Des centaines de plaintes d'ex-clients de Belpower

©Nima Ferdowsi

Les plaintes s’accumulent contre le fournisseur d’électricité Belpower, chez Test-Achats, à la Cwape mais surtout auprès du médiateur fédéral. Le principal motif de réclamation? Des notes de crédit non remboursées. Ils devront encore patienter, répond le liquidateur de l’entreprise.

Depuis le début du mois, pas moins de 28 anciens clients de Belpower se sont manifestés sur le site de Test-Achats, et 25 sur celui de Test-Aankoop. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. "Nous recevons actuellement une vingtaine de plaintes par jour concernant Belpower, indique Philippe Devuyst, médiateur fédéral de l’énergie. En milieu de semaine dernière, nous avions déjà 461 plaintes encodées les concernant depuis le début de l’année. C’est énorme. Nous en avions enregistré 80 sur toute l’année 2017, où d’importants problèmes de facturation sont apparus. En 2016, il n’y avait que 18 plaintes les concernant."

Le principal motif de réclamation des anciens clients de l’entreprise? Des notes de crédit non remboursées, après un décompte annuel en faveur du client. Mais ce n’est pas le seul problème."Certains clients se plaignent aussi de factures d’acompte pour le mois de juillet, alors que l’entreprise a cessé ses activités de fourniture d’électricité, ou de décomptes annuels où les provisions ne sont pas décomptées du montant dû, mais bien additionnées", explique Philippe Devuyst.

Des plaintes ont aussi été adressées à la Cwape. "Il s’agit généralement de propriétaires de panneaux photovoltaïques qui avaient passé avec Belpower un contrat de rachat pour leurs certificats verts, explique Stéphanie Grevesse, porte-parole du régulateur wallon. Ils ont transféré, comme d’habitude, leurs certificats verts vers le compte de Belpower, mais n’ont pas été payés, et demandent comment récupérer ces certificats verts. Une opération technique permet de le faire, mais acheteur et vendeur doivent être d’accord, or Belpower est très difficile à contacter. Nous les avons donc retirés de la liste des acheteurs potentiels."

"Il s’agit généralement de propriétaires de panneaux photovoltaïques qui avaient passé avec Belpower un contrat de rachat pour leurs certificats verts."
Stéphanie Grevesse
porte-parole de la Cwape


En liquidation

Le fournisseur d’électricité basé à Bruxelles, qui comptait un peu plus de 13.000 clients répartis dans les trois Régions du pays, est en liquidation. Son call center ne répond plus, il faut s’adresser à lui par e-mail.

En 2017, montrent ses comptes déposés à la Banque nationale, il a réalisé 14,7 millions d’euros de chiffre d’affaires et une perte nette de près de 3,5 millions d’euros. L’entreprise explique ses déboires par un changement d’opérateur IT, en juin 2017. De gros bugs s’en sont suivis, avec certains clients qui ne recevaient plus leurs factures de provisions, et l’impossibilité pendant des mois, pour Belpower, d’émettre les factures annuelles de régularisation. Résultat: l’argent dû par Belpower aux gestionnaires de réseau était bien supérieur à ses recettes.

"Une décision de remboursement total ou partiel ne pourra être prise que lorsque tous les actifs auront été réalisés et tout le passif fixé."
Nicolas van der Borght
Liquidateur de Belpower

Début juin, Belpower a jeté l’éponge et décidé d’arrêter ses activités. Ses clients ont été transférés vers le fournisseur par défaut, ou s’en sont choisi un nouveau. Près d’un tiers d’entre eux ont opté pour Mega, qui leur a fait une offre spécifique.

Mi-juin, un liquidateur a été désigné. "Une décision de remboursement total ou partiel des clients ne pourra être prise que lorsque tous les actifs auront été réalisés et tout le passif fixé" indique Nicolas Van de Borght, le liquidateur. Un travail qui, indique-t-il, devrait être probablement terminé en octobre.

"Les factures de clôture pour les clients qui étaient encore chez nous quand nous avons cessé nos activités doivent encore être faites, précise Nathalie Geschier, administratrice déléguée de l’entreprise. Ce n’est qu’une fois ces factures émises que nous pourrons faire une balance des comptes pour chaque client. Au liquidateur, ensuite, à décider s’il peut les rembourser. Nous faisons tout pour que cela se passe au mieux, et que les clients soient le moins lésés possible."

Les chances qu’ils récupèrent la totalité de leur dû semblent toutefois minces. Au 31 décembre 2017, Belpower affichait pour plus de 7 millions de dettes, pour un actif total de 5 millions.

La maison mère aussi en position délicate

Reibel, la maison mère de Belpower, a décidé de vendre ou de louer la Reibel House, ce bâtiment basse énergie qui combine siège et entrepôts construit le long du canal, à Bruxelles et inauguré en 2013. Des discussions sont en cours avec un acquéreur potentiel, explique Knight Frank, qui a été chargé du dossier.

C’est que la maison mère de Belpower est aussi en position délicate. Le décès de son administrateur délégué, Giovanni Esposito, en septembre 2017, n’y est sans doute pas étranger. "Ces derniers mois, j’ai dû arranger tout ce qui était administratif et ressources humaines, explique Nathalie Geschier, son épouse, qui était déjà active dans l’entreprise et a pris le relais comme administratrice déléguée. Mais par la force des choses, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour le développement, et j’ai passé dans les comptes une perte importante liée au passé."

Reibel a clôturé son exercice 2017 sur une perte de 4 millions d’euros, sur un chiffre d’affaires de 2,3 millions. Les prestations de logistique et d’entreposage ont fortement diminué, explique l’entreprise dans le rapport déposé avec les comptes à la Banque nationale. Les réalisations de transport pour les Nations-Unies ont également été très faibles. Pour ne rien arranger, il y a eu les sanctions sur les dossiers russes – le groupe logistique avait conclu des contrats avec des entreprises russes pour la livraison de machines allemandes qui sont utilisées dans la production d’hélicoptères.

Mais le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale lui a refusé à deux reprises les licences d’exportation.

"Reibel continue ses activités, mais étant donné que Belpower n’occupe plus les bureaux et que nous avions construit ce bâtiment sur la base de business plans qui tablaient sur un essor qui n’est pas arrivé, nous sommes prêts à nous relocaliser dans un endroit plus en phase avec nos besoins", explique Nathalie Geschier.

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