Des Qataris prêts à investir dans des centrales au gaz belges

La centrale au gaz de Vilvorde. ©IMAGEGLOBE

BTK, un gestionnaire d’actifs basé au Luxembourg, est en train de finaliser l’acquisition des centrales de Vilvorde et de Langerlo. Son objectif? Installer 4 nouvelles centrales au gaz de 870 MW en Belgique.

Un joueur inattendu déboule dans la partie qui va se jouer dans les prochaines années autour des centrales au gaz en Belgique. Son nom? BTK, une nouvelle société basée au Grand-Duché de Luxembourg. "Il y a derrière quatre personnes, dont je suis, explique Marc Segers, un Belge qui a travaillé pour Besix et est basé au Qatar. Nous avons 12 milliards d’euros à investir en Europe dans l’énergie. Une grosse partie de ces fonds vient de producteurs de gaz au Moyen-Orient, mais aussi de banques suisses et américaines ou, pour une petite partie, d’investisseurs privés."

"Nous regrettons cette communication unilatérale."
Kathleen Dewulf
chief operating officer de Global Estate Group

Et ce nouveau joueur ne manque pas d’ambition. "Nous sommes en train de finaliser l’acquisition des sites de Vilvorde et de Langerlo via la société EG Luxembourg, dont je serai le patron et qui gérera nos activités en Belgique. L’objectif? Installer deux nouvelles centrales au gaz de 870 MW chacune à Langerlo et deux autres de 870 MW chacune également à Vilvorde, en remplacement des centrales existantes."

Langerlo et Vilvorde sont deux anciennes centrales d’Electrabel. Pour des raisons de concurrence, il a dû les vendre il y a des années à l’Allemand E.ON. Langerlo est aujourd’hui dans les mains du développeur immobilier Global Estate Group, qui confirme que des discussions sont en cours, mais souligne qu’aucun accord final n’a été signé sur une vente éventuelle. "Nous regrettons cette communication unilatérale", commente Kathleen Dewulf, chief operating officer de Global Estate Group. Vilvorde, elle, est dans les mains du trader d’énergie bulgare Energy Market, qui évoque des discussions pour la vente du site "dans une phase finale".

Le montant total de l’investissement prévu par BTK? 2,5 milliards d’euros, pour installer près de 3,5 GW de nouvelles centrales au gaz – soit la quasi entièreté des besoins en nouvelles centrales au gaz estimés par Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension, suite à la fermeture du nucléaire

"La différence, c’est que notre business plan ne tient pas compte du CRM, le mécanisme de rémunération des capacités que la Belgique s’apprête à mettre en place."
Marc Segers

Or, d’autres projets existent: la centrale néerlandaise Claus C, d’une capacité de 1,3 GW, basée juste de l’autre côté de la frontière, a annoncé son intention de se connecter au réseau électrique belge. Electrabel expliquait il y a peu examiner plusieurs projets de nouvelles centrales au gaz, notamment à Amercœur, mais aussi à Vilvorde, où il est encore propriétaire d’un terrain à côté de la centrale existante. L’Allemand RWE examine lui aussi plusieurs options. Sans oublier le projet de Dils-Energie, dans le Limbourg.

"La différence, c’est que notre business plan ne tient pas compte du CRM, le mécanisme de rémunération des capacités que la Belgique s’apprête à mettre en place, réagit Marc Segers. Bien sûr, si nous pouvons en bénéficier, nous nous en réjouirons, mais notre projet tient la route sans, grâce à des prix du gaz garantis sur le long terme." En clair, du gaz naturel liquéfié (GNL) venu du Qatar.

Beaucoup de points d’interrogation

L’arrivée de ce nouveau venu pourrait changer la donne, en rendant plus concurrentiel le système d’enchères qui doit être réalisé dans le cadre du CRM. "En outre, nos installations seront les plus écologiques au monde: elles seront prêtes pour faire de la capture de CO2 et de NOx, que nous allons essayer de retransformer en d’autres produits, comme de l’éthanol", promet Marc Segers.

La ministre de l’Énergie, Marie Christine Marghem (MR) qualifie cette annonce d'"excellente nouvelle pour la transition énergétique, la sécurité d’approvisionnement et pour les investissements dans des alternatives au nucléaire".

Mais dans le secteur, beaucoup ne cachent pas leur perplexité. BTK comme EG Luxembourg sont inconnus au bataillon. "Nous attendons de voir. Cela semble trop beau pour être vrai", glisse un concurrent potentiel.

Le site de Vilvorde, et en particulier sa connexion au réseau à haute tension d’Elia, ne permettrait pas, en l’état, d’accueillir deux centrales de 870 MW. À Langerlo également, des études de faisabilité doivent encore être réalisées.

Mais cette annonce quelques jours avant les élections ne relève vraisemblablement pas du hasard: la prolongation ou non de certains réacteurs nucléaires pourrait être un point des négociations lors de la formation de la prochaine coalition. Faire savoir aujourd’hui que des investisseurs sont prêts à investir massivement dans de nouvelles centrales au gaz n’est donc pas anodin.

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