250 "Liégeois" dépanneurs d'activités critiques

CE+T est le leader mondial des onduleurs modulaires, systèmes d’alimentation électrique de secours à destination d’entreprises qui ne peuvent se permettre une interruption d’activité. Dans son QG de Liège, elle assemble les composants. ©Anthony Dehez

Les onduleurs de CE+T équipent les Proximus, Solvay et Infrabel de ce monde. Le groupe vient de réaliser une importante acquisition. L’objectif? Garder sa place de leader mondial, tout en préparant l’arrivée de la 5G.

Tournant de taille pour CE+T. Début juillet, l’entreprise liégeoise a réalisé une importante acquisition en mettant la main sur le bruxellois GAI, boîte d’un million d’euros de chiffres d’affaires, travaillant à la vente, l’installation et la maintenance de systèmes industriels d’alimentation sans interruption (UPS) pour des clients comme IBM Belgique, AGC Glass Europe  (ex- Glaverbel), le consortium SNCB-Tractebel ou encore le groupe Solvay  .

CE+T

• Fondée en 1934 à Liège, l'entreprise est reprise par des employés fin des années 90.

• Sa mission? Faire en sorte que l'activité des entreprises continue quand l'alimentation électrique déraille.

250 employés environ.

40 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2017.

• Travaille pour de grands noms comme Infrabel, Proximus, Ores, Wallonie Data Center, l'aéroport de Charleroi, VOO, Infrax ou encore le centre d'étude de l'énergie nucléaire de Mol.

Laboratoires de recherche en Belgique, au Luxembourg et en Inde, pour des bureaux en Belgique, en Chine, en Inde, au Luxembourg et aux USA.

Ce qui l’explique pour l’entreprise fondée peu avant la Seconde Guerre mondiale, employant 250 personnes aujourd’hui? S’agit-il là de la conséquence de 2016, année où la firme a fait parler d’elle, empochant un prix d’un million de dollars de la part de Google  pour un de ses prototypes? Non, il en va plutôt de renforcer la présence de la firme en Belgique en empochant un portefeuille de plus de 100 clients, nous explique-t-on, couplée à une équipe bilingue, bonne manière pour CE+T de se renforcer au nord du pays, elle qui officie depuis le zoning de Wandre (Liège).

Ce qui n’empêche que ce prix a résolument "joué sur la motivation de notre personnel, de même qu’il a permis de mettre en avant notre entreprise auprès des jeunes ingénieurs de la région liégeoise", sourit Robert Eyben, administrateur délégué, visiblement satisfait du résultat d’un long travail dont le fruit a été redistribué entre les employés.

Après tout, ses équipes étaient en concurrence avec celles de Schneider Electric  , de centres de recherche et laboratoires du monde entier comme la Fraunhofer-Gesellschaft, ou encore d’universités "avec des budgets de recherche annuels dix fois supérieurs à notre chiffre d’affaires". Mais voilà, des 2.000 équipes inscrites, 100 dossiers techniques rendus pour 18 sélectionnés, quatre appareils fonctionnaient encore après une heure, dont celui de CE+T. "Cela a représenté un investissement important pour nous, mais la Région wallonne nous a soutenus en couvrant une partie des dépenses engagées."

Leader mondial dans sa niche

CET+T emploie plus de 250 personnes et cherche à attirer de nouveux talents, notamment du milieu universitaire. ©Anthony Dehez

En fait, si l’entreprise liégeoise n’a pas été plus prédatrice – une attitude pourtant importante pour éviter de voir partir certains marchés – jusqu’à aujourd’hui, c’est notamment parce que l’"on a déjà tellement de boulot, avec une petite équipe, que l’on y était probablement pas trop attentif", explique le patron. Et pour cause, CE+T, pour "Constructions Electroniques + Télécommunications" est déjà en l’état leader mondial, "et de loin", sur le marché des onduleurs modulaires, systèmes assurant une alimentation électrique de secours pour des entreprises qui ne peuvent se permettre d’arrêter leur activité.

"Même si la 5G venait à ne pas se généraliser, il y en aura tout de même. Alors, autant être de ceux qui vont la fournir plutôt que parmi les autres."
Robert Eyben
Administrateur délégué de CE+T

En bref, l’entreprise assemble – et donc achète les composants dont elle a besoin – "des équipements et dispositifs permettant d’alimenter des appareils électriques (critiques) en courant alternatif à partir d’une source électrique sécurisée avec des batteries", résume Quentin Benfante, chargé de communication. Les secteurs concernés sont nombreux et vont des télécommunications à la finance, en passant par l’industrie pétrolière par exemple, avec des clients bien connus comme Infrabel, Proximus  , Ores, Wallonie Data Center (WDC), l’aéroport de Charleroi, VOO, Infrax  ou encore le centre d’étude de l’énergie nucléaire de Mol.

