Elia mise sur la blockchain pour accélérer la transition énergétique

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Les pompes à chaleur, les batteries domestiques ou l’air conditionné peuvent aider à maintenir l’équilibre du réseau électrique. Elia lance un test pour voir si la technologie blockchain pourrait aider à intégrer ces moyens décentralisés dans son réseau.

Pourquoi ne pas jouer sur l’air conditionné des bâtiments, l’heure de rechargement des voitures électriques et des batteries domestiques, ou le moment de démarrage des pompes à chaleur pour assurer l’équilibre du réseau électrique? "Théoriquement, c’est déjà possible aujourd’hui, sauf qu’aucun particulier ne va passer des heures sur un contrat pour gagner quelques dizaines d’euros par an avec Elia, explique Menno Janssens, responsable de l’innovation chez le gestionnaire du réseau à haute tension belge. Nous espérons que la technologie blockchain va permettre de changer la donne."

Elia lance, début septembre, un projet pilote pour tester cette technologie et voir si elle permet d’automatiser certains processus contractuels, l’enregistrement et la validation des données de comptage et le règlement financier des transactions.

Contrôle décentralisé

Pour rappel, la blockchain est une technologie de base de données partagée entre plusieurs utilisateurs, qui fonctionne sans organe central de contrôle. Sécurisée par cryptographie, elle permet de conserver l’historique de transactions digitales. "La technologie est tellement complexe qu’au lieu de lire ou de recourir à des consultants, nous avons décidé de l’expérimenter concrètement, pour aller au-delà du hype et vraiment comprendre", explique Menno Janssens.

"Si la blockchain peut accélérer l’accès à ces moyens de flexibilité décentralisés, le potentiel sera énorme."
Loïc Tilman innovation project manager chez Elia

Le projet va durer six mois – trois mois pour le développement de contrats spécifiques, et trois mois supplémentaires pour le test et l’évaluation de leurs performances. Elia va le mener avec deux acteurs spécialisés: la société Actility, spécialisée dans la gestion de la demande et l’internet des objets, et la start-up belge SettleMint, spécialisée dans la blockchain.

"Si les tests sont concluants, la technologie blockchain pourrait aider Elia à accéder à de nouveaux moyens de flexibilité décentralisés, ce qui est important avec la transition énergétique. Ce projet va vraiment se focaliser sur les aspects transactionnels et contractuels, souligne Loïc Tilman, innovation project manager. Mais s’il est positif, le but est de l’étendre à d’autres aspects de la chaîne de valeur, comme l’activation de la flexibilité."

Une des missions fondamentales d’un gestionnaire de réseau à haute tension est de s’assurer à tout moment qu’il y a équilibre entre la production et la consommation d’électricité sur son réseau. Car un déséquilibre peut entraîner l’effondrement du réseau – on parle alors de black-out. Or, avec le développement des énergies renouvelables intermittentes et la diminution des moyens de production centralisés, cette gestion du réseau devient plus complexe, et intègre progressivement la gestion de la demande – c’est-à-dire qu’à certains moments, on paie des consommateurs pour qu’ils suspendent leur consommation d’électricité.

Deux réacteurs nucléaires

Cela se pratique déjà avec un certain nombre d’industriels. Mais pour élargir cela à des centaines ou des milliers d’acteurs, Elia a besoin de nouvelles technologies. L’enjeu est d’importance: Elia estime qu’en 2030, la flexibilité décentralisée en Belgique pourrait atteindre jusqu’à 2 GW – soit la puissance de deux réacteurs nucléaires, même si c’est durant quelques heures seulement. "Si la blockchain peut accélérer l’accès à ces moyens décentralisés, le potentiel sera énorme", souligne Loïc Tilman.

Une récente étude du consultant Sia Partners chiffre, aujourd’hui déjà, le potentiel en gestion de la demande du secteur résidentiel (chauffage, frigos, chauffe-eau…) à 0,59 GW, auquel s’ajoute ce qu’il appelle le potentiel non-conventionnel, c’est-à-dire les batteries et les véhicules électriques, pour 0,32 GW. "Alors que 60 à 70% de la capacité flexible du secteur industriel et résidentiel ont déjà été activés, la capacité du secteur résidentiel et non conventionnel reste intacte, à cause de barrières techniques", souligne Jean Trzcinski, associate partner chez Sia.

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