Eolien en mer: pourquoi le fédéral est plus généreux que la Creg

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Le gouvernement fédéral s’est montré plus généreux que préconisé par la Creg pour l’éolien offshore. Le cabinet de la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem s'explique.

Le gouvernement a décidé, le 20 novembre, de raboter le soutien à l’éolien en mer. Mais si l’on en croit le régulateur fédéral, il aurait fallu aller plus loin pour éviter tout risque de sursubsidiation. "L’Echo" a en effet pris connaissance des estimations de la Creg sur le système de soutien aux parcs offshore. Si elles avaient été suivies par le gouvernement, elles auraient conduit à des coupes plus franches dans le système de soutien.

On ne parle ici ni des trois parcs existant ni de Nobelwind, qui a bouclé son financement en octobre: ces quatre parcs bénéficient d’un autre système de soutien, qui varie entre 107 et 90 euros par MWh.

Ce que la Creg a passé au crible, ce sont les chiffres des deux parcs qui devraient boucler leur financement en 2016, Norther et Rentel. Les conclusions du régulateur fédéral? Un soutien basé sur un prix par MWh, prix de vente l’électricité compris, de 127 euros pour Norther et de 134 euros pour Rentel est suffisant pour garantir la rentabilité de ces projets.

Des chiffres plus bas qu’attendu qui s’expliquent notamment par le développement d’éoliennes plus efficientes et la baisse des coûts de financement. La Creg a aussi éliminé des coûts prévus par les parcs qu’elle jugeait déraisonnables – comme lorsque l’un d’entre eux fait appel à un de ses actionnaires pour une série de travaux, sans appel d’offres, et à un coût nettement plus cher que l’autre parc.

Le cabinet Marghem dit avoir cherché un équilibre entre besoin de visibilité, soutien proportionné et coût.

Plus généreux

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Le gouvernement fédéral n’a pas suivi les conclusions de la Creg, et s’est montré plus généreux. Pour les parcs qui bouclent leur financement avant le 1er janvier 2017, ce qui devrait être le cas de Norther et Rentel, il a décidé de conserver un soutien basé sur un prix de 138 euros par MWh produit, sauf si les éoliennes tournent plus de 3.500 heures par an. Pour les 100 premières heures au-delà de cette limite, le soutien baissera à 136 euros par MWh, puis à 134 euros pour les 100 heures suivantes, etc.

Pour Rentel, qui a pour actionnaires un consortium d’entreprises belges parmi lesquelles figure le dragueur Deme, l’écart est relativement limité. La Creg estime en effet que grâce aux évolutions technologiques, Rentel devrait tourner 3.700 heures par an. Si c’est le cas, il percevra en moyenne 137,83 euros par MWh produit, moins de 3% de plus que l’estimation de la Creg.

Pour Norther par contre, qui a pour actionnaires Elicio, filiale de Nethys (ex-Tecteo), et le groupe énergétique néerlandais Eneco, l’écart est plus important: s’il tourne 3.800 heures par an, comme le prévoit le régulateur, il recevra 137,68 euros par MWh produit, plus de 8% de plus que ce que la Creg juge raisonnable.

Un correctif, toutefois: l’incertitude prévaut toujours sur le soutien supplémentaire qui sera accordé à ces deux parcs pour la construction de leur propre connexion vers la terre ferme. Initialement, il était prévu un subside de 25 millions d’euros par câble, plus 12 euros par MWh. Le gouvernement va déterminer ce soutien dossier par dossier. Mais là, la Creg constate que les montants prévus jusqu’ici sont insuffisants pour Rentel, et à peine suffisants pour Norther.

Un équilibre

Les deux parcs concernés se refusent à tout commentaire sur ces chiffres. "La Creg a fait un rapport sur la base d’une série d’hypothèses, d’autres hypothèses auraient pu être prises en compte, c’est pour cela que le gouvernement a choisi de mettre en place un système de soutien qui tient compte du rendement des turbines", argumente tout de même un industriel du secteur.

Le cabinet de la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR) explique avoir cherché un équilibre entre le besoin de visibilité pour ces investissements importants, la nécessité d’avoir un soutien proportionné et le coût pour le consommateur final. "Le maintien des 138 euros par MWh, avec un ajustement en fonction des heures de production, permet de garantir un cadre financier et juridique stable aux parcs, tout en diminuant le niveau de soutien si le parc produit beaucoup", souligne le cabinet.

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