Claude Desama: "À terme, une fusion entre Ores et Resa est inévitable"

Claude Desama est aujourd'hui administrateur de la Fédération européenne des entreprises locales d’énergie. ©Debby Termonia

Dans une note adressée à Elio Di Rupo (PS) et au ministre wallon de l'Énergie, Philippe Henry (Ecolo), l'ancien président d'Ores et ex-bourgmestre de Verviers, Claude Desama, fait le point sur la situation actuelle de la distribution d'électricité et de gaz en Wallonie et appelle à conduire plusieurs réformes.

Ancien président d'Ores, le principal gestionnaire de réseaux de distribution d'énergie (GRD) wallon, ex-député européen et bourgmestre de Verviers pendant plus de dix ans, Claude Desama reste, depuis sa retraite, une figure incontournable du secteur de l'énergie dans le sud du pays. Actuellement administrateur de la Fédération européenne des entreprises locales d’énergie, l'ancien ponte du PS liégeois garde un œil attentif sur la distribution d'électricité et de gaz en Wallonie et cherche toujours à faire entendre sa voix.

Aujourd'hui, c'est par une note adressée au ministre-président de la Région wallonne, Elio Di Rupo (PS), et au ministre wallon de l'Énergie, Philippe Henry (Ecolo), qu'il dresse un constat d'urgence et y mêle plusieurs propositions de réformes concrètes afin de faire entrer les GRD wallons dans la modernité.

Quel constat faites-vous du secteur de la distribution d'énergie en Wallonie?

"Nous sommes à la veille d’une révolution importante pour les GRD."
Claude Desama
Ancien président d'Ores

Je constate que nous sommes à la veille d’une révolution importante pour les GRD. Aujourd’hui, avec la transition énergétique, on va voir augmenter la part de fourniture d’électricité qui vient de sources renouvelables qui sont, par définition, intermittentes. Le réseau qui a été construit sur base d’une fourniture constante va devoir s’adapter. Et il n'est pas tout à fait prêt. Par conséquent, des solutions comme la mise en place d'un système permettant de régler la circulation d’électricité via l’intelligence artificielle (smart grid) devront être mises en place, mais cela demande d’importants investissements financiers et humains. Ensuite, l’autre grande tendance est la digitalisation croissante de l’activité des GRD. La gestion digitale des données devient primordiale. Les GRD vont devoir s’y habituer et développer des applications et des échanges avec les consommateurs.

Sommes-nous préparés à ces révolutions informatiques et digitales?

On peut se poser plusieurs questions. Nos GRD disposent-ils de la taille critique nécessaire pour conduire ces transformations? Comment adapter la tarification de manière à ce que la charge soit équitablement répartie et que le consommateur paye le juste prix? Enfin, il faut aussi se demander ce que l’on fait des prosumers (les consommateurs qui sont aussi producteurs d'énergie, NDLR) alors que l’Europe va interdire les compteurs qui tournent à l’envers d’ici peu. Nous ne sommes, à l’heure actuelle, pas très loin dans la réflexion.

"Nous ne sommes, à l’heure actuelle, pas très loin dans la réflexion."
Claude Desama
Ancien président d'Ores

À qui adressez-vous votre note?

Je l’ai adressée à Elio Di Rupo en tant que ministre-président de la Région wallonne. J’ai d’ailleurs eu un contact avec son cabinet depuis. Je l’ai également envoyée à Philippe Henry, dont je n’ai aucune nouvelle. Ce silence radio m’étonne un peu venant d’un "apôtre" de la transition énergétique. Plusieurs questions se posent pourtant pour lui. Il faut notamment trouver des solutions pour ne pas continuer de verser des subventions permanentes à ceux qui installent des énergies renouvelables. L’Europe compte y mettre fin. Il va aussi falloir offrir des garanties aux prosumers concernant la vente de l’électricité qu’ils produisent. Un système de prix garantis serait souhaitable. À ce sujet, nous avons une guerre de retard et l’impulsion devrait venir du politique. Il revient au gouvernement wallon de définir une politique énergétique pour le long terme. C’est pour cette raison que j’ai rédigé cette note.

Dans cette note, vous encouragez un rapprochement entre Ores et Resa…

"Il est primordial de faire en sorte que les organes qui distribuent l’électricité en Wallonie disposent de la taille critique pour faire face aux défis de l’avenir."
Claude Desama
Ancien président d'Ores

Il est primordial de faire en sorte que les organes qui distribuent l’électricité en Wallonie disposent de la taille critique pour faire face aux défis de l’avenir. Comme le dit l'accord de gouvernement wallon, il y a un intérêt pour un rapprochement plus étroit entre Ores et Resa. On sent que la collaboration existe entre les deux sociétés mais de façon mineure. Je propose donc deux voies possibles. D’abord, la fusion pure et simple des GRD, qui est l’option la plus simple selon moi, même si cela s'annonce très compliqué politiquement. L’autre option serait de se calquer sur le modèle flamand. Eux n’ont pas réussi à fusionner les GRD mais ils ont installé un opérateur unique, Fluvius, qui joue le rôle de filiale commune à tous les GRD.

Pour moi, la fusion est souhaitable et, à terme, inévitable.

Quelles autres réformes préconisez-vous?

Au niveau des tarifs, je propose un dispositif introduisant la notion d’abonnement au réseau. Tous les ménages et les entreprises devraient obligatoirement s’affilier au réseau. Ce serait une sorte d’assurance contre les risques d’intermittence des énergies renouvelables. Ensuite, je pense utile de fixer une taxe prosumer qui soit exclusivement capacitaire. C’est-à-dire que cette taxe varierait en fonction de la capacité installée en matière d’éolien ou de photovoltaïque. Aussi, vu la disparition programmée du compteur qui tourne à l’envers, je prône la mise en place de contrats différenciés qui donneraient un prix garanti aux prosumers pour la vente de leur électricité au réseau. Enfin, je propose d’anticiper la disparition des tarifs sociaux en les remplaçant par une allocation énergétique. À cela, j’ajoute la suggestion d’utiliser le montant de la taxe prosumer pour financer un fonds d’innovation qui permettrait aux GRD de développer les smart grids et les compteurs intelligents.

"Le système qui consiste à tout faire payer par le consommateur a ses limites."
Claude Desama
Ancien président d'Ores

Les GRD ne sont-ils pas à même de réaliser ces investissements?

Ce sera très difficile, compte tenu du conflit entre Ores et Resa. Même avec une taille critique plus grande, il reste difficile d’y faire face. On n’imaginerait pas de faire payer aux automobilistes la réfection des autoroutes. Le système qui consiste à tout faire payer par le consommateur a ses limites.

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