Elia candidat au réseau électrique grec

Parmi les défis: une extension du réseau estimée à 2,5 milliards d’euros, notamment vers les îles grecques. ©ORESTIS PANAGIOTOU/BELGA

La privatisation du réseau grec de transport d’électricité entre dans sa dernière ligne droite. Quatre candidats, dont le Belge Elia, mais aussi ses homologues italien et chinois, ont été retenus.

Le groupe Elia, qui gère le réseau de transport d’électricité en Belgique, est candidat au rachat des 11.300 kilomètres de lignes à haute tension en Grèce. Et il figure dans la ‘short list’des candidats retenus. Comme pour le rachat du réseau allemand 50 Hz, il y a quatre ans, Elia ne s’est pas embarqué seul dans l’opération, mais a choisi de travailler en tandem avec le fonds australien IFM. "Nous confirmons être candidat au rachat du réseau grec, réagit Barbara Verhaegen, porte-parole d’Elia. Nous sommes actuellement dans la phase de due diligence."

Les rivaux d’Elia et de son partenaire australien? PSP, un des plus grands gestionnaires de fonds pour les caisses de retraite au Canada, et deux autres gestionnaires de réseau, le Chinois SGCC (State Grid Corporation of China) d’une part, et l’Italien Terna d’autre part. Un cinquième investisseur, un gestionnaire de réseau indien, avait aussi marqué son intérêt, mais il n’a pas été retenu par le vendeur. Les candidats sélectionnés doivent introduire une offre liante dans les prochaines semaines. Le gouvernement grec aurait, dans une estimation préliminaire, valorisé l’entreprise à 1,5 milliard d’euros.

Les objectifs d’Elia, qui ne cache pas ses ambitions à l’international? Financiers d’abord, mais aussi stratégiques. "Nous voulons élargir le rôle que nous jouons au niveau européen pour renforcer notre positionnement de leader dans tout ce qui est transport d’électricité onshore et offshore", explique Barbara Verhaegen.

La privatisation du réseau à haute tension d’électricité en Grèce est lancée depuis de longs mois. Elle ne fait pas partie de la liste des privatisations imposées par les bailleurs internationaux du pays. Mais il s’agit d’une exigence de la libéralisation européenne, qui impose de séparer la production et la fourniture d’électricité de la gestion du réseau.

Le principal opérateur public dans l’électricité en Grèce, le groupe énergétique PPC (Public Power Corporation), a dès lors créé une filiale spécifique, ADMIE, pour y loger son réseau à haute tension. Il va maintenant en céder 66% à un investisseur privé, l’État grec prenant les 34% restants.

À noter que cette opération est un préalable à la privatisation de PPC, qui est toujours à 51% dans les mains des pouvoirs publics grecs. Une privatisation qui, elle, fait bien partie de la longue liste des mesures imposées à la Grèce par la troïka des créanciers, l’Union européenne, la BCE et le FMI. Les syndicats s’opposent à cette opération, et ne sont pas non plus ravis de la scission d’ADMIE. Le mois dernier, l’occupation d’une série de centrales électriques a provoqué des coupures d’électricité tournantes: des parties du pays ont dû être déconnectées tour à tour pour éviter un effondrement du réseau, l’offre d’électricité n’étant pas suffisante pour répondre à la demande.

D’autres défis attendent les nouveaux propriétaires du réseau grec. Le gouvernement estime que d’importants investissements dans des lignes à haute tension vers les pays voisins et des liaisons vers les îles grecques sont nécessaires. Une extension du réseau estimée à 2,5 milliards d’euros par le ministre grec de l’Energie.

En haut de la liste de ces souhaits: des connexions entre le continent grec et la Crète ainsi que les Cyclades. Beaucoup d’îles reposent aujourd’hui sur des réseaux indépendants, souvent alimentés par des centrales au diesel ou pétrole brut, coûteuses et surtout polluantes. Une connexion avec le continent assurerait aux îles, dont les besoins en électricité augmentent de manière spectaculaire durant l’été, avec la chaleur et la saison touristique, un approvisionnement en électricité plus fiable.

De nouvelles connexions avec le continent pourraient aussi booster le développement des énergies renouvelables dans ces îles, plutôt favorisées en termes de soleil et de vent, avec une exportation possible vers les pays voisins. Une intégration croissante d’énergie verte qui sera un autre challenge pour les futurs propriétaires d’ADMIE.

Elia a déjà, en Belgique et en Allemagne, l’expérience de nouvelles interconnexions avec les pays voisins, de câbles sous-marins et de l’intégration d’énergies renouvelables. Mais la concurrence de ses homologues italien et chinois pourrait être rude. Terna a déjà des liens étroits avec l’ADMIE — un câble sous-marin relie d’ailleurs les deux pays. Et SGCC, qui gère 90% des réseaux en Chine et a acquis 25% du réseau portugais REN, est en dernière phase de négociations pour prendre 35% dans le holding public italien CDP Reti un holding public où est logée la participation de l’État italien dans le réseau à haute tension Terna. De là à imaginer une alliance de ces deux concurrents, il n’y a qu’un pas…

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