CMI se lance dans le stockage d'électricité

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CMI a décidé de se lancer dans le stockage d’énergie, un business dans lequel il ambitionne de réaliser 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici quelques années. Pour ce faire, il a construit Miris, une installation pilote grandeur nature, à Seraing.

Les travaux s’achèvent, au siège de CMI, à Seraing. Pas moins de 2 MWc de panneaux solaires ont été installés sur les halls industriels, mais aussi sur des ombrières de parking. "Une question de visibilité", confie spontanément Régis Frankard, président de la nouvelle business unit energy storage de CMI. Ces panneaux vont être connectés à un parc de batteries de plus de 3 MWh ainsi qu’à un système de gestion de l’énergie développé par l’ULiège, qui décidera si l’électricité produite doit être consommée, stockée ou envoyée sur le réseau, en fonction de l’état des batteries, du coût de l’électricité ou des prévisions météo.

L’objectif de la société belge de maintenance et d’ingénierie en développant ce projet, baptisé Miris? "Disposer d’une installation pilote grandeur nature qui soit à la fois une vitrine et un outil de test", répond Jean-Michel Gheerardts, président de CMI Energy.

10 millions €
Le projet Miris, c’est un investissement de près de 10 millions d’euros, qui doit être à la fois une vitrine et un outil de test pour CMI.

Car CMI a décidé de faire du stockage d’électricité un nouveau business. Et il est plutôt ambitieux dans ce domaine. "Quand nous avons développé le solaire, nous sommes passés en quatre ans de zéro à 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Notre objectif est d’atteindre assez vite un niveau similaire", indique Jean-Luc Maurange, qui a succédé à Bernard Serin comme CEO de CMI au début de l’année.

La pièce manquante du puzzle

"Quand je fais de la veille de marché, il est clair que le stockage par batterie est la pièce manquante du puzzle dans la transition énergétique", explique Yoshie Yonekura, marketing & business development manager chez CMI. Un sujet qu’elle a eu l’occasion de présenter à Bernard Serin en mars 2016, lors du comité de développement mis en place pour promouvoir l’innovation, organisé tous les trois mois. "Une fois la présentation terminée, Bernard Serin s’est tourné vers les présidents de secteur de l’époque et leur a demandé: ‘Que fait-on maintenant?’ En juillet, une task force était créée avec des experts internes et externes pour étudier le marché potentiel et mettre au point une stratégie de lancement", raconte Yoshie Yonekura.

"Quand nous avons développé le solaire, nous sommes passés en quatre ans de zéro à 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Notre objectif est d’atteindre assez vite un niveau similaire."
Jean-Luc Maurange
CEO de CMI

Début 2017, CMI décide de mettre sur pied une business unit consacrée au stockage de l’énergie et de lancer le projet Miris. Un investissement de près de 10 millions d’euros, mais que CMI compte bien récupérer en une petite dizaine d’années – grâce aux économies d’énergie, aux services qu’il devrait vendre au réseau, aux certificats verts et à des subsides venus de la Région wallonne mais aussi du Fédéral. La partie test du projet Miris, Metis, fait en effet partie des projets retenus cette année pour un financement par le fonds de transition énergétique fédéral.

Une bonne partie des panneaux photovoltaïques devrait être connectée cette semaine au réseau, les différents types de batteries vont suivre, et l’installation sera opérationnelle avant la fin de l’année.

"Nous allons pouvoir utiliser Miris pour dimensionner des micro-réseaux chez nos clients, en simulant leur profil de consommation sur plusieurs années, souligne Régis Frankard. Nous allons aussi pouvoir tester le système en ‘offgrid’, ce qui est très important pour pouvoir équiper des villages éloignés ou des installations minières qui ne sont pas desservis par le réseau."

"Nous allons pouvoir utiliser Miris pour dimensionner des micro-réseaux chez nos clients, en simulant leur profil de consommation sur plusieurs années."
Régis Frankard
président de la nouvelle business unit energy storage de CMI

Car l’Afrique est, avec l’Inde, un des premiers marchés visés par CMI – pas les grandes villes, mais bien des villes de quelques dizaines de milliers d’habitants qui ne sont pas connectées au réseau ou desservies par un réseau défaillant.

