de l’entreprise sont concentrées dans les seules mains des actifs. "C’est une double manière d’éviter les conflits entre les membres de la famille. Et cela nous donne toute latitude pour privilégier le réinvestissement des bénéfices plutôt qu’une rentabilité à court terme."

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