Retour aux sources pour John Cockerill

©Anthony Dehez

Les prix de "L’Entreprise de l’année" et de "L’Entreprise prometteuse de l’année", organisés par EY, L’Echo et BNP Paribas, seront décernés le lundi 7 octobre. Qui succédera à Easyfairs et à Newpharma?

Pour ceux qui l’ignorent encore, on ne dit plus CMI mais bien John Cockerill. Depuis la mi-mai, le groupe serésien a en effet récupéré le nom de son fondateur, le célèbre industriel belgo-britannique. Histoire de se reconnecter à ses racines et de renouer avec un esprit d’entreprendre mal mis en évidence par un acronyme impersonnel. Et après tout, l’entreprise n’a-t-elle pas porté le nom de John Cockerill pendant plus de 150 ans, avant de se transformer en Cockerill Maintenance & Ingénierie, puis en CMI? "S’inspirer des choix posés par John Cockerill il y a deux siècles peut porter nos projets et nos choix stratégiques", fait valoir le CEO Jean-Luc Maurange.

Un petit rappel historique s’impose. Car John Cockerill est un groupe ancien, très ancien. Il a été fondé en 1817, avant même la création de la Belgique, lorsque l’entrepreneur rachète le château de Seraing, qui, aujourd’hui agrandi et rénové, est toujours le siège de la société.

Cockerill va devenir le fleuron économique de la région, avec la production de machines à vapeur, de locomotives, de navires, d’équipements sidérurgiques et de canons. Mais progressivement, c’est la production d’acier qui deviendra l’activité principale des établissements, dont la réputation est mondiale.

Un groupe indépendant

John Cockerill
  • Groupe fondé en 1817 à Seraing par John Cockerill. Création de la filiale CMI en 1982. Bernard Serin rachète la société en 2002.
  • Le chiffre d’affaires atteint 1,279 milliard d’euros (+ 98% depuis 2013).
  • Le résultat après impôts est passé de 9 millions d’euros en 2013 à 40 millions en 2018.
  • John Cockerill emploie près de 5.566 personnes.

Un premier tournant intervient en 1982. Dans la foulée de la formation de Cockerill Sambre, l’activité d’équipement est reléguée au statut d’une petite filiale d’un groupe coté, appelée CMI. Lorsqu’intervient la reprise de Cockerill Sambre par le français Usinor en 1998, l’équipement ne fait plus partie du core business. Désigné par Usinor pour prendre la direction des sites belges, Bernard Serin est chargé de trouver un repreneur pour CMI. En vain. En avril 2002, nouvelle évolution. Le français finit par racheter lui-même CMI avec son ancien partenaire, Pierre Meyers, pour en faire un groupe indépendant.

Dix-sept ans plus tard, le pari est gagné. Le chiffre d’affaires a été multiplié par cinq depuis 2002, pour atteindre près de 1,3 milliard en 2018. Même si son actionnaire principal est français, John Cockerill est une des très rares entreprises wallonnes à dépasser le milliard de chiffre d’affaires.

La société, dirigée depuis l’an passé par le franco-canadien Jean-Luc Maurange, est aujourd’hui un groupe mondial et diversifié, présent dans l’énergie, l’industrie, l’environnement et la défense. Un groupe installé en Belgique et en France, mais qui fait plus de 80% de son business en dehors de l’Europe.

De nouveaux créneaux

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Mais comme l’expliquait Bernard Serin avant de passer la main à son successeur, "nous avons le squelette, mais pas assez de viande autour". Un plan stratégique a donc été mis en place pour atteindre un chiffre d’affaires de 1,6 milliard en 2022, et même 2 milliards le plus rapidement possible par la suite.

Pour y arriver, l’entreprise s’est engouffrée dans de nouveaux créneaux, dont la production d’hydrogène propre, le stockage d’énergie, ou l’épuration des eaux usées des hôpitaux. "Notre ambition est que le pôle énergie renouvelable représente un quart à un tiers de notre activité", a souligné Jean-Luc Maurange lors de la récente inauguration, dans le centre-ouest de la Chine, d’une centrale solaire à concentration à sels fondus équipée d’un récepteur John Cockerill. "On a fait le pari osé de ne pas prendre le train du photovoltaïque et d’opter plutôt pour les centrales à concentration, ces grandes tours à miroirs réfléchissants", précise le CEO. Plusieurs autres centrales de ce type vont suivre, dans le désert d’Atacama au Chili, puis à Dubaï et en Australie.

Pour retrouver les entreprises qui étaient nominées au titre de "L'Entreprise de l'année" 2019 et de "La Scale-up de l'année" (Entreprise prometteuse de l'année) 2019, rendez-vous dans notre dossier.

Pour poursuivre sa croissance, John Cockerill, qui a repris ces dernières années quelques sociétés d’ingénierie dans le ferroviaire, pourrait également procéder à de nouvelles acquisitions. Le groupe mise par ailleurs beaucoup sur sa nouvelle plateforme d’innovation. Dotée d’un budget de 30 à 40 millions d’euros, cette initiative sans équivalent dans le monde industriel réunit un incubateur, un accélérateur et un fonds de participation dans des start-ups et des scale-ups industrielles.

Tous ces nouveaux vecteurs de croissance doivent pouvoir compenser la baisse attendue des contrats militaires, dont certains ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières années. Une polémique que le patron de l’entreprise espère voir ranger au niveau des souvenirs suite à l’accord de gouvernement en Région wallonne. Un CEO qui rappelle une fois de plus que les réorientations stratégiques prennent du temps et que les produits fabriqués par John Cockerill sont des équipements lourds dont la traçabilité est assurée.

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