Robert Eyben, administrateur délégué de CE+T. ©Anthony Dehez

Une niche, certes, mais lucrative, qui représente un chiffre d’affaires supérieur à 40 millions d’euros pour cette activité historique d’alimentation de puissance qui "a évolué au fil du temps" vers une plus grande diversification. D’un marché "purement télécoms à l’origine" – et donc mature –, CE+T tire désormais 60% de ses revenus d’activités liées aux data centers télécoms "dont personne n’aurait même cité le nom il y a 20 ans d’ici", à l’industrie, aux centres commerciaux, aux chemins de fer, aux métros et aéroports, ou encore à de plus petites applications comme la sécurisation de feux routiers particulièrement critiques à certains endroits. Autant de nouvelles cordes à un arc en forte croissance.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les télécoms ont dit leur dernier mot. Au contraire, à l’aube du déploiement de la 5G qui nécessitera des changements au niveau des infrastructures des opérateurs et donc des investissements massifs de leur part. "Même si cela n’a pas encore d’effet pour le moment, cela va changer la donne", souligne Quentin Benfante, avec l’arrivée des voitures autonomes et l’explosion des services cloud notamment.

En effet, "avec la 5G, on est dans des ordres de grandeur très différents en termes de bande passante et de rapidité de transfert de données" que ce qui prévaut actuellement, abonde Robert Eyben. Et, "partant de zéro, même si la technologie venait à ne pas se généraliser, il y en aura tout de même (une réponse aux critiques de certains quant à la viabilité économique de l’internet mobile ultra-rapide, NDLR). Alors, autant être de ceux qui vont la fournir plutôt que parmi les autres", lance le patron qui pointe déjà des opérations pilotes en cours dans différents endroits, menées main dans la main avec les opérateurs.

Aventure remontant à… 1934

Mais d’où vient donc cette pépite liégeoise? L’aventure a commencé en 1934 déjà lorsque Joachim Frenkiel, professeur à l’Université de Liège, a fondé l’entreprise restée familiale jusque dans les 70. Les avancées technologiques se sont succédé, avant de déboucher sur quelques difficultés.

CE+T est là pour assurer aux entreprises qu'un courant passe toujours pour leurs activités. ©Anthony Dehez

CE+T est alors vendue au patron liégeois Yvan Paque, à titre privé, qui la gardera en sa possession une dizaine d’années, avant de la revendre à Meusinvest (95%) et Robert Eyben (5%) – un ancien de la FN – pour pouvoir réinvestir dans ses activités personnelles. Là, la piste d’un adossement à un grand groupe est évoquée, avant d’échouer. "C’est alors que nous avons convaincu Meusinvest d’un management buy-out" par plusieurs cadres de l’entreprise, explique Robert Eyben. On est en 1999.

Aujourd’hui, ils en détiennent toujours 78%, quand Meusinvest est redescendue à 5%, le reste étant entre les mains de la SRIW "qui nous a aidés à grandir à un moment donné et à remettre de l’ordre dans la structure". Car force est de constater que l’entreprise "a vécu des moments très difficiles. On est descendu jusqu’à 45 personnes". Et pour cause, "95% de notre activité – 100 millions de francs belges de chiffre d’affaires étaient sur le marché belge avec un seul opérateur qu’était alors Belgacom".

Un passé lointain quand on sait que CE+T compte à présent des laboratoires de recherche en Belgique, au Luxembourg et en Inde, pour un effort en R&D "largement au-dessus des 10% du chiffre d’affaires". Une cinquantaine de personnes s’y attèlent dont dix se concentrant sur des solutions liées à la 5G – après tout, l’entreprise "travaille avec la plupart des équipementiers significatifs, mais aussi avec les plus gros opérateurs télécoms". Côté opérationnel, elle dispose de bureaux en Belgique, en Chine, en Inde, au Luxembourg et aux USA, mais aussi de commerciaux sur le terrain en Australie, en Malaisie, en Turquie, en Russie, en Angleterre et en France notamment.

Bref, pas besoin de rougir face aux géants. Pour continuer sur cette lancée, "on a beaucoup de contacts avec les universités, explique Robert Eyben. On essaie d’accueillir un maximum de doctorants et d’étudiants en travail de fin d’étude, des ingénieurs de chez nous donnent cours… Tout cela en vue de créer une dynamique autour de l’électronique de puissance, domaine a priori moins sexy que l’informatique pure".

Une stratégie qui se tient puisque "des gens convaincus, et c’est encore plus vrai auprès des jeunes, nous rejoignent de par notre préoccupation pour les rendements énergétiques, couplée à une ouverture sur comment fait-on mieux en la matière, mais aussi autrement".

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