Avec ses solutions de stockage, CMI veut remplacer les générateurs diesel ou réduire au maximum leur consommation. Autres applications: aider à augmenter l’autoconsommation d’énergies renouvelables; favoriser l’intégration des renouvelables dans les pays où les réseaux sont faibles, en compensant les variations brusques de la production photovoltaïque ou éolienne, et enfin réguler la fréquence du réseau.

Nouveaux business

L’innovation, CMI y accorde beaucoup d’attention. "Ces quatre, cinq dernières années, nous avons développé une activité de centrales thermo-solaires qui a trouvé très rapidement son marché, avant même que nous n’ayons réalisé un pilote, rappelle Jean-Luc Maurage, le nouveau CEO de CMI. C’était assez exceptionnel, avec une activité très risquée d’un point de vue technologique. L’entité est passée rapidement de la task force à la business unit, qui a employé un moment donné plus de 580 personnes, puis les projets se sont décalés dans le temps, suite aux difficultés d’un de nos partenaires, Abengoa, qui ont un peu freiné notre développement. Mais tout repart très bien, puisque nous allons faire une centrale de ce type en Chine, et que nous espérons décrocher un contrat au Moyen-Orient."

Autre domaine dans lequel CMI s’est lancé: la simulation en matière de maintenance, en vue de former les équipes. "Nous sommes partis de notre activité de défense, où nous utilisions la simulation pour l’entraînement, et nous l’avons appliqué au domaine ferroviaire, ce qui nous a amenés à acheter Transurb à la SNCB. C’est un nouveau business pour CMI, mais qui n’a pas encore trouvé sa voie propre: il reste un attribut que nous vendons avec le produit", explique Jean-Luc Maurange.

"Ces quatre, cinq dernières années, nous avons développé une activité de centrales thermo-solaires qui a trouvé très rapidement son marché, avant même que nous n’ayons réalisé un pilote."
Jean-Luc Maurange
CEO de CMI

Les deux autres nouvelles activités de CMI: le stockage d’énergie et la production d’hydrogène pour le transport. L’entreprise installée à Seraing a en effet annoncé, le 11 juillet dernier, une collaboration avec Liege Airport pour équiper l’aéroport d’une installation de production d’hydrogène susceptible d’alimenter la flotte de véhicules de l’aéroport mais aussi d’autres entreprises actives sur le site. Là aussi, l’idée est de disposer d’un pilote pour vendre ensuite ce type de solutions à d’autres clients. "C’est, avec le stockage d’énergie, un domaine où nous comptons avoir une attitude offensive, là où les acteurs bien établis comme Engie Electrabel ou EDF entrent dans ces nouveaux business de manière plutôt défensive. Ce n’est pas Accor qui a inventé Airbnb, pas General Motors qui a imaginé la Tesla, et pas Wallmart qui a créé Amazon", déclare Jean-Luc Maurange.

De quels atouts CMI estime-t-il disposer pour faire la différence face à de plus gros que lui? "De capacités d’ingénierie, de capacités technologiques, d’une compétence pour financer des projets et d’une implantation à l’international, avec davantage d’agilité qu’un grand groupe", répond le CEO.

Un incubateur, aussi

En parallèle, le groupe travaille à la mise sur pied d’un incubateur, qui devrait voir physiquement le jour d’ici la fin de l’année, et dont le financement sera majoritairement assuré par CMI. "Nous sommes à la recherche de pépites dans des domaines d’activités qui peuvent nous intéresser, indique Jean-Luc Maurange. À terme, nous pensons soutenir 6 à 10 projets, tout en ouvrant cet incubateur à d’autres start-up locales, wallonnes mais aussi luxembourgeoises, françaises voire allemandes."

"Nous sommes à la recherche de pépites dans des domaines d’activités qui peuvent nous intéresser."
Jean-Luc Maurange
CEO de CMI

Un exemple? ALX Systems, une start-up liégeoise qui s’est inspirée du système d’orientation utilisé par les chauves-souris pour rendre les drones autonomes. Elle a levé 1 million d’euros, dont un gros quart a été apporté par CMI. "Comme le montre notre château, ce groupe a 200 ans d’existence. Mais cela, c’est le passé, et nous voulons nous assurer 200 ans d’avenir. C’est pour cela que nous voulons multiplier les portes d’entrée en matière d’innovation, même si nous avons une contrainte forte: nous sommes une société familiale, non cotée, qui doit tout réaliser sur ses fonds propres."

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